«40 LA REINE MARGOT.
̃HH la forêt de Saint-Germain.
̃Pj&flll HH^il Henri avait ordonné
fflSHsSHlS^^ c'est-à-dire tout sellé et
^w^ tout bridé, un petit cheval
du Béarn, qu'il comptait donner à madame de
Sauve, mais qu'auparavant il désirait essayer. A.
huit heures moins un quart, le cheval était appa-
reillé. A huit heures sonnant, Henri descendait.
Le cheval, fier et ardent, malgré sa petite taille,
dressait les crins et piaffait dans la cour. Il avait
fait froid, et un léger verglas couvrait la terre.
Henri s'apprêta à traverser la cour pour gagner
le côté des écuries où l'attendaient le cheval et le
palefrenier, lorsqu'en passant devant un soldat
suisse, en sentinelle à la porte, ce soldat lui pré-
senta les armes en disant
Dieu garde Sa Majesté le roi de Navarre S
A ce souhait, et surtout à l'accent de la voix qui
venait de l'émettre, le Béarnais tressaillit.
Il se retourna et fit un pas en arrière.
De Mouy! murmura-t-il.
Oui, sire, de Mouy.
Que venez-vous faire ici?
Je vous cherche.
Que me voulez-vous?
Il faut que je parle à Votre Majesté.
Malheureux, dit le roi en se rapprochant de
lui, ne sais-tu pas que tu risques ta tête?
Je le sais.
Eh bien ? `~
Eh bien me voilà.
Henri pâlit légèrement, car ce danger que cou-
rait l'ardent jeune homme, il comprit qu'il le par-
tageait. Il regarda donc avec inquiétude autour de
lui, et se recula une seconde fois, non moins vive-
ment que la première.
Il venait d'apercevoir le duc d'Alençon à une fe-
nêtre.
Changeant aussitôt d'allure, Henri prit le mous-
quet des mains de de Mouy, placé, comme nous l'a-
vons dit. en sentinelle, et tout en ayant l'air de
l'examiner
XXIII
UN NOUVEAU CONVERTI.
IM|kH|' e lendemain, il devait y
avoir chasse à courre dans
qu'on lui tînt prêt, pour
huit heures du matin,
De Mouy, lui dit-il, ce n'est pas certainement
sans un motif bien puissant que vous êtes venu
ainsi vous jeter dans la gueule du loup?
Non, sire. Aussi voilà huit que je vous guette.
Hier seulement, j'ai appris que Votre Majesté devait
essayer ce cheval ce matin, et j'ai pris poste à la
porte du Louvre.
Mais comment sous ce costume?
Le capitaine de la compagnie est protestant et
de mes amis.
Voici votre mousquet, remettez-vous à votre
faction. On nous examine. En repassant, je tâche-
rai de vous dire un mot; mais, si je ne vous parle
point, ne m'arrêtez point. Adieu.
De Mouy reprit sa marche mesurée, et Henri s'a-
vança vers le cheval.
Qu'est-ce que c'est que ce joli petit animal ?
demanda le duc d'Alençon de sa fenêtre.
Un cheval que je vais essayer ce matin, ré-
pondit Henri.
– Mais ce n'est point un cheval d'homme, cela.
– Aussi était-il destiné à une belle dame.
– Prenez garde, Henri, vous allez être indiscret,
car nous allons voir cette belle dame à la chasse;
et, si je ne sais pas de qui vous êtes le chevalier, je
saurai au moins de qui vous êtes l'écuyer.
Eh mon Dieu non, vous ne le saurez pas, dit
Henri avec sa feinte bonhomie, car cette belle dame
ne pourra sortir, étant fort indisposée ce matin.
Et il se mit en selle.
Ah bah dit d'Alençon en riant, pauvre ma-
dame de Sauve 1
François François c'est vous qui êtes indis-
cret.
– Et qu'a-t-elle donc, cette belle Charlotte? re-
prit le duc d'Alençon.
Mais, continua Henri en lançant son cheval
au petit galop et en lui faisant décrire un cercle de
manége, mais je ne sais trop, une grande lourdeur
de tête, à ce que m'a dit Dariole, une espèce d'en-
gourdissement par tout le corps, une faiblesse gé-
nérale, enfin.
1 -Et cela vous empêchera-t-H d'ôtre des nôtres?
demanda le duc.
1 Moi! et pourquoi? reprit Henri, vous save? <ju«