INTRODUCTION XXI
confuse, incohérente, néanmoins si digne d'intérêt pour les idées dont elle a vécu et pour celles qu'elle nous a
transmises. Elle s'est rendu familières les grandes littératures de l'Europe car elle ne s'en tient pas à la
simple connaissance des noms les plus célèbres et des' œuvres les plus populaires elle aspire à retrouver
jusque dans les productions les moins brillantes quelques traits du génie des peuples modernes. Une
science nouvellè s'est instituée, uniquement afin de ressaisir l'origine des contes et des légendes à
travers leurs migrations de pays en pays, de mémoire en mémoire, d'âge en âge. La niythologie comparée
date d'hier la racine des vieilles croyances naturalistes s'est vue soudainement éclairée, et de notre
siècle seulement on connaît le point de départ, la genèse certaine des religions grecque, latine et slave.
L'érudition entière s'est reformée. Non contente d'avoir innové l'esprit critique, elle a voulu prendre sa part
des meilleurs dons' du style elle s'est fait tout ensemble créatrice et littéraire. Admirable tableau que celui de
de l'érudition au xixe siècle, dans toute l'Europe! D'un côté, Raynouard, Diez et leurs brillants successeurs ou
émules, exhument au grand jour, ressuscitent le moyen âge, nous voulons dire sa langue et son passé littéraire;
ailleurs, Champollion, Lepsius, Rawlinson, Emmanuel de Rougé, Chabas, font revivre l'histoire intellectuelle
et sociale du peuple des Pharaons; Burnouf et Lassen raniment le perse et le pâli Botta et Jules Oppert consti-
tuent l'assyriologie tandis qu'au début de cette fertile époque, Bopp, l'illustre professeur de l'université de
Bonn, avait créé déjà la philologie comparée.
Voilà ce qu'a été l'oeuvre complète du siècle auquel nous appartenons, c'est-à-dire jusqu'à ce moment même
où il achève son courts et décline sur l'horizon de l'histoire contemporaine. C'est le niveau de connaissances
où,nous sommes parvenus, et à la hauteur duquel il faut se tenir sans déchoir. Ce sont les faits accomplis, les
résultats qualifiés, les découvertes certaines qu'il importe de transcrire, les enrichissements dont on doit tenir
coinpte à la suite des travaux de tous les temps, l'ensemble enfin des acquisitions intellectuelles qu'il s'agit de
représenter aux yeux, détail par détail, en les dispersant pour ainsi dire, selon .les données fortuites de
l'alphabet. Venus les derniers, mis en possession de recueillir les progrès réalisés à tour de rôle par les
publications antérieures éclairés par des épreuves successives sur les abus à éviter; de plus, forts de nos
richesses propres, de nos ressources documentaires bien actuelles, ayant donc à notre avantage et les profits
d'un perfectionnement graduel et la faveur de la nouveauté, nous avons entrepris d'en faire la revue très large
sous des formes très abrégées.
Mais comment cette immensité de matières serait-elle contenue dans des bornes relativement si étroites ?
Il n'est pas neuf de dire que la science, lorsqu'elle a permission entière de se dilater, acccumule aisément les
pages, à grand renfort de démonstrations en règle, ornements de discours et précautions oratoires. Une simple
idée grossie de toutes ses analogies, de toutes ses équivalences, engendrera des volumes sous la plume d'un écri-
vain, tandis que ces mêmes volumes, dégagés de l'auxiliaire et du surabondant, se fondront en quelques lignes
sous la plume de l'encyclopédiste. C'est que le rôle de ce dernier consiste justement à procéder par couples de
faits et par expressions collectives; condensateur des multiples besognes d'autrui, il peut, il doit resserrer dans
.l'enceinte étroite d'une phrase exacte un noyau de raisons et de conséquences.
La chose est surtout sensible sur le terrain des vérités physiques et naturelles. Les notions les plus compli-
quées, quand on les a dégagées consécutivement de leurs dépendances secondaires en remontant aux premières
causes qui les ont fait naître, aboutissent à un petit nombre de règles exprimables sous une forme concise. Ce
premier travail de décomposition, qui, partant de l'analyse minutieuse conclut à la synthèse absolue, fut d'abord
jugé très malaisé. Il fallait arriver; non point à l'aide d'hypothèses vagues et arbitraires, mais par l'étude réflé-
chie, par les clartés de l'induction, à ramener la plus grande quantité possible de phénomènes à un seul point
qui en fût regardé comme le principe. Il s'agissait d'amasser une multitude de faits, de les échelonner dans