XIXXIV INTRODUCTION
ments. excessifs et de byzantinisme. Mais, en regard de ces vices inhérents aux époques décadentes, si déca-
dence il y a, quelle science de l'agencement des phrases, de la juxtaposition des syllabes, de la couleur ou de
la sonorité des mots Quelle luxuriance de vocabulaire dans cette prose soulignée où chaque terme a son carac-
tère, son aspect, sa résonnance, sa similitude, et quelle érudition de style chez ces écrivains- capables de fixer,
par une notation précise et rare, les nuances de tous les sentiments, les expressions de tous les arts, les détails
de tous les métiers, les formes de tous les objets! Heureuse la souplesse de leur plume! Ils auront des termes
pour exprimer l'inexprimable, des prestiges de langage pour rendre visibles les 'parfums légers, les lignes
fuyantes, les ondulations indécises, des procédés pour rendre saisissants les moindres accidents de la nature et
les détails les plus insaisissables, les transparences de l'air, les contours vaporeux d'un paysage, le silence des
lieux et jusqu'à ces couleurs d'ombre auxquelles on ne saurait donner de nom. Le grammairien et le critique
peuvent avoir leurs sujets de blâme ou leurs réserves à établir sur les débordements d'une langue qui tend con-
tinuellement à reculer ses bornes, sur des confusions d'esthétique et des transpositions d'art qui déroutent le goût.
traditionnel, bouleversent les anciennes démarcations. Comme ils opèrent sur l'ensemble des résultats, c'est leur
rôle de juger, selon leur conscience, ce qu'ils estiment bon ou mauvais, avantageux ou nuisible. Le lexicographe,
lui, qui procède sur l'isolement des mots, et pour qui chacun d'eux, nom, verbe, qualificatif, a sa valeur égale,
qui tranche et coupe où il veut, sépare et taille où il lui plaît ce persévérant glaneur n'y trouve, en somme,
que profits à recueillir. A ce travail de fourmi toute miette est bonne; et les intempérances et les excès des
auteurs fournissent aussi à la récolte. De la phrase brisée, contournée, choquante dans sa masse, par ses singu-
larités de syntaxe et de vocabulaire, on efface, on retranche la superfétation; et l'on garde, trouvaille heureuse,
ce qui en fait le nerf et la moëlle. Nul ne l'ignore le degré de perfection où est parvenue la langue descriptive
est le propre de notre siècle; jamais on ne porta si loin le talent de parler aux yeux. L'abus d'une habilité plas-
tique, matérielle, où les sentiments souffrent, où les peintures morales sont sacrifiées, en est, par contre, le
défaut trop marquant. Mais pour un ouvrage de linguistique, que de vocables expressifs à butiner, dans ces
séries de tableaux à la plume, dans ces enfilades de descriptions circonstanciées comme des inventaires où chaque
objet a son équivalent technique Quelle mine à exemples Nous avons creusé cette mine, de même que nous
avons approfondi les couches successives des siècles antérieurs. Ainsi, les époques nous auront prodigué, tour
à tour, leurs types et leurs caractères, leurs idées et leurs mots. S'il est vrai qu'une langue est la forme visible
de l'esprit d'un peuple, notre œuvre devra plaire non seulement à la majorité du public, mais aussi bien aux
lettrés, aux humanistes, par l'abondance de traits originaux, de citations attrayantes, d'expressions inattendues
qui s'y rencontrent de toutes parts.
VII
Pas à pas, nous avons fait le tour des matières qui composent notre encyclopédie, et nous en connaissons assez
maintenant la distribution et la portée. Scientifiquement, c'est l'exposition rapide et désintéressée, l'enregistre-
ment pur et simple, .sans parti pris d'école ni de système, des conceptions, des découvertes, dans tous les genres,
dans tous les temps, dans tous les lieux. En- cela pareille, quant au dessein, aux entreprises de même' destina-
tion qui lui ont frayé la voie, elle garde sur elles le précieux avantage de provenir de l'information la plus
récente et du dernier contrôle, de présenter .la science à son maximum de progrès. Dans les 'sujets de haute
généralité, elle trace les linéaments de cette philosophie première, d'où sortent les connaissances que l'esprit,
peut acquérir. Sur les questions de vulgarisation élémentaire, elle s'emploie à rendre accessibles aux intelligences
moyennes les secrets du monde et de la nature. Ailleurs, elle achève, par le détail biographique, ce qu'auront
eu d'incomplet des théories trop condensées. Historiquement, elle apporte, avec la fragmentation de ses articles,.
la formule expressive, l'image abrégée de chaque race, de chaque groupe de faits, de chaque individualité mar-
quante admise à son rang dans l'élite progressive de l'humanité. Philologiquement, et c'est là son originalité