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attitude de stricte neutralité, bien que les sympathies de
la population fussent essentiellement françaises. Cependant
le ministère réussit, malgré l'opposition des libéraux, à
faire passer une loi qui augmentait encore l'influence du
clergé dans les élections. Mais la nomination de Pierre de
Decker comme gouverneur du Limbourg souleva de vives
protestations. Celui-ci se trouvait compromis dans des
affaires financières, et, malgré le rejet de la proposition
de blâme déposée par Baras, le ministère dut se retirer le
1er déc. 1871, à la suite de troubles dans la rue à Bruxelles.
11 fut remplacé par un cabinet clérical un peu plus modéré,
-dirigé par de Theux, qui fut remplacé à sa mort en 1874 1
par d'Aspremont-Lynden le membre le plus en vue du
ministère était M. Malou. Le cabinet recula devant les
charges qu'eût entraînées une réforme militaire complète
calquée sur celle de la Prusse. La loi que proposa en 1873
le général Thiébault, ministre de la guerre, bien qu'au- <
mentant les charges militaires de 4 millions, fut votée i
par la Chambre.
Le parti clérical, si longtemps arrêté dans ses efforts. 1
mit à profit sa prépondérance pour façonner la Belgique
selon l'idéal ultramontain. Il s'attacha d'abord à l'instruc-
tion publique. Il porta toute sa sollicitude sur les collèges 1
de jésuites, sur les universités catholiques qu'il favorisait
au détriment des établissements de l'État. Le nombre des )
cloitres s'accroissait tous les jours. En vingt ans il passa
de 779 à 1,700; le nombre des religieux et des religieuses j
était monté de 11,968 à 22,600. Toutes les jeunes filles 1
étaient mises dans les couvents.
Les lois n'étaient pas même respectées: c'est ainsi i
qu'en 1873 on enleva des cimetières les, cadavres des i
hommes connus pour leur opposition à l'Église, ou bien i
l'on exigea pour les y laisser des formalités blessantes.
Tout fut mis en œuvre pour rendre l'Église indépendante
et en faire un Etat dans l'Etat. Aussi la campagne de i
;M. de. Bismarck contre le clergé allemand souleva-t-elle
les protestations de la presse officieuse et des évêques, qui
envoyèrent l'expression de leurs sympathies aux prêtres
•frappés par le chancelier, si bien que celui-ci adressa
à ce sujet des représentations diplomatiques au ministère i
belge en 1874 et 1.875.
La désapprobation du pays contre la politique cléricale
allait en croissant; les libéraux gagnèrent quelques sièges i
aux élections du 26 oet. 187S. Mais leur espoir d'obtenir J
là majorité, lors de la réélection d'une moitié des Chambres
en juin 1876, fut déçu par suite d'une pression officielle
portée au plus haut degré. Baras réclama, au nom des
libéraux, l'annulation des élections d'Anvers, de Bruges
et d'Ypres. Les élections furent pourtant validées le )
23 nov., mais M. Malou dut promettre, pour' l'année sui-
vante, une loi sur la corruption électorale. Cette loi, qui
augmentait également le nombre des députés des villes,
fut votée le 7 juil. 1877. Les ultramontains s'en mon- 1
trèrent fort irrités. Eux qui avaient autrefois arboré pour 1
programme la liberté de l'Eglise, la liberté de la presse et
ja liberté de réunion, ils n'hésitèrent pas, maintenant que
l'Eglise était omnipotente et le pape plus puissant à
Bruxelles qu'à Rome, à déclarer que ces réformes, autre- ]
fois tant prônées, étaient impies et contraires aux lois de
l'Eglise et ils émirent la prétention de faire régler les 1
lois politiques et sociales d'après le Syllabus. Ces préten- ]
tions eurent pour effet de discréditer le parti catholique et
d'amener l'union de tous les libéraux. Ceux-ci triomphèrent i
aux élections du 11 juin 1878, qui leur assurèrent une 1
majorité de 6 voix au Sénat, de 11 voix dans la seconde
Chambre. Le ministère d'Aspremont-Mâlou se retira le
12 juin, le roi appela M. Frère-Orban à constituer un
cabinet libéral..
Les Chambres, réunies en session extraordinaire, déci- 1
dèrent la création d'un ministère de l'instruction publique
et la préparation d'une nouvelle loi sur l'enseignement. On
revint sur les points principaux de la loi de 1842, et
on restreignit l'autorité du clergé aux questions religieuses.
