LA FRANCE PONTIFICALE.
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M. de Crillon, évêque de Glandèves, assistés comme les pre-
miers. Enfin, la troisième monition fut faite le i8 du même
mois, par M. de Doucet, évêque de Belley, et par M. d'An-
thelmy, évêque de Grasse, assistés de la même manière. Ces
prélats redoublèrent, au nom du concile, leurs prières et leurs
instances, pour engager l'évêque de Senez à se réunir à ses
confrères; mais toute sa réponse fut qu'il persistait dans ses
mêmes actes. Il fallut donc procéder au jugement. Ce ne fut
pas sans douleur de la part du concile le sacrifice lui coûta
cher; mais la religion l'exigeait, et, toutes les ressources étant
épuisées, on ne pouvait plus s'abstenir de prononcer une con-
damnation. Ce fut, de toutes celles que prescrivait le devoir,
la moins sévère et la plus indulgente elle fut terrible néan-
moins, bien que le concile n'eût point suivi la rigueur des
canons. Il se contenta de faire ce qui était nécessaire pour
mettre le troupeau à l'abri de la séduction, et il laissa le pas-
teur en état de reprendre ses fonctions, dès qu'il voudrait ré-
parer sa faute par une soumission sincère à l'Église et à ses
décisions.
Rien ne fut imposant et majestueux comme la congrégation
solennelle du 20 septembre, où fut portée la sentence contre
ce malheureux évêque de Senez, juridiquement convaincu de
schisme et d'hérésie « Je ne sais dit, en rendant compte de
)) cette séance célèbre, un des membres du concile, Lafitau,
)) évêque de Sisteron, je ne sais s'il s'est jamais passé une ac-
» tion où la présence de Dieu ne soit rendue plus sensible que
)) dans celle-ci. J'avoue que tout ce que j'avais lu dans nos
» histoires, dans nos annales, dans les fastes sacrés de l'Église,
» et que tout ce que j'avais appris de la majesté qui règne dans
')) les conciles, ne m'en avait pas donné une idée aussi auguste
» que ne fit la seule séance dont je parle. L'Esprit-Saint,
)) rendu visible au milieu de nous, ne nous aurait peut-être
» pas imposé un silence plus absolu ni imprimé un respect
» plus profond. La séance dura près de cinq heures. Pendant
» tout ce temps-là, pas un seul évêque qui fit le moindre mou-
» vement ni qui parlât hors de son rang. Ils me parurent
»immobiles, touchés de la plus vive douleur, pénétrés du ju-
» gement qu'ils allaient prononcer, absorbés en Dieu, rem-
» plis de l'Esprit-Saint qui les animait (1). »
(t) Histoire de la ConstituLion Unigenitus, tiv. V.