BELGIQUE 12
échut aux ducs de Boddgogke, qui par mariage, héritages,
achats ou traités, acquirent les territoires voisins et reconsti-
tuèrent à peuprèsauxv^sièclel'ancienroyaume deLothaire.
Cette partie de leurs Etats fut généralement connue sous
le nom de PAYS-BAS. A la mort de Charles le Téméraire
ils échurent à la maison de Habsbourg (1482), sous la domi-
nation de laquelle ils devinrent très florissants (V. PAYS-
Bas). Mais à Charles-Quint succéda Philippe II (1555),
dont le despotisme et le fanatisme finirent par amener la
scission des provinces belges et des provinces néerlan-
daises. Les sept provinces du Nord se constituèrent par
l'union d'Utrecht (janv. 1579) en république protestante,
tandis que celles du Sud, restées fidèles au catholicisme,
étaient définitivement rattachées à la domination espa-
gnole par la prise d'Anvers (1585).
Vers la fin de sa vie, Philippe II, reprenant une idée
de Charles-Quint, constitua la Belgique en souveraineté
indépendante pour sa fille Isabelle et son gendre Albert
d'Autriche (1598). Après une courte lutte contre les
Pays-Bas, les deux pays, également épuisés, conclurent
la trêve de douze ans durant laquelle le commerce et
l'industrie reprirent quelque essor (V. ALBERT d'Autriche).
Le mariage d'Albert étant demeuré stérile, la Belgique
fit retour à l'Espagne (1621). Les guerres incessantes
entre l'Espagne et la république des Pays-Bas ne modi-
fièrent pas la situation respective des deux pays. La Hol-
lande ne put s'approprier que quelques lambeaux de la
Flandre, du Brabant et du Limbourg, et dut. par la paix
de Munster (1648), renoncer à toute prétention sur les
Pays-Bas espagnols, c.-à-d. sur la Belgique. Durant les
guerres du xyii8 siècle, ce malheureux pays servit de
champ de bataille à l'Europe. L'Espagne dut céder suc-
cessivement à la France l'Artois, Thionville et quelques
autres places par la paix des Pyrénées (1659) puis
Lille, Charleroi, Oudenarde, Courtrai et Tournai par la
paix d'Aix-la-Chapelle (1668). La paix de Nimègue (1679)
lai rendit une partie de ces places fortes, mais elle aban-
donna en échange Valenciennes, Nieuport, Cambrai, Saint-
,Omer, Ypres et Charlemont, dont elle ne récupéra qu'une
partie à la paix de Ryswyck (1697). Enfin, en 1713 et
en 1714, les traités d'Utrecht et de Rastadt donnèrent à
l'Autriche la Belgique, qui prit dès lors le nom de Pays-Bas
autrichiens. La Hollande obtint pourtant le droit detenirgar-
nison dansles forteresses delà frontière, ditesdè la Barrière
(V. Barrière [traité de la]). La domination autrichienne
souleva de vives oppositions, notamment sur les questions
de finance. Les ordonnancesrenduesparle marquis de Prié,
qui gouvernait la Belgique au nom du statthalter, le prince
Eugène de Savoie, provoquèrent même une insurrection en
47Î9quifutrépriméedanslesanget amena la condamnation
à mort du syndic Anneessens (V. ce nom) Durant la guerre
de la succession d'Autriche, les Français, sous les ordres
du maréchal de Saxe, conquirent presque toute la Belgique
à la suite de la victoire de Fontenoy mais le pays fut
rendu à l'Autriche par la paix d'Aix-la-Chapelle (1748).
La longue période de tranquillité qui lui succéda fut
favorable à la Belgique. Le gouvernement du prince
Charles de Lorraine (jusqu'en 1780) releva la prospérité
matérielle et morale du pays. C'est alors que fut fondée
l'Académie belge des sciences. A Marie-Thérèse succéda
en 1780 son fils Joseph Il. Ce prince obtint en 1781 le
retrait de la convention des Barrières, qui confiait aux
Hollandais la garde des places fortes de la frontière. Mais,
animé d'un esprit systématique et frappé de l'incohérence
des lois du pays, il édicta une série de réformes inspirées
par les idées des philosophes français de l'époque. Ces
réformes, qui s'adressaient à toutes les classes de la
société, à la représentation provinciale, à l'organisation
judiciaire, à l'université, aux corporations, à l'Eglise,
furent mal accueillies par tous ceux dont elles menaçaient
les privilèges. Joseph II voulut alors les imposer, et il
cassa les droits qu'il avait reconnus par la joyeuse entrée
aux provinces de Brabant, au Limbourg et à Anvers.
