Home Plain text
Text mode Audio mode
page 34 (screen 38 of 1241)
Next page Previous page  
  Last page First page


31 EAU EAU EAU EAU

aujourd'hui exécutées sur planches de cuivre,
le cuivre n'étant ni trop dur ni trop mou sous
la pointe, et n'ayant pas, comme l'acier, l'in-
convénient de se rouiller s'il est placé dans
un endroit humide. Sauf un petit nombre de
différences qui seront indiquées, la méthode à
suivre est la même pour la gravure sur ces
deux métaux.

Toute gravure à l'eau-forte a passé par
trois opérations distinctes le vernissage, le
dessin, la morsure. On pourrait en ajouter une
quatrième, celle des retouches; mais les re-
touches ne sont pas toujours nécessaires.
Il faut d'abord choisir un cuivre homogène,
fortement battu au marteau. Quelques cuivres
sont cendreux, c'est-à-dire résistent peu sous
la pointe; d'autres renferment des pailles qui
présentent à la morsure des inégalités de tra-
vail difficiles à faire disparaître. Le meilleur
cuivre est plein, ferme et doux.

Vernissage. Il y a des vernis de plu-
sieurs sortes; le plus généralement employé
est le vernis à chaud, dont l'avantage est de
se conserver plus longtemps et de subir, sans
s'altérer, de plus grands écarts de tempéra-
ture. Quelle que soit la composition particu-
lière de ces vernis, ils ont pour base la cire,
les résines, le bitume de Judée et les corps
gras. Abraham Bosse se servait d'un vernis
très-dur, Callot se servait de celui des lu-
thiers les meilleurs graveurs de nos jours,
Decamps, Masson et Marvy, ont employé le
vernis mou. Le vernis à chaud est livré par le
commerce sous forme d'une boule, qu'on place
dans une étoffe de soie, de grain fin et égal.
On chauffe la planche de cuivre. Le meilleur
moyen serait de la placer sur une sorte de
gril et de mettre des charbons ardents tout
autour. Il est inutile d'en mettre sous le cen-
tre, la planche s'échauffant assez par les bords.
On se contente le plus souvent de fixer la
•planche ou de la tenir d'une main à l'aide
d'un petit étau ou d'une pince, et de promener
par-dessous des morceaux de papier allumé.
La planche doit s'échauffer assez pour fondre
le vernis, et rien de plus. Si la chaleur de-
venait trop vive, le vernis serait brûlé. Alors
il s'écaille infailliblement sous la pointe et se
soulève sous l'acide. Ce qu'il y a de mieux à
faire alors est de retirer le vernis au moyen
de l'essence de térébenthine ou de la benzine,
et de recommencer l'opération. Les graveurs
crachent sur leur cuivre, et jugent qu'il est
surchauffé quand la salive se réunit en boule
et prend cet état qu'en physique on appelle
sphéroïdal. Toutefois on arrive à un résultat
aussi sûr en laissant fondre sur la planche la
quantité de vernis dont on pense avoir besoin
et en tamponnant aussitôt.

Le tampon est formé de ouate qu'on recou-
vre de plusieurs épaisseurs de soie légère et
égale de grain. On fait usage aussi du tampon
de cuir, mais le plus souvent pour revernir
partiellement, après une ou plusieurs morsures
de l'acide. Il est essentiel de tamponner avec
soin et dans tous les sens, et de ne laisser sur
le métal qu'une couche régulière, assez mince
pour permettre d'exécuter à la pointe des tra-
vaux fins et rapprochés. Avant que la planche
soit refroidie, on présente le coté verni à la
fumée de plusieurs mèches de cire tenues les
unes près des autres, qu'on promène rapide-
ment, de manière à ne s'arrêter sur aucune
partie. Le vernis prend un noir brillant, qui
redevient mat après le refroidissement du
métal.

