INTRODUCTION XXV tourne, en revenailt invariablement sur ses pas. Pergit spiritus, et in circulos suos revertitur. Voyez Byron. Sa pensée bondit, s'élance, se porte en mille lieux, s'habille de mille manières; et jamais elle ne rompt entièrement la chaîne qui l'attache à sa personnalité; jamais elle ne parvient à le détacher de lui-même. En vain demande-t-il à la puissance de son imagination de le métamorphoser en autrui il se retrouve, lui Byron, dans tous ses caractères. Il varie, autant qu'il lui plaît, les costumes, les attitudes, les paysages, les décors environnants; en réalité, il n'y promène qu'un seul homme. Childe-Harold, le Corsaire, Manfred, le Giaour, Sardanapale, son Tasse, son Dante, que sont-ils, sinon les exemplaires réitérés d'un portrait dont il a été le premier modèle? Le ressort principal, ou l'état psychologique, dominateur et persistant, revient toujours dans chaque talent d'auteur. Marivaux a fait et refait constamment la même pièce sous des toilettes multicolores; de même aussi l'énorme théâtre de Scribe se résoudrait à quatre ou cinq situations fondamentales. Il n'y a qu'un liéros dans les romans de Mme de Staël. A de rares exceptions près, il n'y a qu'une héroïne, modelée sur le poncif de Clarisse Harlowe, dans les tableaux si pittoresquement variés de Walter Scott. Gœthe l'universel s'est maintes fois repris à changer la contenance et l'expression d'un type consacré. On multiplierait ces exemples à volonté. Tout écrivain a son texte favori, son Deus ex machina qu'il appelle régulièrement à son aide ou pour la composition ou pour le dénouement de ses œuvres. Et voilà ce qui rend possible à l'histoire des lettres de garder au moins le fond; l'idée générale d'une foule de productions qui se perdraient irrémissi- blement, et ce qui lui permet d'enfermer, à la rigueur, dans un seul dépôt, la mémoire de tout le travail humain. Peindre en raccourci, sous des.chefs déterminés, le long travail des âges et les multiples effusions des peuples; offrir le moins de prise possible aux remplissages de la conjecture, à l'hypothèse, à la critique divinatoire, mais prendre possession des faits littéraires définitivement prouvés sans perdre le temps à raconter les discussions qu'ils soulevèrent, dire avec sobriété le degré de réputation où parvinrent les individualités marquantés des temps anciens et moderne, les services qu'ils rendirent, les travaux qu'ils ont laissés ou ceux qu'ils ont suggérés, en accordant une marge plus étendue aux contemporains parce qu'ils occupent davantage notre attention, parce qu'ils vivent de notre vie, parce que leurs titres sont encore à établir: c'est la marche 1 que nous avons suivie pour l'histoire des lettres et parallèlement aussi pour l'histoire des beaux-arts systèmes, écoles, personnage. Les Sciences naturelles se présentent à nous maintenant, bien capables d'étonner notre courage par leurs prolongements sans limites: Dans un même dessein nous voyons affluer des multitudes d'espèces et d'individus. Les êtres fourmillent. Les plantes sont innumérables. Les embranchements et les subdivisions s'entre-croisent avec une étonnante diversité. Affermissons cependant nos désirs de connaître, et pénétrons au cœur de cette grande nature, triplement immense sous ses formes sensible, végétative, matérielle. Une clarté progressive s'épand autour de nous. Plus de confusion déjà. Grâce aux Cuvier, aux Saint-Hilaire, aux Jussieu d'abord; et surtout grâce aux derniers efforts de l'embryogénie bouleversant, pour les simplifier, les vieilles, méthodes, des classifications lumineuses s'offrent d'elles-mêmes au regard des lois. admirablement précises, telles que la subordination des caractères organiques et le principe des connexions, vont nous servir dé fil conducteur. Il y a l'anatomie .générale des êtres comme il y a la philologie comparée. Les différents règnes se rap- prochent par des dégradations insensibles. Les familles et les genres se coordonnent sous nos yeux. Avançons avec assurance à travers la foule des espèces décrites; nous pouvons circuler sans encombre, et triera séparer,, choisir. Nous disons choisir abondamment; car ces études, dont le rayon s'élargit de jour en jour, occupe et doit garder une large' place dans le cadre des, encyclopédies, si elles veulent du moins se tenir au courant de l'évolution que subissent les théories scientifiques, depuis le commencement du siècle, depuis Lamarck jusqu'à Darwin et Heckel. Longtemps l'histoire naturelle se confondit avec la médecine et la pharmacie. Elle en était l'attribut obligatoire, la spécialité..Les productions végétales ne se considéraient guère en dehors des élaborations thérapeutiques, et autrement qu'à titre de secours fournis par la Providence à l'homme pour le soulagement de ses maux. Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, la- botanique et la zoologie restèrent fermées à la curiosité libre. Enfin elles s'affranchirent de ces idées d'exclusion. L'étude des plantes et les douces jouissances qu'elle procure aux âmes paisibles et méditatives,