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BOÈ

BOEC 65

BOË

et les espèces sont pas des êtresàpart,ils
ne sont pas non'plus de pures conceptions de
l'esprit, car ils sont renfermés avec toute leur
compréhension dans chacun des individus. »
Mais. dans son explication un peu embarrassée,
il semble confondre l'idée abstraite en général
avec les genres et les espèces. Puis, la diver-
gence de Platon et d'Aristote sur ce point le
trouble tellement, qu'il nuit par laisser d'autres
le soin de décider altioris enim est pMosop~KB.
C'est encore à Boèce que les meilleurs scolas-
tiques, S. Thomas d'Aquin en tête, emprun-
teront les déSnitions devenues célèbres, du
.suppôt, de la personne, de la béatitude et de
l'éternité. Mais ce qui a fait surtout de Boèce
le premier inspirateur de la scolastique, ce qui
a valu à Aristote l'immense autorité dont il a
joui pendant tout le moyen-âge, c'est l'heu-
reuse application que le philosophe chrétien a
faite à la théologie des termes et des formes
du raisonnement péripatéticien. 11 ne le fit
pointdans des traités théologiques, ainsi qu'on
le dit qfois, mais dans de simples lettres adres-
sées soit à son beau-père Symmaque, soit à
son ami le diacre Jean, qui fut plus tard le pape
Jean 1er. Ces opuscules, au nombre de.cinq,
ont pour sujet lo De t~H< rrMttatts
2o Mrum Pater et Filius sanctus de divinitate
substantialiter pr S" C"omo< subs-
<(t)th' eo q~0(< suit, 6o)!< sint Bret)M ~(
C/M'MfMHO comp~.rt'o 5o De persona et dM
naluris. (CArMit). Ces lettres très orthodoxes,
sont un monument précieux de la foi éclairée
autant qu'humble du savant pttHosophe. La
pureté desavie, qui rejaillissait sur ses talents,
ajoutait encore à l'autorité de l'écrivain. Mais
l'austère vertu du patrice et du maître des
oulces lui avait fait des ennemis parmi ceux
dont elle gêuait le rapacité. Aussi, lorsque
Théodoric, après 30 ans de tolérance, se mit à
persécuter les catholiques, un prétexte fut
bientôt trouvé pour perdre Boèce dans son
esprit. Le sénateurAIbinus avait été accusé
d'entretenir une correspondance secrète avec
l'empereur grec Justin, pour renv(rj:r!ep)u-
voir des Ostrogoths; Boèce, généreux etimré-
pide, prit la défense de son collègue, déclara
'l'accusation fausse et ajouta que si Albinus était
coupable d'avoirespérélalibertésousle sceptre 1e
du roi, lui-même et le Sénat tout entier étaient
criminels au même titre. Aussitôt il fut impli-
qué dans le procès, de faux témoins déposèrent
contre lui etproduisirent un acte sa signa-
ture était contrefaite. Théodoric ne lui permit
pas de se défendre et l'exila à Pavie. Ce fut là,
dans la disgrâce et en s'attendant à une con-
damnation plus rigoureuse, que Boèce écrivit
le meilleur de ses ouvrages, le seul original,
celui qui révèle son génie propre, DeConsola-
tione pMosopMca. La philosophie apparait à
l'exilé pour le consoler de son malheur « elle
commence avec lui un dialogue qui se pour-
suit en 5 livres, dans une prose entrecoupée
symétriquement de pièces de vers qui résument
