DIOCÈSE DE SENEZ.
26i.
Le témoignage d'une assemblée aussi nombreuse devenait
d'autant plus nécessaire dans cette circonstance, qu'une autre
autorité que celle des avocats, venait de faire un dernier effort
contre le-concile d'Embrun. Le 16 mars, on avait remis au
ministre, pour être présentée au roi, une lettre toute en faveur
de M. Soanen, et datée du 28 octobre 1727. Le docteur Lau-
rent-François Boursier, le mobile de toutes les démarches du
parti janséniste était encore l'auteur de cet écrit, qu'il avait
eu le crédit de faire signer par douze évoques à la tête des-
quels était le cardinal de Noailles archevêque de Paris tou-
jours faible et se laissant dominer. Les autres étaient des oppo-
sants, intéressés à défendre la cause de M. de Senez. Le roi
leur renvoya la lettre et leur fit écrire qu'il l'improuvait et la
regardait comme séditieuse, et qu'il s'étonnait de les voir faire
plus de cas des plaintes d'un seul évêque accusé que du juge-
ment de quatorze ou quinze qui l'avaient condamné et cela
sans avoir lu les actes du concile, ni examiné les procédures.
La lettre avait été écrite, en effet, avant là publication des
actes d'Embrun et sur le vu seulement d'une circulaire que
M. Soanen avait envoyée à ses collègues immédiatement après
son jugement, et dans laquelle il faisait, comme de raison
des plaintes amères, de ses juges. Ce n'est point d'ordinaire
sur de pareilles pièces que l'on établit un jugement bien équi-
,table, et les douze évêques s'étaient trop hâtés d'absoudre leur
confrère. Le renvoi de leur lettre les détermina à en écrire
une seconde, rédigée par Nicolas Petitpied; mais on fit peu
d'attention à ce nouvel envoi.
Cependant le roi, pour déférer au vœu des trente et un évê-
ques assemblés à Paris, donna, le 10 mai 1728, une déclara-
tion portant des peines contre les auteurs de libelles et écrits
qui attaqueraient les bulles reçues dans le royaume, et s'écar-
teraient du respect dû au pape et aux évêques. Le 3 juillet
suivant, il supprima la consultation des cinquante que Be-
noît XIII venait de flétrir par un bref du 9 juin. Enfin plus
de vingt évêques donnèrent des Mandements contre ce Mé-
moire ceux qui avaient assisté au concile d'Embrun réfutèrent,
dans une lettre du 4 avril 1728, les plaintes avancées contre
cette assemblée, et, en peu de temps, la consultation si vantée
d'abord, fut oubliée, comme toutes les productions éphémères
qu'enfante l'esprit de parti, et auxquelles de petites passions
du moment peuvent seules donner une sorte de vogue.