BELGIQUE 2
chemins creux, aux berges abruptes et ombragées, aux
ornières profondes. Les crêtes se chargent de bois oii
poussent en hautes futaies les hêtres.
Mais quand on avance sur les ondulations qui s'allon-
gent, la grande culture de la Hesbaye se montre avec ses
vastes surfaces sans arbres. Le paysage se ternit, et sa
nudité amortit toute sensation. L'ennui va venir. Tout
à coup le plateau se déprime, les plis s'y forment, se
creusent en vallons la roche perce les versants des
filets d'eau s'en détachent des prés les bordent les
ombrages reparaissent et accompagnent au loin les ruis-
seaux qui, sans cesse augmentant, se gonflent en rivières
rapides et murmurantes. C'est la descente vers la Meuse,
vers les pays de Namur et de Liège. Qu'elle est belle la
vallée profonde, où le fleuve roule, entre les superbes
murailles de ses roches blanchâtres, des ondes qui ne
perdent leur limpidité qu'après les orages L'âme n'est
plus à la rêverie devant ce tableau pittoresque et vivant;
vaillante, elle s'élève vers les émotions héroïques. Si,
quittant ces bords, on remonte sur l'autre versant par une
de ces routes qui traversent des champs où la terre devient
à chaque étage plus sèche et plus pierreuse, on est bientôt
frappé de l'étendue que prend l'horizon. 11 s'étage en lignes
indéfinies de collines rangées en amphithéâtre et que
l'éloignement rend de plus en plus brumeuses. L'ensemble )
du paysage a l'apparence sévère et désolée d'une région
déserte et pauvre mais il est grand dans sa tristesse <
muette et tragique. C'est l'Ardenne, et jamais cœur viril <
ne l'a contemplée pour la première fois sans se sentir
ému. 1
Flots, plaines, bruyères, collines, rochers, de tout ce
qu'offre aux yeux la terre natale, c'est elle qui éveille le 1
plus profondément ces sensations rêveuses et passionnées i
qui sont la haute vie de notre humanité. Et c'est à l'au- 1
tomne, quand le feuillage se rouille durant les nuits deve- [
nues plus froides, que cette impression poignante et douce '̃ (
pénètre le voyageur dans toute son âcre intensité. Il est t
la saison de l'Ardenne, comme l'été est celle du bord de (
la mer, comme le printemps est celle de la Campine, du
Brabant et des Flandres. 1
Quand on prend pourbase et pour point de départ la ligne |
presque druite que forme la Meuse entre Namur et Liège, c
avec Huy juste au centre, cette lente ascension mène peu i
à peu jusqu'aux parties les plus élevées du pays. Avec
une logique apparente, elles sont marquées par trois lignes
de parcours, légèrement ondulantes, parallèles à elles- I
mêmes et au tronçon de la Meuse que nous venons d'in- s
diquer, coupant diagonalement le Luxembourg. Toutes t
trois présentent les mêmes caractères, ceux d'une chalne i
de collines, vue de loin, se découpant à l'horizon en e
sommets arrondis s'élevant de distance en distance, sé- 1
parés entre eux par des cols descendant en longues dépres- e
sions, se terminant brusquement par la crevasse d'une d
vallée escarpée et profonde. Le premier de ces cordons que l
l'on rencontre en arrivant de la Meuse est le plus élevé e
des trois. Partant de la Chapelle, en France, il passe au
sud de Fumay, sur la Meuse, et atteint la frontière belge t
au plateau de la Croix-Scailie, descend sur la Lesse à
Daverdisse, remonte à Saint-Hubert, s'incline sur Laroche n
où il touche l'Ourthe, se relève pour atteindre la Baraque r
de Fraiture, coupe l'Amblève à Stavelot, puis, quittant le d
sol de la Belgique, va former les hautes fagnes à Botran- t
che, tout près de la Baraque Michel, non loin de Malmédy. r
La moyenne de ses sommets est de 568 m. le plus
haut sur le territoire belge, la Baraque Michel, en a 674. A
La moyenne des dépressions entre les points culminants est e
de 274 m.; à Laroche, il n'y en a que 211. Sur les cimes e
et le long des versants qui s'inclinent vers la moyenne e
Belgique, se déroule une longue ceinture de forêts, que 1;
rompent par intervalles des plateaux arides. A cinq lieues p
environ derrière cette première série de hauteurs, il en e
surgit une deuxième, d'élévation à peu près égale, entrant a
en Belgique au S. de Bouillon, mouillée par la Semois à h
Chiny, passant près de Neuclâteau, allant de là sur Bas-
togne et nous quittant non loin d'Houffalize, à Hachiville,
en formant le col où devait passer le canal abandonné,
destiné à relier la Moselle à la Meuse. Son point culminant,
aux environs de Bastogne, a 548 m. Ici également, des bois
presque continus accompagnent la ligne de faite, mais en
arrière, formant à l'Ardenne une nouvelle guirlande de
verdure et de solitude ombragée.