Après de longs débats cette loi fut votée et promuîgi ée le
10 juil. 1879. Le clergé ne se borna pas à protester; il
excommunia les écoles de l'Etat afin de forcer les parents
à envoyer leurs enfants aux écoles libres. Le gouvernement
tint bon. Il chercha d'abord à faire arrêter les protesta-
tions du clergé par le pape Léon XIII. Celui-ci feignit d'en-
trer dans ces vues; mais le ministère ayant reconnu en
1880 qu'il encourageait sous main la résistance des évê'(ues,
décida de rompre les négociations diplomatiques avec
Rome. On doubla, en 1881, le nombre des lycées de
l'Etat, et on travailla en même temps à empêcher l'im-
mixtion du clergé dans les élections. L'opinion publique
parut appuyer les libéraux dan; cette politique, et les
fêtes du cinquantenaire de l'indépendance belge, en 1880,
furent célébrées avec éclat.
Le point vulnérable du ministère Frère-Orban résidait
dans les finances. Le déficit croissait chaque année; on
fut amené à de nouveaux impôt? et à l'augmentation des
impôts déjà existants. L'agitation des ultramontains contre
les déDenses causées par les lois scolaires ne restait Das
sans écno. Sur ces entrefaites, une scission se produisait
dans le parti libéral une fraction radicale, sous la direc-
tion du député Janson, réclamait le suffrage universel. Les
élections du 10 juin 1884 se présentèrent don"; dans do
mauvaises conditions pour les libéraux. Ils perdirent la
députation de Bruxelles, où la liste des candidats dits
modérés, qui n'étaient que des cléricaux déguisés, passa
tout entière. Le parti clérical obtint 32 voix de majorité
à la Chambre, puis 17 au Sénat lors des élections du
mois de juillet. La réaction triomphait. Le ministère libé-
ral se retira et fut remplacé par un. ministère clérical pré-
sidé par M. Malou. Celui-ci renoua immédiatement les négo-
ciations avec la curie romaine et déposa un projet de loi
par lequel les communes abolissaient les écoles d'Etat et
les remplaçaient par les écoles cléricales libres. Les élec-
tions municipales ayant montré que le pays n'approuvait
pas une réaction aussi violente, le roi appela en octobre
1884 un cabinet clérical plus modéré, à la tête duquel
étaient Bernaert et Thonisseri, et qui fit voter aux Chambres
une nouvelle loi scolaire.
XIV. Lettres, Sciences et Arts. J. Période an-
cienne. 1° Sciences mathématiques, physiques et
naturelles. La Belgique fut; parmi les contrées de l'Eu-
rope, l'une des premières où se réveilla lé goût des tra-
vaux intellectuels. Dès le xs et le xie siècle se manifestait
déjà dans les écoles du pays de Liège une certaine
activité scientifique très remarquable pour l'époque. On
peut citer les noms d'Heriger, abbé de Lobbes, qui com-
menta l'Abaque de Gerbert, d'Adelbold, auteur d'un
traité sur le volume de la sphère, de Frâncon, qui com-
posa un opvrage sur la quadrature du cercle, du chrono-
logiste Sigebert de Gembloux. Au xii9 siècle, Radulphe de
Bruges traduisit de- l'arabe en latin le Planisphère de
Ptolémée; Jean de Saint-Amand, médecin et botaniste,
écrivit le De viribus plantarum.
Au siècle suivant, Guillaume de Ruysbroeck, envoyé par
saint Louis comme ambassadeur en Tartarie, adressa au
roi une relation de son voyage qui présente quelque
intérêt au point de vue de l'histoire naturelle Gilles de
Lessines (1205-1280) écrivit des ouvrages sur la géo-
métrie et sur les comètes. Le xive siècle offre peu d'in-
térêt au point de vue de l'histoire des sciences, nous
ne trouvons guère à signaler que l'astronome Jean de
Lignières, ainsi que le cardinal Nicolas de Cusa (1401-
1464).
Au xyi8 siècle, la renaissance scientifique se manifesta
en Belgique comme dans le reste de l'Europe, et elle s'ac-
centua d'une manière sensible par le développement de
l'université de Louvain. A cette époque l'enseignement des
sciences acquit dans ce grand établissement d'instruction
une importance considérable. L'université compta alors
soit comme professeurs, soit comme élèves, beaucoup de
savants dont les travaux étendirent de plus en plus sa