après chaque entretien les sentiments que la
conversation' a fait naître. Le 1er livre est
l'écho vibrant des plaintes amères arrachées
aux malheureux par la comparaison de leur
fortune passée avec l'infortune présente le
2e est l'exposé de ce que l'on nomme la for-
tune, dont nul n'a le droit de se plaindre,
puisqu'on acceptant la bonne, chacun doit
s'attendre à rencontrer la mauvaise; le 3e pose
la déUnition du bonheur, mot si so.uvent tra-
vesti par la vanité des hommes le établit
que le bonheur véritable n'est le partage que
de la vertu la Providence y est opposée au
fatMnt le est consacré à répondre aux ob-
jections tiréesdeee que l'on appelle le hasard,
à démontrer le dogme fondamental de la
liberté humaine' et & concilier la notion 'de
cette liberté avec la prescience divine. ')(Dar-
ras). Le traité dans lequel, suivant, l'expression
de Cantin, la muse de Tibulle et l'éloquence
de Cicéron firent entendre leurs derniers ac-
cents sous l'inspiration des idées chrétiennes, o
.est-il achevé?Nous ne le pensons pas. Au mois
d'octobre 525, un ordre de Théodoric vint su-
bitement arracher Boèce à la demi liberté qui
lui laissait encore le loisir de se livrer à la phi-
losophie. Il fut jeté dans la prison'de Calven-
zano et soumis à la torturp. Étendu sur la roue,
i) subit une longue et sanglante flagellation,
puis une corde enroulée autour de sa tête fut
serrée, avec un treuil.'jusqu'au point de faire

sortir à demi les yeux de leur orbite détaché
encore tout vivant de l'instrument de son
supplice, il porta les mainsàsesyeux comme
pour les faire rentrer dans leur cavité, et qq.
instants après la hache du bourreau achevait
son martyre. Les catholiques recueillirent son
corps ensaugtanté et lui donnèrent la sépul-
ture à Pavie, dans le tombeau d'Elpis, sa pre-
mière femme, comme elle en avait exprimé
le désir dans son Épitaphe. Deux cents ans ptus
tard, Luitprand, roi des Lombards, lui éleva
un magnifique mausolée dans la basilique de
St-Pierre-au-Ciel-d'or et l'y fit inhumer solen-
nellement; 722. Eu 998 l'empereur Othon IH
lui fit ériger dans l'église des Augustins le tom-
beau que l'on y admire encore a côté de celui
de t'évoque d'Hippone. Son épitaphe est due
au pape Sylvestre Il. Telles furent la vie et la
mortdece philosophe dont tti pieté, les travaux
et la constance dans les tortures ont rendu la
mémoire chère à l'Église et que le diocèse de
Pavie a toujours honoré comme un saint. Ce-
pendant la critique de nos jours a voulu te faire
vivre et mourir en païen. Arnold, Schlosser,
Hand, d'autres encore en Allemagne, n'ontpas
craint de.s'élever contre lestradttionstesplus
jnstinées. J.-V. Leclerc s'est fait'I'écho de ces
attaques dans des leçons qui eurent un certain
retentissement. M. Charles Jourdain a voulu
expliquer l'Origine des traditions sur le (;/)f:stM-
MMme de Boéce, Paris, 1861, in-8o, par une série
d'hypothèses absolument gratuites. Les ré-
ponses n'ont pas manqué en Allemagne,, en
Suède, eu Italie, en Belgique. nous citerons
seulement les principales Baur, De An. IVtMt!.
