DIOCÈSE DE SISTERON. 53 ner à lui la population égarée. Il lui écrivit de Chorges, où il s'était retiré lui donna du temps pour réfléchir, et n'ayant rien pu gagner, il usa des censures ecclésiastiques contre les rebelles et appela le Dauphin pour les soumettre. En voyant sous leurs murs les troupes du Dauphin, disposées à en venir à une attaque, les Embrunais se rendirent presque sans con- dition. L'archevêque et le Dauphin accordèrent à la ville et aux habitants une amnistie générale de tout le passé; ils dé- fendirent de faire aucune recherche des discours séditieux et scandaleux qui avaient été prononcés, à l'exception de ce qui avait été proféré dans l'église ou en présence du juge et du bailli, ou en mépris des officiers. Toutefois, les maisons des deux principaux coupables furent rasées, eux-mêmes furent bannis à perpétuité, et il fut réglé que, sous forme d'amende honorable, les chefs de famille seraient tenus à l'avenir d'as- sister, chaque année, à la grand'messe de l'Assomption, et d'y offrir à l'officiant le tribut d'un denier. Après tout cela, nous ne comprenons pas comment l'histo- rien Chorier a pu écrire que cette violente insurrection était venue de la trop grande autorité que Henri de Suze avait cru pouvoir s'arroger sur ses sujets en vertu des bulles impériales; et qu'il prit pour étouffer cette révolte des mesures qui font peu d'honneur à l'esprit de douceur et de modération de notre cardinal. Il est vrai que cet historien manque bien souvent d'exactitude, et ses appréciations sont entachées d'injustice et de partialité. 1 Henri de Suze reçut le serment de fidélité de Hugues le Dau- phin, en 12S4 plus tard une vive lutte s'engagea entre eux deux à ce sujet, et parce qu'il avait soulevé les habitants d'Embrun contre lui, l'archevêque~ en 1259, lui demanda la réparation des dommages qu'il lui avait causés, et il obtint d'Alexandre IV une bulle qui le confirmait dans tous ses droits. Il demanda aussi à Urbain IV, en 1262, un bref contre le Dauphin, qui lui avait refusé le serment d'hommage, et la faculté de donner à un autre bénéficier le comté d'Embrun. Très-estimé par ce souverain Pontife, il fut créé cardinal le 27 mai 1262 et évêque d'Ostie et de Velletri, au mois de dé- cembre 1263. Mais Henri de Suze avait une telle tendresse paternelle pour son peuple, et le séjour des pauvres mon- tagnes de l'Embrunais était pour lui si plein de charme, qu'a- près avoir été nommé cardinal et évêque d'Ostie, dignité qui