Le cuivre offre au dessinateur une sorte
de papier noir sur lequel les traits de la
composition s'enlèveront en clair, et d'autant
plus visiblement que cette dernière opération
aura été conduite avec plus de régularité. L'ar-
tiste, du reste, éprouve d'abord quelque diffi-
culté à se rendre compte de la place des lu-
mières et des ombres, les lumières étant ici
représentées par le noir pur du vernis qiu'
rappelle celui des négatifs de la photographie.
On transporte l'esquisse du dessin sur le
vernis au moyen du calque ordinaire, en
plaçant le papier de l'esquisse sur le vernis
et repassant sur tous les traits avec une pointe
fine et peu tranchante après avoir pris soin
d'interposer entre le papier à calquer et le
vernis un autre papier qu'on a frotté de san-
guine ou de crayon blanc ou en se servant
du papier glace papier gélatineux et transpa-
rent, sur lequel on dessine l'esquisse à la
pointe, et dans le creux duquel on fait tomber
un peu de poussière des mêmes crayons, rougo
ou blanc. Il suffit, avec le papier glace, de le
retourner sur le vernis et de frotter légère-
ment le trait se montre avec la plus grande
netteté.

-Dessin. C'est à ce moment que commence
le dessin proprement dit. Le reste n'était que la
préparation minutieuse et délicate d'où dépend,
plus qu'on ne pense, la réussite totale. Le gra-
veur s'installe devant une fenêtre sous un
châssis de papier végétal ou de mousseline,
afin que la lumière qu'il reçoit lui arrive adou-
cie et que ses yeux ne soient pas fatigués par
l'éclat du cuivre. Son instrument de travail
est la pointe; il doit en avoir un certain nom-
bre de plusieurs grosseurs, suivant qu'il veut
obtenir un trait fin ou large. La pointe affecte
toutes les formes, depuis celle de la pointe
ordinaire à extrémité conique jusqu'à celle du
buriu à bout triangulaire et de l'aiguille la
plus déliée. Quelques pointes sont taillées en
biais ou biseau, et prennent le nom d'échoppes.
Elles étaient l'outil préféré d'Abraham Bosse
et de Callot, et traçaient ces belles tailles que

devrait reprendre le burin. On y a presque re-
noncé aujourd'hui. Plusieurs artistes se ser-
vent de pointes terminées par une surface
plate, de manière à entamer plus de vernis
a la fois; d'autres se servent de plumes. La a
liberté est telle à ce sujet, qu'on cite tel pein-
tre graveur qui employait un clou; tel autre,
Turner, par exemple, qui n'avait d'autre pointe
qu'une branche de^ fourchette emmanchée
dans un bout de bois. Il s'agit en effet simple-
ment d'enlever la couche superficielle du ver-
nis et d'arriver jusqu'au cuivre. Il n'est pas
nécessaire d'entrer dans le métal ou de l'égra-
tigner, bien que cela puisse cependant être
utile dans plus d'un cas, et notamment
l'on veut obtenir une morsure vive.

Le travail de la pointe est dit travail de
pointe humide, quand il doit donner lieu à
l'emploi de l'acide; de pointe sèche, quand le
trait ne doit pas être ensuite creusé par l'eau-
forte.

Quand on a fait un faux trait, il suffit, pour
le faire disparaître, de le recouvrir à l'aide
d'un peu de vernis, dans lequel on a eu soin
de délayer du noir de fumée et qu'on étend
au pinceau.