La troisième et dernière arête est la plus basse. A son
tour, elle se profile à cinq'lieues plus loin en moyenne.
Elle coupe l'extrémité du Luxembourg, y pénétre entre
Longwy et Virton, passant un peu à gauche d'Arlon où
elle dresse son point culminant au Hirzberg, à 464 m., et
allant de là à Redange, puis à Vianden. Une troisième
ligne de forêts en décore les versants au N. Ceux du S.
̃ mènent à une région de plaines qui terminent l'Ardenne
et Jui font une mar^e analogue à celle qui, sous le nom
de Famenne, la limite vers les pays de Namur et de Liège.
Des deux côtés, les grands bois cessent, les campagnes
perdent leur aspect sévère, la culture apparaît plus fertile
et la vie plus douce » (Edmond Picard, la Belgique illus-
trée, Il, 560).
II. Géographie physique. 1° Ojrogbaphie. On
peut résumer comme suit les corrélations entre l'hypso-
métrie et la nature des terrains de ces diverses régions.
Basse-Belgique. Sable de Campine, dunes et polders
compris entre la mer et l'alt. de 20 m. dans la partie
occidentale, l'ait, de 75 m. dans la partie orientale.
Moyenne-Belgique. Limon de la Hesbaye, compris entre
la Basse-Belgique et l'alt. approximative de 175 m.
Haule-Belgiqùe. Comprenant le Condroz consti-
tué par des terrains quartzo-schisteux et calcaréux alter-
nant, et qui est compris entre la Moyenne-Belgique et
l'ait, approximative de 275 m.; l'Ardenne, constituée
par des terrains exclusivement schisteux et quartzeux, et
qui est limitée au N. par le Condroz, au S. par la Lor-
raine les points culminants atteignent jusqu'à l'altitude
de 689m.
Région, Lorraine. Formant, sur la contre-pente de
i'Ardenne, la région correspondante à la Moyenne-Bel-
gique, constituée par des terrains argileux, sablonneux et
calcareux, lesquels reposent sur les roches de l'Ardenne, à
une altitude de moins de 400 m.
2° HYDROGRAPHIE. La Belgique est arrosée par
La Meuse, qui vient de France, passe à Dînant.
Namur, Andenne, Huy, Liège, Visé, Maeseyck et poursuit
son cours en Hollande. La Meuse reçoit à droite la Se-
mois, la Lesse, le Bocq, le Hoyoux, l'Ourthe et la Ber-
winne à gauche VHermelon, la Sambre, la Méhaigne
et le Jaar. La Meuse est navigable sur tout son parcours
belge. Sa largeur va croissant de 80 à 140 m. L'Ourthe
est navigabie de Barvaux à Comblain-au-Pont et canalisée
de Comblain à Liège. L'Ourthe reçoit à Comblain l'Am-
blève qui est canalisée depuis Remouchamps. La Sambre
est navigable depuis Landrecies (France).
Plusieurs canaux importants ont été creusés dans le
bassin de la Meuse.
La Sambre, qui n'a pas d'affluents navigables, commu-
nique avec le canal de Charleroi à Bruxelles, qui la
rattache à l'Escaut inférieur par l'intermédiaire du canal
de Bruxelles à Willebroeck. Le canal de Liège à Maes-
tricht, part de la Meuse, en amont de Liège, et la
rejoint à Maestricht, au bas«in du canal de Bois-le-Duc.
L'Escaut vient de France, passe à Antoing, Tournai,
Audenarde, Gand, Wetteren, Termonde, Anvers et entre
en Hollande. L'Escaut est navigable sur tout son parcours
en Belgique, la marée se fait sentir jusqu'à Gand. L'Es-
caut est en communication avec les voies suivantes: à
la droite 1» la Haine, le canal de Monsà à Condé, le
èanal de Caraman, le canal de Pomrnermul à Antoing
et le canal de Blaton à Ath; 2° la Dendre 3° le Rupel
avec les rivières de son bassin (Dyle, Nèthe, DemerJ et
les canaux de Louvain, Willebroeck et de Charleroi