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60 LA VtE MiLtTAÏRË ËM PttUSSË

Quelquefois je prenais mon pain à la main; je bu-
vais de l'eau; je m'asseyais sur le lit de camp, pour
me relever aussitôt. Attention, l'heure sonne! En-
core un quart d'heure écoulé! J'essayai de dormir:
sur les dures planches. Mais au bout d'une minute
j'avais tous les membres endoloris; bref, j'étais en
proie à un mortel ennui.

Cependant, tant que dura le jour, la position fut
supportable, car, quoiqu'il fît assez sombre dans la
cage pour que l'on ne pût distinguer les différentes
couleurs de l'uniforme, on y voyait cependant~M~
pour faire deux pas, en long eten large, sans se rompre
le cou. Parfois s'élevaient distinctement, au milieu du
bruit confus de la rue, les paroles, les rires des pas-
sants, le commandement du brigadier de pose quand
il relevait les sentinelles, enfin une foule de bruyants
petits riens qui aidaient à tuer le temps. Mais, quand
les derniers~renets du jour firent place aux ombres,
puis à une nuit profonde, quand, au mouvement et
au bruit de la rue, succéda un silence de mort, ma
situation devint intolérable. Le froid devint aussi
très-intense. Je tournais en grognant comme un
ours dans sa cage, les bras tendus en avant pour ne
pas me casser le nez contre les cloisons. Je pensai à
mes péchés et à une jeune et jolie fille qui m'atten-
dait assise auprès d'une table chaque bruit la faisait
tressaillir. elle croyait m'entendre frapper à sa
porte, et soulevait l'abat-jour de la lampe pour me
voir entrer. C'était par amour pour elle que j'avais
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