Morsure. Le dessin fini l'opération de
la gravure commence. Le procédé le plus
commode pour faire mordre une planche par
l'eau-forte est de choisir une cuvette plate,
de terre, de gutta-percha ou de fonte émail-
lée. On étale sur la planche entière, par-des-
sus et par-dessous, en réservant naturelle-
ment la partie dessinée, du vernis au pinceau
ou un mélange de cire et d'huile. On peut
alors sans crainte placer la planche dans la
cuvette et verser l'eau-forte qu'on prend gé-
néralement à 360, et qu'on réduit à l'aide
d'eau pure à une force de 18 à 20°, suivant la
nature des travaux exécutés et aussi suivant
la température du moment. Car il est essentiel
de remarquer que l'acide prend et mord beau-
coup moins rapidement par les temps froids
et pluvieux que par les jours de chaleur et
d'orage. En ne tenant pas compte de ces
variations on s'exposerait à des mécomptes.
On a l'habitude de mêler à l'eau-forte nou-
velle, pour l'amorcer, un peu d'eau-forte an-
cienne qui a déjà servi à la morsure du cuivre.
De la limaille de cuivre, répandue un peu
avant l'opération dans l'acide, conduit à peu
prés au même résultat. L'épaisseur du bain
est de 0 m. 01 environ. L'acide, incolore à son
état naturel, devient bleu et vert. Si la mor-
sure est vive, des bulles se forment qu'il faut
faire disparaître en passant sur le vernis une
barbe de plume. Il est impossible de préciser
le temps durant lequel une partie quelconque
d'une planche doit être en contact avec l'acide.
C'est une affaire de nuance et d'appréciation,
et, à cet égard, l'expérience personnelle
est nécessaire; elle instruira plus que de
longs détails. Il y a pourtant un moyen de se
renseigner, c'est de dessiner sur une fort pe-
tite planche des tailles qu'on fait mordre à
divers degrés d'acide, en variant aussi le
temps de la morsure. Cette planche, imprimée
ensuite servira de point de départ pour ju-
ger elle épargnera quelques petits désastres
au commençant; mais il n'est pas de graveur
à l'eau-forte qui n'ait été conduit, à de cer-
tains moments, à d'autres effets que ceux qu'il il
avait espérés. Quand l'artiste pense qu'une
partie est assez mordue, par exemple .un
fond, un ciel ou un lointain, il retire la plan-
che du bain, la plonge dans l'eau et l'essuie
doucement. Il recouvre cette partie, qui doit
rester légère à l'impression, d'un peu de vernis
ou d'un mélange de cire et d'huile. Il a soin de
suivre avec précision ;les contours, de peur
que l'acide ne continue à attaquer certains
points qu'il entend réserver. Il replonge la
planche dans l'eau-forte, et procède ainsi au-
tant de fois qu'il veut obtenir de plans diffé-
rents ou de dégradations de noirs très-accen-
tuées. A chaque fois, il peut s'assurer de
l'état de la taille qu'il va recouvrir en mettant
à nu un morceau qu'il recouvre ensuite.
La morsure finie, il reste à nettoyer le cui-
vre avec une essence et à porter la planche
chez l'imprimeur, qui en tire une épreuve,
épreuve rarement définitive. A moins que le
dessin ne soit qu'un croquis, la gravure a
presque toujours besoin de retouches, et passe
de ce premier état à un deuxième, à un troi-
sième et à un quatrième, suivant l'habileté
du graveur et le plus ou moins de précieux
qu'il donne d'habitude à son œuvre.

Chacun des états par lesquels a passé une
gravure estimée est recherché des amateurs.
Si la planche est de très-petite dimension,
quelques artistes procèdent d'une façon plus
simple et. plus expéditive. Ils placent l'eau-
forte avec un pinceau, commençant par les
points ils veulent avoir le noir le plus vif;
en continuant ainsi ils arrivent aux parties
qui doivent rester plus fines et plus délicates.
Il n'est pas inutile d'ajouter que les moyens
de morsure sont si variés, suivant le point de
vue auquel se place le graveur, suivant son
tempérament et la manière à laquelle il s'a-
donne, que quelques-uns font mordre pendant
douze heures, avec une lenteur calculée, ce
que d'autres attaquent résolument en quel-
ques secondes à l'aide d'acide à 36° et même
à 40°.

On doit savoir de plus que l'eau-forte vive
élargit la taille en la creusant. Une morsure
lente creuse d'une façon régulière et permet
mieux d'éviter les piqûres imprévues dont le
vernis se trouve atteint et qui constituent des

points noirs presque impossibles à effacer
dans l'épreuve.

