LA FRANCE PONTIFICALE.
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l'autorité de leurs jugements, toutes ces matières étaient trai-
tées avec légèreté et décidées avec hardiesse. On aurait pu
demander de quel droit des avocats décidaient dans une affaire
purement ecclésiastique et jugeaient un concile. Mais de telles
objections n'arrêtaient point ces jurisconsultes, et c'est à cette
époque que commença cette lutte de quelques légistes témé-
raires contre l'autorité de l'Eglise, lutte que nous voyons en-
core se continuer de nos jours.
Informé cependant de l'éclat que faisait cette consultation
que l'on répandait avec profusion et que l'on prônait avec en-
thousiasme, le roi chargea le cardinal de R han d'assembler
chez lui les évêques qui se trouvaient à Paris, afin d'examiner
le Mémoire et d'en dire leur avis. Ces prélats se réunirent
donc au nombre de trente et un, et après un mois de confé-
rence, ils dressèrent, le 4 mai 1728, une lettre au roi pour
lui exposer ce qu'il fallait penser de cette nouvelle production,
qu'ils supposaient être l'oeuvre, non pas de ceux qui l'avaient
signée, mais de quelques théologiens égarés. Ils montraient
en détail que cette pièce donnait de l'Eglise l'idée la plus
fausse, qu'elle anéantissait l'autorité du corps des pasteurs et
la force de leurs jugements, qu'elle représentait le concile gé-
néral comme nécessaire et indispensable, mais empêché par
la seule politique des Papes qu'elle traitait les censures dites
in globo, de sources de disputes, de jugements des ténèbres,
de joug honteux; qu'elle traçait le portrait le plus affreux de
la bulle <7M!ye?M' qu'elle autorisait l'appel condamné même
par le souverain, enfin qu'elle était pleine de méprises et de
faussetés sur le Formulaire, sur la paix de Clément IX, sur la
bulle F~Mea'DoHM'~ et notamment sur le concile d'Embrun,
dont elle insultait les membres avec une partialité révoltante.
« L'esprit de critique, disaient les prélats en finissant, de-
vient l'esprit dominant. Combien de personnes s'érigent en
juges de ce qu'elles n'entendent pas Il y a un parti ouverte-
ment révolté contre l'Eglise. Il s'accrédite chaque jour, il ac-
quiert de nouveaux sectateurs; il reçoit avec avidité, il répand
avec profusion, il vante avec excès les libelles sans nombre
qui se font pour l'autoriser, et il ne néglige rien pour appuyer
ses erreurs et sa désobéissance. »
Cette lettre était signée de trois cardinaux, les cardinaux de
Rohan de Bissy et de Fleury, de cinq archevêques, de dix-
huit évêques, et de cinq ecclésiastiques nommés à des évêchés.