23 OEUVRES COMPLETES DE M. DE BONALD. 24
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mie de la religion chrétienne, fondée sur c
l'incarnation et la prédication du Verbe fait t
chair, base inébranlable sur laquelle s'est l
élevé le majestueux édifice du christianisme, t
qui s'avance à travers les siècles, et toujours i
attaqué, et aujourd'hui plus que jamais, t
par toutes les erreurs de l'esprit, par toutes t
les passions du coeur, reste et restera iné- i
branlable à leurs atteintes, et, dans ses tré- i
sors, recèle encore des sujets de consolation i
pour ses enfants, et de confusion pour ses l
ennemis. c
Et qu'on prenne garde que, lorsque nous i
disons que Dieu a communiqué à l'homme
le don de la parole, et que, comme dit M. i
Damiron, il l'a instruit après l'avoir produit, i
nous ne contestons pas qu'il ait pu le créer i
parlant, au lieu de le rendre parlant après
l'avoir créé; nous ne disons pas qu'il ait ï
reçu au premier moment une langue corn-
plète; nous disons seulement que l'homme, i
au premier instant de son existence, a été j
instruit en pensées et en expressions, de tout
ce qu'il lui était nécessaire de savoir et d'ex-
primer et que l'homme ait été créé avec le
don de la parole, ou qu'il l'ait reçu après
avoir été rréé, cette double hypothèse ne
change rien au fait de-la révélation, prouvée
par la nécessité d'une transmrsskta primi-
tive et par l'imoossibilité de penser, sans ex-
pressions.
En attendant de savoir ce qu'il faut en
penser, M. Damiron, après avoir repoussé
comme peu philosophiques les comparai-
sons, qu'à l'exemple du plus célèbre philo-
sophe de l'antiquité, j'avais employées pour
faire entrer plus facilement ma pensée dans
l'esprit du lecteur, essaye de donner de l'in-
ventiun du langage par l'homme lui-même,
une explication qui, dit-iJ, sera peut-être
philosophique. Le lecteur en jugera la
voici
Quelles que soient l'origine et la nature
de l'esprit, on peut dire indépendamment
de tout système, et sans s'exposer à être
contredit par aucun, que cet esprit qui vit,
sent et se meut en nous, est quelque chose
d'animé et d'acti f que c'est une force, une
force intelligente de perception des pensées
voilà les mouvements qui sont propres à cette
force. Tant que ces mouvements sont purs,
simplement spirituels, dégagés de tout lien,
de toute force matérielle, ils sont si déliés, si
rapides, sipeu marqués, qu'à peine laissent-
ils de trace dans'la conscience ils y passent
comme l'éclair. Ce sont là ces « demi-pensées, »
ces vagues « sensations, » ces notions irréflé-
chies, qu'on retrouve en soi-même dans tous
les instants où l'on ne donne aucune attention
à ce qu'on voit, où l'on se borne à sentir et
de fait on n'en aurait pas d'autres si les cho-
ses en restaient toujours là. Mais, comme il
est inévitable que l'esprit vienne à réfléchir,
à recueillir ces impressions, et qu'alors laper-
ception est en lui plus ferme et plus « pro-
noncée, » ces pensées, ces mouvements intel-
lectuels, deviennent plus forts, se produisent
avec plus d'énergie, et sortent de lapure con-
science pour pénétrer dans l'organisation. En
y pénétrant, ils déterminent certains « mouve-
ments internes, » que suivent aussitôt les ges^
tes d'attitude, la physionomie et la x parole. M
L'organe vocal en particulier est très-propre.
par son extrême souplesse, à bien recevoir et à
bien rendre ces impressions de l'dme. Il « ar-
rive donc » que les pensées se « mettent en
rapport » avec les mouvements organiques, et
principalement avec les sons, qu'elles s'y al-
lient et s'y unissent intimement. C'est au
point qu'on a peine quelquefois à les en dis-
tinguer, et qu'on croit les voir, les saisir, les
sentir réellement dans les phénomènes, qui
n'en sont cependant que les signes. Or, une
telle alliance n'a pas lieu sans que ces actes de
l'espritne participent plus ou moins à la na-
ture de ceux du corps. Ils « prennent quel-
que chose » de leur caractère et de leur al~
lure ils deviennent plus positifs et plus
marqués; ils se « matérialise~at » en quelque
sorte, et sont alors des pensées qui, arrêtées
et fixées par l'expression, s'achèvent, se défi-
nissent et se « changent » en idées claires et
distinctes. « C'est ainsi qu'on pense au moyen
des signes, et surtout aumoyen des mots.» >,
Que faut-il penser de cette explication,
puis-je à mon tour demander à M. Damiron,
et qu'en' pense-t -il lui-même ? en est-il
pleinement satisfait? ne trouve-t-il pas un
peu précipitée la conclusion qu'il a tirée de
ce long raisonnement, et que j'ai soùli-
gnée ? Toutes ces locutions physiques qu'il
emploie pour exprimer te fait moral de
l'invention du langage, ces forces, ces mou-
vements internes et intellectuels dont il parle
comme il parlerait de mouvements intestins
et qui passent comme l'éclair, ces demi-pensées
qui sortent ds la conscience et passent dans
l'organisation, cette parole, qui est, dit-il
ailleurs, une sortie de l'esprit qui passe de
la conscience dans les nerfs, s'y projette pour
ainsi dire, et s'y produit sensiblement au
moyen du son et de la voix; ces pensées