L'eau-forte qui a beaucoup servi s'affaiblit
de plus en plus et arrive à ne plus faire que
dépolir le cuivre. Un acide constamment re-
nouvelé donnera donc des résultats à la fois
plus uniformes et plus faciles à prévoir.
Lorsque l'épreuve fournie par l'imprimeur
montre que le cuivre n'a pas été suffisant
ment mordu on le recouvre d'un vernis qui
ne s'étale qu'à la surface en respectant les
tailles, et on fait remordre comme précédem-
ment. Cette opération n'est pas exempte d'in-
convénients si la taille n'a pas été soigneu-
sement nettoyée avec de la mie de pain, et si

le vernis blanc qui est mis au tampon comme

le vernis à chaud ou le vernis à l'essence de
lavande qu'on préfère placer au rouleau, n'ont
pas recouvert exactement toutes les parties
sans dessin, cette seconde morsure dans les
anciennes tailles est moins nette, et les tailles
deviennent baveuses et incertaines.

Dans plusieurs cas, après l'épreuve obtenue,
il s'agit seulement d'ajouter du travail au tra-
vail déjà produit, sauf à repasser la pointe
dans quelques traits l'on désire un creux
plus profond. Il suffira de revernir à chaud au
tampon, en donnant à l'enduit une épaisseur
moindre, mais en procédant pour tout le reste
comme la première fois. Chacun des linéa-
ments du dessin reste visible sous le vernis.
Si l'acide doit séjourner longtemps sur la
planche, ou mordre avec vivacité, il attaque
les premiers traits. On évite cet inconvénient
par l'emploi du vernis à l'essence de lavande.
De nombreuses observations permettent, en
effet, de le considérer comme le plus solide
de tous, au point de vue non de la conserva-
tion indéfinie mais de la résistance à l'acide.
Le vernis à l'essence de lavande n'est pas
autre chose que le vernis à chaud ou vernis au
tampon dissous dans de l'essence de lavande
pure. A très-petite épaisseur, il soutient sans
s'écailler l'action de l'eau-forte à°£Ô0 et à 300;
en sorte qu'on peut parfaitement voir les tra-
vaux qui sont par-dessous, soit qu'on s'en
serve en y ajoutant du noir de fumée, soit
qu'on l'emploie au naturel, délayé seulement
dans un peu d'essence de lavande. Il peut
même être appliqué au pinceau.