L'université de Louvain donna le signal de l'insurrection,
l'avocat van der Noot fit prononcer la déchéance de
Joseph II (1788). Les insurgés, vainqueurs à Meersch,
forcèrent la garnison autrichienne de Bruxelles à capituler
(1789), et proclamèrent l'indépendance du pays sous le
nom d'Etats-Unis de Belgique (1790). Le Luxembourg,
où s'était retiré le général Bender, restait seul sous la
domination autrichienne. Sur ces entrefaites éclate la
Révolution française. Les idées nouvelles ne tardèrent pas
à retentir en Belgique et à amener la scission du parti
démocratique et du parti aristocratique, dont les querelles
permirent au général Bender de reconquérir la province
du Limbourg. A la mort de Joseph Il, son successeur
Léopold II ayant reconnu en 1790 les droits et privilèges
anciennement accordés au pays, Bender put occuper sans
grande résistance toute la Belgique.
La restauration autrichienne ne fut pas de longue
durée. La bataille deJemmapes (7nov. 1792) eut pour con-
séquence l'annexion de la Belgique à la France. La défaite
de Dumouriez à Neerwinden (18 mars 1793) amena une
restauration momentanée de la domination antrichienne
mais la victoire de Fleurus (26 juin 1794) rendit la
Belgique à la France. L'annexion fut reconnue par les
traités de Campo-Formio (1797) et de Lunéville (1801).
La Belgique fut divisée en neuf départements français (Lys,
ch,-l. Bruges; Escaut, ch.-l. Gand; Deux-Néthes, ch.-l.
Anvers Dyle, ch.-l. Bruxelles; Meuse-Inférieure, ch.-l.
Maestricht; Ourthe, ch.-l. Liège; Jemmapes, ch.-l.
Mons; Sambre-et-1Jleuse, ch.-I. Namur; Forêts, ch.-l.
Luxembourg) et complètement assimilée au reste de la
France au point de vue législatif et administratif. Les
Français avaient été accueillis comme des libérateurs
satisfaite des institutions nouvelles, la Belgique s'identifiait
de jour en jour à la France, et sans les fautes de Napo-
léon l'union eût été sans doute définitive.
A la chute de Napoléon, la Belgique se trouve gou-
vernée plusieurs mois par un gouverneur autrichien, le
général Vincent puis le congrès de Vienne décida de la
réunir à la Hollande sous la souveraineté du prince
Guillaume d'Orange, qui prit le 23 mars 1815 le tit; e
de Guillaume fer, roi des Pays-Bas. Les conventions de
Londres (19 mai 1815) et de Vienne (9 juin 1815)
fixèrent avec précision l'étendue du nouveau royaume.
Le second traité de Paris, en ISIS, adjoignit à la fron-
tière sud les forteresses de Philippeville, Marienbourg et
Bouillon. La nouvelle constitution du royaume fut édictée
le 24 août 1815, et le roi y jura fidélité à Bruxelles le
27 sept. La réunion de la Belgique et de la Hollande
n'était pas heureuse. La langue, la religion, les mœurs,
tout contribuait à séparer les deux pays. Le nouveau roi
ne fit qu'àccroltre le mécontentement des provinces belges
par une série de mesures impolitiques. La constitution,
bien que rejetée par la majorité dés notables belges, fut
imposée aux provinces du Sud par une fiction sophistique.
L'emploi de la langue hollandaise dans tous les actes offi-
ciels, la proclamation de l'égalité de tous les cultes, la
participation très lourde des provinces belges à la dette
hollandaise, la disproportion entre la population de là
Belgique et le nombre de députés qu'elle avait à élire,
aigrirent bientôt les esprits. Le clergé catholique de
Bruxelles, à la tête duquel était l'évêque de Gand, le
prince Maurice de Broglie, prit la direction du mouve-
ment. Les classes inférieures furent lésées par l'établisse-
ment de taxes nouvelles (1821) et par l'organisation d'un
syndicat d'amortissement dépourvu de contrôle. La presse
protesta avec violence contre toute cette organisation. Le
gouvernement, qui avait d'abord résisté et sévi en 1817
contre l'évêque de Gand, céda devant l'orage. Il conclut
le 18 juin 1817 un concordat avec le pape sur les mêmes
bases que celui qu'avaient signé Napoléon et Pie VII; il
retira quelques-unes des taxes, etc. Mais ces concessions
furent interprétées comme une marque de faiblesse. Les
ultramontains et les libéraux se montrèrent également