Sever. Boethio c/t?'tstMK(B docirbt assertore,
disput. theolog., Darmstadt, 1841, gr. in-8o
Suttner,Boe
MtH christliches BeA'enntftiss, sein A'~cArtf/wt,
progr. Erchstadt, 1852 Nitzch, D system
desBoetAi'MSMKd die ihm ~xgescArfetenen Theo-
logischen sc/t)'t/'ie;t, eine Kritische !7
Berlin, 1860, gr. in-8o; Baur, Boethiusund Dante,
Leipzig, gr. in-8o Bergstedt, Oe.tita e~cWptM
Ment~. rofo. Seo. Boethius dMscr Upsat,
1842, in-8o Bosizio, Intorno al luogo del sup-
pHsto dt Seoer.BoMio ntemoria, con t«t ttppettdice
!M alla santità deHo stesso Boezio, Pavie,
1855,-in-4o. 2 pl. du môme, SMiMMo'HcMmo
di An. A/ 7'or Sev. Boezio memoria, Pavie,
186' in-4o R. P. F., 7}fcord deHa o~ct et
delle opere del pt'o/bttdMStmo in dottrina patri-
zio e console romano, Sever. Boezio, onorato dci
ft~o~o di saHio, Pavie, 1844, in-8o Toussaint,
Dissertatio de Boethiophilosopho, Louvain, 1848,
in-So. On trouvera en outre dans le Répertoire
des sources historiques du mot d'Ulysse
Chevalier, l'indication des revues savantes et
des grandes collections littéraires ou histo-
riques qui ont consacré à Boèce des articles ou
des chapitres. Nous nous bornerons à signaler
l'intéressant chapitre de )'abbé Darras au t. xtv
de l'Histoire t'Eptese, vol.i8,23e jour
d'oct. (i'S pr Les BoM
vol. 19 (Vie de ~(Mt fer~ pape, ch.'n) et sur
la viede Boèee nous indiquerons D. Gervaise,.
Vie de Boèce, avec !'a)M<)/se de ses ouvrages, des
notes et des dissertations, Paris, ni5; Richard
Graham, Vte de Preston, Vie de Boèce en tête
de sa traduction anglaise de La Cottso~ttOti
philosophique Barberini, Crt e.Kpo-
sizione de~ vita diS. BoetM), Pavie, n82, in-8o.
La Consolation philosophique a été imprimée à
part à Nuremberg en 1476, et à Paris. ad MStM)
delphini, en 1680 elle a été commentée par
Andréas, De Seoennc Boedo. speciatim de ejus
Conso~iO))<'p/!t nS9,
in-4"; Valtin, An. m Set'. Boett) conso!.
pAt Lugd. Batav., 16'!1. in-12: Barry, De
BoetAt)' « co)Mo~tfto)MS pM libro, Pa-
ris, 1838, in-8o; Victor Martin; ()M de pt'oui-
deHtta BoetHM in « consolatione p/)t
scrtpseh<, 1865. in-8o. Elle a été traduite en
grec par Ptanude~en anglo-saxon par Alfred
le Grand; en français, vers 1283, par Jean de
Meung, en 1744 par Francheville, en 1753 par
Morahin, en 1730 par t'abbé Colesse. en 1861
par Judicisde Mirandol. traduction couronnée
par l'académie française. Les ÛEMt're. complètes
de Boècf ont été imprimées à Venise en 1491.
à Bâte en 1570. à Leyde, cum notis ofM-MM-MM,
167]. a Glasgow an 1571. et forment les tomes
t.xrn et LXfv de la Patrologie de Migne. Heyne
a publié aGœttingue en 1806 Censura tH~MMt
et morum Boethit cum memoratt!t6t ex ejus

s<;)-tp G. P. )j Littér. BoÈCE (Le poème
de) du xe s., est le plus ancien monument de
la littérature provençale. Nous n'en connais-
sons qu'un fragment de 257 vers les pre-
miers du poème, qui, découvert d'abord au
xvme s. par l'abbé Lebeuf, fut perdu une
seconde fois, et retrouvé à nouveau par Ray-
nouard à la bibliothèque d'Orléans, il est
conservé maintenant sous le numéro 374. Ce
poème, en vers décasyllabiques répartis en
tirades assonancées, a été publié par M. Paul
Meyer dans son Recueil dattciens textes bas
latins, prouenc~ttM; et /r6mcaM. L'œuvre a peu
de valeur poétique réelle. Elle n'a pas non
plus de véritable importance historique. On
netrouve là, au lieu de la vie réelle du grand
personnage politique et philosophique, qu'une
légende, mêlée de réflexions morales assez
banales et de visions fantaisistes dans la pri-
son de la victime de Théodoric. Le poète pro-
vençal suppose que le roi desOstrogothspersé-
cute expressémentte sénateurromainpourson
attachement à la foi chrétienne, et qu'afin de
le perdre, il a lui-même fabriqué et signé du
nom de Boéce des lettres invitant les Grecs à
s'emparer de Rome et promettant de leur en
ouvrir les portes par trahison. Le poème s'ar-
rête brusquement au. milieu de ht vision de
Boèce. F. G. )~ B.-A. Boèce recevant les
adieux de sa famille, tableau de M. Schnetz,
musée du Luxembourg. Il BOÈCE ou BOETIUS
(Christian-Frédéric). Graveur allemand, à
Leipzig en n06, m. en lT!8ou n83, élève de P.-C.
