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nous les admettons toutes; que, en fait de dieux,
nous en reconnaissons plusieurs.
– En un seul, n'est-ce pas?
– Oui, dit la duchesse avec un regard étincelant
de paganisme oui, celui qui s'appelle Éros Cu-
pido Amor oui, celui qui a un carquois, un
bandeau et des ailes. Mordi vive la dévotion
Cependant, tu as unee manière de prier qui
est exclusive tu jettes des pierres sur la tête des
huguenots.
Faisons bipn et laissons dire. Ah Mar-
guerite Ahiime les meilleures idées, comme les
jjius belles actions se travestissent en passant par la
bouche du vulgaire.
– Le vulgaire. Mais c'est mon frère Charles
qui te félicitait, ce me semble?
– Ton frère Charles, Marguerite, est un grand
chasseur qui sonne du cor toute la journée, ce qui
le rend fort maigre, Je récuse donc jusqu'à ses
compliments. D'ailleurs, je lui ai répondu, à ton
frère Charles. N'as-tu pas entendu ma réponse?
– Non, tu parlais si bas!
– Tant mieux, j'aurai plus de nouveau à t'ap-
prendre. Çà la fin de ta confidence, Marguerite '?
C'est que. c'est que.
Eh bien?
C'est que, dit la reine en riant, si la pierre
dont parlait mon frère Charles était historique, je
m'abstiendrais.
– Bon s'écria Henriette, tu as choisi un hugue-
not. Eh bien! sois tranquille pour rassurer ta con-
science, je te promets d'en choisir un à la première
occasion.
Ah il paraît que cette fois tu as pris un ca-
tholique ?
– Mordi reprit la duchesse.
– Bien, bien je comprends.
– Et comment est-il, notre huguenot?
– Je ne l'ai pas choisi cc jeune homme ne
m'est rien, et ne me sera probablement jamais rien.
– Mais enfin, comment est-il? cela ne t'empê-
che pas de me le dire, tu sais combien je suis cu-
rieuse.
Un pauvre jeune homme beau comme le Ni-
sus de Benvenuto Cellini. et qui s'est venu réfu-
gier dans mon appartement.
Oh oh et tu ne l'avais pas un peu convoqué?
Pauvre garçon Ne ris donc pas ainsi, Hen-
riette, car en ce moment il est encore entre la vie
et la mort.
Il est donc malade?
Il est grièvement blessé.
Mais c'est très-gênant, un huguenot blessé
surtout dans des jours comme ceux où nous nous
trouvons; et qu'en fais-tu, de ce huguenot blessé
qui ne t'est rien et ne te sera jamais rien ? `?
– Il est dans mon cabinet; je le cache, je veux
le sauver.
Il est beau, il est jeune, il est blessé. fu\e
caches dans ton cabinet, tu veux le sauver; ce hu-
guenot-là sera bien ingrat s'il n'est pas trop recon-
naissant 1
– Il l'est déjà, j'en ai bien peur. plus que je
ne le désirerais.
– Ej il t'intéresse. ce pauvre jeûna homme?
– Par humanité. seulement.
– Ah! l'humanité, ma pauvre reine t'est tqu-
jours cette vcrtu-Jà qui nous perd, nous autres
femmes i
– Oui, et tu comprends comme d'un moment
à l'autre, 1q roi, la duc d'Alençon, ma mère, mon
mari même. peuvent entrer dans mon appâter
ment.
Tu veux me prier de te garder ton petit hu
guenot, n'est-ce pas, tant qu'il sera malade, à la
condition de te le rendre quand il sera guéri ? `?
– Rieuse! (lit Marguerite. Non, je te jure que je
ne prépare pas les choses de si loin. Seulement, si
tu pouvais trouver un moyen de cacher le pauvre
garçon si tu pouvais lui conserver la vie que je lui
ai sauvée; ch bien je t'avoua que je t'en serais véri-
tablement reconnaissante Tu es libre à l'hôtel de
Guise, tu n'as ni beau-frère, ni mari qui t'espionne
ou qui te contraigne, et, de plus, derrière ta cham-
bre, où personne, chère Henriette, n'a heureuse-
ment pour toi le droit d'entrer, un grand cabinet
pareil au mien. Eh bien pr0te-moi ce cabinet pour
mon huguenot; quand il sera guéri tu lui ouvriras
la cage, et l'oiseau s'envolera.
– Il n'y a qu'une difficulté, chère rcin.\ c'est
que la cage est occupée.
– Comment! tu as donc aussi sauvé quelqu'un,
toi? Q
C'est justement ce que j'ai répondu à ton
frère.
Ah! je comprends; voilà pourquoi tu parlais
si bas que je ne t'ai pas entendue.
Écoute, Marguerite, c'est une histoire admi-
rable, non moins belle, non moins poétique que la
tienne. Après t'avoir laissé six de mes gardes, j'étais
montée avec les six autres à l'hôtel de Guise, et \e
regardais piller et brûler une maison qui n'est sé-
parée de l'hôtel de mon frère que par la rue des
Quatre-Fils, quand tout à coup j'entends crier des
femmes et jurer dos hommes. Je m'avance sur le
balcon et je vois d'abord une épée dont le feu sem-
blait éclairer toute la scène à elle seule. J'admire
cette lame furieuse j'aime les belles choses, moi
puis je cherche naturellement à distinguer le bras
qui la faisait mouvoir et le corps auquel ce bras
appartenait. Au milieu des coups, des cris, je dis-
tingue enfin l'homme, et je vois. un héros, un
Ajax Télamon. J'entends une voix, une voix ùe
Stentor. Je m'enthousiasme, je demeure toute pal-
pitante, tressaillant à chaque coup dont il était
menacé, à chaque bitte qu'il portait; ça été une