il t ŒUVRES COMPLETES DE M. DE BONALD. 12 1-)
n.-iVin non) annoior nnfi relision humaine,
et la délibération. Le repentir naît à la suite
de la préférence.
Le repentir, dit M. Damiron (raisonnant
sur ce passage), n'entre pas dans les facultés
intellectuelles de l'auteur que nous venons de
citer, quoiqu'il soit une faculté, selon Con-
dillac mais, selon l'auteur cité, le repentir
appartient à la sensibilité la délibération
suit la préférence et précède la liberté. On
peut d'abord préférer sans avoir délibéré;
mais st l'acte de préférence a été suivi du re-
pentir, on ne préfère pas de nouveau sans
délibérer. Or, la préférence après délibéra-
tion, c'est la préférence libre, la liberté.
Désir, préférence, liberté, voilà les trois fa-
cultés réelles; leur réunion est la volonté.
Mais, comme la réunion de plusieurs facultés
n'est point une faculté réelle, la volonté n'est
point une faculté propre, mais une faculté
nominale, un signe, ainsi que l'entendement,
et rien de plus.
Je le demande à tout homme sans préven-
tion, qu'a-t-on appris, que sait-on, quand
on a pâli su.r cet étrange enseignement?
qu'en reste-t-il dans l'esprit? quelles notions
utiles et distinctes a-t-on acquises? pense-
t-onque l'intelligence soit plus éclairée parla
subjectivité et la réflexivilé, par la lumière
primitive ou la lumière réfléchie; ou que
J'esprit, même le plus ordinaire, ait besoin
d'étudier toute cette généalogie de désir, de
préférence, de liberté, de volonté, pour dé-
sirer, préférer, vouloir et agir ? Cette dissec-
tion de la faculté intellectuelle en apercep-
tion, intuition, perception, réflexion, obser-
vation, etc., lui servira-t-elle de quelque
chose pour apercevoir, concevoir, observer,
réfléchir et juger? et cela ne ressemble-t-il
pas un peu aux leçons ;de grammaire que te
maître de langue donne, dans les comédies
de Molière, à M. Jourdain? Autant vaudrait
soutenir que l'homme a besoin, pour digérer
ses aliments, de connaître le mécanisme de
la digestion ou, pour marcher, d'avoir étu-
dié les lois du mouvement.
M. Damiron reproche sans cesse de la
poésie au système religieux qu'il appelle
tbéologique, comme si la poésie était con-
damnée à ne pas raisonner. Assurément on
n'accusera pas l'enseignement éclectique
d'être trop poétiqua.
Mais si, comme le dit M. Damiron, chez
les nations la foi fait tout; si l'histoire de
la philosophie est celle des croyances; si la
philosophie n'est que la foi des peuples réflé-
chie et expliquée si enfin la philosophie,
qu'on peut appeler une religion humaine,
veut se substituer à la religion divine, com-
ment, même avec l'appui des journaux popu-
laires dont se vante l'éclectisme, peut se
rendre populaire la foi à une doctrine, ou
plutôt à des opinions si diverses, si confuses,
si peu unanimes, exprimées dans un langage
si abstrait, si vague, si peu populaire? Si
elfes pouvaient être comprises, elles ne
feraient qu'un peuple de chercheurs, qui
n'aurait rien de fixe dans ses dogmes, rien
d'arrêté dans des croyances qui ne parlent
ni au coeur ni à l'esprit, ne présentent à
l'un aucun sentiment, et n'entretiennent
l'autre que de doutes et d'incertitudes 1
Voyez, dit M. Damiron, les prodiges de la
société chrétienne elle n'a dans l'origine de
puissance que sa foi mais sa foi lui vaut l'em-
pire. C'est que les Chrétiens ne cherchent
pas, ils savent; car croire, c'est savoir. Les
nations, dit encore M. Damiron, ne sont que
ce qu'elles croient. Que serait donc la nation
qui croirait à l'éclectisme?
Au reste, les éclectiques ont eu une preuve
récente de la faiblesse, de l'obscurité, de l'in-
cohérence de leur système: les journaux
nous ont appris que l'Académie avait pro-
posé, pour sujet de prix annuel, l'explica-
cation de l'éclectisme. Personne n'a répondu
à l'appel, et personne ne pouvait y répondre:
c'est une énigme qui n'a pas de mot.
Avant de passer à l'école religieuse parla-
quelle nous terminerons cette dissertation,
il convient de s'arrêter sur le rapprochement
qu'a fait M. Damiron des fortunes diverses
des écoles de philosophie en France, avec les
diverses phases de la révolution. Ce rappro-
chement ne fera peut-être pas honneur à l'é-
clectisme aux yeux de certaines personnes;
mais, comme la philosophie chez une nation
avancée fait partie de sa littérature, il en
résultera une nouvelle démonstration de
cette vérité avancée ailleurs par l'auteur de
cet écrit Que la littérature est l'expres-
sion de la société.
En effet, M. Damiron montre le matéria-
lisme tout-puissant aux premières époques
de la révolution, sous le règne de l'anarchie
et de la terreur. Alors la force physique ré-
gnait seule, et la société livrée à la partie
matérielle et populaire de la nation, n'était
occupée qu'à ravir ou à disputer des intérêts
> matériels.
t A la restauration, continue M. Damiron,
tout se déclare. L'école éclectique et l'école théo-
logique se constituent l'une et l'autre. Mais