ZincketC.-A.Wortman; graveur de la cour de
Cassel, 1764. Il a gravé à l'eau-forte, au burin,
au lavis et à la manière du crayon. La Vierge
et ~~K/a.n adoras par ia/tMttHe de Jacob
A/ei/e)-, d'après Holbein le Distillateur, d'après
Téniers; fafentme teHftMtunpotrentpHdecAaf-
bons allumés, d'après Rubens le Cabaretierdes
chasseurs, d'après Ph. Wouwermans; unfay-
sage avec animaux, d'après Karel Dujardin le
Bon père de aniille, d'après Schenau le Sot<-
~etttr du juMM de n30, d'après Haydt; une
vingtaine de portraits, entre autres le sien,
d'après Kienget, et ceux de Raphaël Mengs,
de Casanova, du poète Froemer, de Leibnitz,
34 planches pour le Museum Richterianunt, etc.
BOECHH (Auguste). Philologue allemand,
à Carlsruhe en 1785, m. en i867, est un
des plus grands maîtres de la philologie mo-
derne. Il commença par étudier, en 1803, la
théologie à i université de HaUe mais les
cours philologiques de Woif, qu'il suivit et
admira, décidèrent de sa vocation. )t entra
en 1806 au séminaire pédagogique de Berlin,
et t'année suivante, il fut appelé Heidelberg
comme professeur extraordinaire, puis pro-
fesseur ordinaire en 1809. Berlin t'attira
bientôt, à la suite de sérieux et importants
travaux qui l'avaient fait connaître nommé,
en 18U, professeur d'éloquence et de littéra-
ture ancienne à l'université de cette ville, il
devint/en 1820, directeur des séminaires de
philologie et de pédagogie, secrétaire de
l'Académie des sciences pour la classe d'his-
toire et de philosophie, plusieurs fois recteur
de l'université, conseiller intime de la cour
de Prusse, membre de la plupart des sociétés
savantes de l'Europe, membre associé de
notre Académie des inscriptions-et belles-
lettres. Bœckh a introduit dans la science
philologique des .innovations importantes;
son système est basé sur. une méthode histo-
rique plutôt que sur la philologie comparée
de sa division de la philologie en /terMë-
?Mt~i et en critique d'un côté, en vie pra-
tique et vie théorique de l'autre. Pour. la vie
pratique, il faut étudier: 1" la vie publique
des anciens, c.-à-d. leur histoire au. point de
vue politique, chronologique, géographique
2o leur vieprivép. par l'agriculture, t'industrie,
le cjtumercé. l'éducation, la famille. Dans
l'étude de la vie historique, il place la reli-
gion, les arts, les sciences, etc. Ce système
rompait en visière avec les théories gramma-
ticales reçues il fut vivement attaqué par le
philologue Hermann, mais il finit par triom-
pher et rallier toutes les écoles allemandes.
Bœckh en-a fait l'exposé dans le DMCows qu'il
prononça en 1850 devant une réunion de phi-
lologues. On peut encore consulter sur cette
matière les Biographies des humanistes ce-
lèbres, article Bœc&A, par Hoffmann, Leipzig,
1837 La Philologie considérée comme système,
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