L'action de 1 eau-forte est quelquefois telle,
qu'elle produit, à entre-croisement des lignes,
endroit le vernis cède tout d'abord, des
creux dont le dessin reste brouillé et qu'on
appelle des crevés en terme de métier. Si les
crevés sont désagréables à voir dans l'é-
preuve, ce qui arrive le plus souvent, mais
non pas toujours, il faut faire planer la par-
tie du cuivre l'accident s'est produit, ou la
repousser soi-même, en donnant quelques lé-
gers coups de marteau sur le revers de la
planche, dont on appuie le côté gravé sur un
petit tas d'acier poli. L'important est alors de
connaître l'endroit précis l'on doit frapper,
et dont on s'assure soit à l'aide d'un compas
d'épaisseur, soit par le moyen de deux fils
passant perpendiculairement l'un sur l'autre
a la place indiquée et à la place cherchée
tant au verso qu'au recto de la planche.
RETOUCHES PAR LE GRATTOIR ET LE BRU-
NISSOIR. Le grattoir est une lame aiguë et
bien coupante, taillée à trois pans, qui sert
tantôt à enlever complétement un trait en
grattant le métal dont on rétablit ensuite la
surface plane à l'aide du papier émeri et du
charbon, tantôt à raser les barbes, c'est-à-dire
les écorchures de cuivre que laisse le travail
de la pointe sèche; les barbes amassent au-
tour d'elles le noir d'imprimerie, de manière
à défigurer la gravure ou à en modifier com-
plétement l'aspect. Ebarber le cuivre n'est
pas cependant toujours nécessaire. Le noir
produit par les barbes est d'un ton de velours
magnifique, dont Rembrandt et d'autres gra-
veurs ont tiré le plus beau parti; mais la
barbe ne résiste pas à un long tirage et ne
tient guère au delà d'une vingtième épreuve.
Elle ne peut être par conséquent mise à profit
dans une édition uniforme et régulière.
Le b "inissoir est un instrument d'acier ter-
miné par des surfaces obtuses ou arrondies
et qui sert à brunir ou polir quelques parties
et à diminuer le travail. Il procède par l'a-
platissement du métal au-dessus de la taille,
et augmente ainsi la surface du blanc. On en
tire des effets analogues à ceux que produit
l'usage de la mie de pain sur un dessin mais
on doit en ménager l'emploi, qui d'ailleurs est
difficile et qui a détruit plus d'une fois toute
la fralcheur et la franchise de la gravure.
-MÉCANIQUE ET ROULETTES. Pour obtenir
des fonds réguliers dans certaines planches,
et plus particulièrement dans les estampes
dites de commerce, on fait tracer par des ma-
chines, sur le vernis qu'on soumet ensuite à
l'acide, des lignes rapprochées. On se sert
aussi de roulettes, petites roues dentées, qui
forment des points. Ces moyens très-expédi-
tifs ne jouissent pas d'une grande faveur au-
près des amateurs de belles eaux- ortes.
Eau-forte AU VERNIS MOU. L'eau-forte
ordinaire, dont les procédés sont décrits ci-
dessus, reproduit le libre travail de la plume
ou l'œuvre serrée et parfois un peu conven- <
tionnelle du burin; l'eau-forte au vernis mou
imite le dessin du crayon. La différence de
méthode consiste d'abord dans l'emploi du (
vernis, auquel on mêle un corps gras en
quantité suffisante pour 9ue le vernis cède à
la pression d'un paplerqu on choisit d'un grain
fort gros. On dessine à l'aide d un crayon sur

ce papier appliqué contre le vernis. Quand
le dessin est fini, la différence de pression du
crayon a laissé sa marque aussi bien sur le
vernis que sur le papier, et il suffit de passer
la planche à Veau- forte, et d'y faire des re-
touches à a roulette, à la pointe sèche ou à
la pointe humide, pour avoir de nombreuses
reproductions du dessin que le crayon a fixé
à la fois sur le cuivre et sur le papier.
EAU-FORTE a LA pointe sèche. C'est fort
mal à propos que ce procédé d'un emploi
connu, bien que peu fréquent rappelle le
nom de Veau- forte Veau- for te n'y joue aucun
rôle. Le cuivre est taillé à nu et à sec par le
burin et par la pointe. Il est ou n'est point
ébarbé. On ne peut guère en tirer que quel-
ques épreuves d'artistes.

-EAU-FORTE SUR ACIER.On procède comme
pour le cuivre. La planche d'acier coûte plus
cher, mais le tirage en est indéfini. Presque
toutes les grandes estampes sur acier, pres-
que toutes les gravures du commerce sont
commencées par le travail de l'eau-forte. L'a-
cier présente cet inconvénient, que l'artiste y
voit moins bien son œuvre que le métal est
plus aigre et que l'aspect de 1 épreuve se res-
sent de ces différences. La planche est enta-
mée par l'eau-forte en beaucoup moins de
temps à degré égal d'acide. Il est indispen-
sable de la tenir dans un endroit sec et de la
couvrir d'un corps gras ou d'un vernis pour
la préserver de la rouille.

