Home Plain text
Text mode Audio mode
page XXVIII (screen 27 of 1235)
Next page Previous page  
  Last page First page


XXVIII INTRODUCTION

quelques grands' écrivains, leurs bigarrures d'antiquité, de moyen âge, de renaissance, leurs mélanges
troublés d'archaïsmes, de latinismes, d'italianismes et ils entendent que l'on garde la mémoire de tant
d'accouplements bizarres, formations hétérogènes, caprices déréglés, frivolités 'savantes, hardiesses équivoques,
composant ensemble un idiome à part. Les patois aussi, les modestes patois, débris effacés des dialectes
de l'ancienne France, réclament un libéral accès, comme source d'étymologie, comme monuments historiques
dignes d'être étudiés au même titre que les ruines et les vieilles poésies. La langue moderne s'étend sur tout
cela; souveraine maîtresse de l'usage actuel, elle s'impose de droit et ne veut rien perdre de ses locutions
établies, de ses mots reconnus d'une extrémité du pays à l'autre, de ses néologismes envahissants, de ses
images populaires, ni de ses argots multiples. En avons-nous fini ? Non, les sciences se présentent encore, qui
traînent derrière elles un effroyable bagage. Leur nomenclature seule est un monde.'Elle comporte également
ses archaïsmes en abondance; et si elle ajoute aux termes créés d'ancienne date, puis délaissés, puis tombés
tout à fait en désuétude, ses rénovations équivalentes, ses additions et ses suppléments, on en est débordé. Que
de végétaux, que d'animaux, que d'objets ignorés jadis ont été rassemblés et distingués de nos jôurs De
combien d'instruments les propriétés des êtres mieux connues ou dernièrement révélées n'ont-ils pas enrichi les
arts Et si l'on pense que la fantaisie de ceux qui sauvent et qui professent leur savoir reste libre de forger
autant de désignations nouvelles qu'il y a de choses à spécifia, que celles-là encore vont s'accuinuler avec la
masse commune, n'est-ce point à désespérer d'être jamais complet? Évidemment, on peut gagner de l'espace
sur le vocabulaire scientifique en le déchargeant de beaucoup de synonymes sans valeur, qui rebaptisent pour
la vingtième fois un brin d'herbe, un mollusque, un insecte, et ne sont que la redondance, sous un déguisement
grec, latin ou étranger, de noms existant déjà dans le langage courant. On ne perdra rien non plus à rejeter
en l'abandonnant à des collections d'amateurs la macédoine indigeste de maintes et maintes locutions
patoises, propres à la Suisse romande, au rouchi, au wallon, au comtois, au Poitou, au Morvan, qui n'intéressent
qu'en vue de l'accent, de la prononciation, et des vocables depuis des siècles sortis de l'usage ont été
barbarisés et déformés jusqu'à devenir méconnaissables. Il suffira, quant au moyen âge, de s'en tenir aux
termes de coutumes, d'arts, de métiers, aux expressions les plus répandues et les plus populaires, accréditées par
les chansons de geste, les fabliaux, les chroniques, et l'on ne voit pas la nécessité de plonger si à fond dans
l'archaïsme qu'on s'estime obligé d'accueillir des troupes de mots mal faits et passagers qui remplissent des
compilations spéciales, en qualité d'historique. On ne croira pas manquer aux destinées de l'œuvre en repoussant
également quantité d'appellations cosmopolites ramassées en tous les coins du monde, c'est-à-dire toute cette
polyglotte inutile dont les voyageurs ont farci leurs volumes pour le plaisir de parler momentanément l'idiome
du .pays qu'ils visitaient. Enfin il sera permis d'opposer une digue salutaire au pêle-mêle des mots factices,
hétéroclites, sans détermination précise, contraires au génie et à la formation de la langue, qui traînent dans les
lexiques. Cependant, après ces exclusions, après ces coupures et ces retranchements, notre matériel demeure
colossal, et nul autre répertoire, fourni de textes, appuyé de citations, n'offre les proportions d'une aussi vaste
mise en œuvre. C'est qu'en réalité nous avons voulu surtout dresser l'inventaire le plus riche, le plus. varié des
emplois de la langue française, prise à ses origines et suivie jusqu'à ses expansions toutes contemporaines;
c'est que véritablement nous avons mis nos plus constantes préoccupations, sachant qu'elles répondaient à la
curiosité la plus générale, aux besoins les plus quotidiens. Pour la matière scientifique, le Dictionnaire des
Dictionnaires est la réduction simultanée des Dictionnaires spéciaux ramenés par l'étude des sources à une
mise en œuvre originale. Pour la matière lexicographique, n'étant pas astreint à ces rigueurs de concentration,
il procède avec ampleur, il s'étènd au long et au large. Tout en ayant choisi pour modèle, quant à l'anatomie
des articles, l'admirable travail de Littré, il le dépasse par l'abondance de la nomenclature, par la diversité
des exemples et par l'extension du cadre des auteurs. Cela vaut bien que nous entrions dans quelques
considérations particulières.
Text mode Audio mode
page XXVIII (screen 27 of 1235)
Next page Previous page  
  Last page First page
Home Plain text