Un procédé nouveau, qui est déjà fort ré-
pandu, communique au cuivre la résistance
de l'acier. Ce procédé est l'aciérage. Il con-
siste à faire déposer sur le cuivre, par la gal-
vanoplastie, du fer, métal plus dur, qui s'étale
en pellicules si minces qu'il n'altère pas les plus
extrêmes finesses. Sitôt que le cuivre com-
mence à reparaître, on désacière à l'aide d'une
eau-forte légère, et on réacière. Cette opéra-
tion, qui n'est pratiquée qu'après le tirage des
épreuves avant la lettre, permet d'atteindre
un chiffre d'épreuves beaucoup plus considé-
rable, ce qui compense et au delà les frais de
l'aciérage. L'aciérage est adopté pour les
cuivres de la chalcographie du Louvre.
-IMPRESSION. La manière dont sont impri-
mées les eaux-fortes est d'une si grande im-
portance, non-seulement pour les épreuves
d'essai, mais encore pour le tirage lui-même,
qu'on ne saurait trop recommander à l'artiste
de faire choix d'un bon imprimeur. Tellc
planche imprimée par des mains différentes
n'est plus reconnaissable. Rembrandt impri-
mait lui-même, et de là, sans compter la puis
sance de l'artiste, la variété et la souplesse
de ses épreuves. Il y a, en effet, deux sortes
d'épreuves l'épreuve vraie, que tout ouvrier
imprimeur peut fournir, à peu de chose près,
et l'épreuve d'effet, qui exige une habileté
rare. L'impression des eaux-fortes est un art
particulier auquel peu de personnes ont réussi.
Il s'agit en effet de laisser ou de ramener
l'encre d'imprimerie sur certains points, de
donner de la sécheresse à certains traits, d'en
envelopper d'autres d'une sorte d'ombre lé-
gère et adoucie que le graveur ne saurait ob-
tenir par lui-même et que l'imprimeur produit
aisément sans employer d'autre moyen que
l'action de sa main et du chiffon de mousse-
line qu'il promène adroitement sur les tailles
de la planche chauffée.

Les eaux-fortes sont imprimées sur papier
ordinaire, sur papier de Chine ou du Japon,
sur papier vergé le plus résistant de tous
mais peu propre aux travaux fins et délicats,
et enfin sur vélin.

EAUX-FORTES LES PLUS RECHERCHÉES. On
ne peut qu'indiquer ici les noms des plus cé-
lèbres parmi les artistes qui ont employé l'eau-
forte.

L'œuvre de Rembrandt passe pour la plus
haute expression du genre beauté de com-
position, vigueur des ombres et des lumières,
torce et délicatesse du trait, puissance de l'ef-
fet, il a toutes les perfections. Claude Lorrain
se distingue par la simplicité savante; Van
Dyck, par l'ampleur Paul Potter, par une ma-
nière naïve et forte; Ostade, par la gaieté de
la pointe; Callot, par un travail sobre, ferme,
fier, très-arrêté (il en existe un grand nombre
de contrefaçons); Watteau, Boucher, Frago-
nard, à des degrés différents, par une pointe
ingénieuse, capricieuse, facile et charmante;
Tiépolo, par des effets éclatants qui rappellent
ceux des décorations théâtrales; A. Canaletto,
par des résultats analogues, obtenus avec
des moyens plus simples; Piranèse par des
effets plus hardis encore et qui n'ont pas été
dépassés.

Il serait juste de citer après leurs devan-
ciers les noms de deux artistes contemporains,
MM. Jacques et Flameng.

Les principaux ouvrages à consulter sur
['eau-forte sont, après l'article de 1' 'Encyclopé-
lie et ceux des dictionnaires des arts et
Métiers

Le Traité des manières de graver en taille-
iouce sur l'airain, par le moyen des eaux-
aortes et des vernis durs et mols, ensemble de
!a façon d'en imprimer les planches et d'en
construire la presse, par A. Bosse, de la ville
le Tours, graveur en taille-douce à Paris
[1645, 1 vol. pet. in-8o, avec plusieurs plan-
ches gravées à Veau-forte).

peintre graveur par Adam Bartsch
Vienne, 1803-1821 21 vol. in-8» et un atlas
n-4°).

Le Manuel du graveur, ou Traité complet
Text mode Audio mode
page 34 (screen 38 of 1241)
Next page Previous page  
  Last page First page
Home Plain text