INTRODUCTION' XIX matières de-grands ouvrages et des prospectus de .librairie. Ils écrivent pour d'autres qui signent. Ceux-ci, lorsqu'ils n'exploitent pas indirectement le nom qu'ils prêtent, dédaignent un trop maigre salaire. Ceux-là, moins difficiles, espèrent en vivre pendant un espace de temps assez prolongé. Ils poussent,à la colonne, allongent, .étendent, autant que la.matière .est flexible, et .ne se relisent -presque jamais. Les dictionnaires de biographie et de sciences naturelles,, extrêmement prodigués .de nos jours, ont attiré bien des plumets en ins- tance d'emploi, d'un emploi quelconque, lesquelles, impatientes d'être.utilisées, par conséquent fort coulantes .sur le prix du temps et toujours en disposition de rassembler des mots, des phrases, des pagels deux liards les cent lettres, rencontrent là, providentiellement, des sujets aussi faciles que continus et n'enchaînant guère la pensée. Ce sont les anonymes des lettres et des sciences qui ont rédigé .en sous-ordre la plus grosse partie des Encyclopédies contemporaines. Que la facture en soit la partie la moins recommandable, il n'y. a donc pas â s'en étonner. A vrai dire, de tels ouvrages faits pour la vulgarisation courante n'entraînent point, comme de nécessité, des mérites de diction bien glorieux. Ils n'exigent pas que les auteurs s'établissent en frais d'éloquence ni que leurs phrases soient tournées de façon à les .mettre en belle réputation de style. La recherche y serait plus déplacée que nulle part ailleurs. On sait combien l'affectation du bel-esprit, à tout propos et hors de propos, nuisit au caractère de la première Encyclopédie. Encore est-il que chaque subdivision des travaux de l'esprit a ses formes propres et que le choix judicieux des mots, la condensation soutenue, .la brièveté sans sécheresse, le sens technique de la valeur des termes, sont des qualités de rigueur dans ces .matières. L'élégance mesurée de l'expression n'est pas incompatible avec les données de l'érudition pure. La clarté, la parfaite adaptation au sujet, le complet oubli de soi-même, vont excellemment à l'exposition scientifique. L'histoire, .si abrégée soit- elle, se trouve fort bien de certaines tournures vives qui mettent aussitôt :les circonstances vitales d'un récit dans tout- leur jour. Les arts et l'esthétique supposent d'avance à la main qui les effleure une certaine déli- catesse de touche. Et la littérature veut être traitée littérairement. Mais nous notis.attardons sur des critiques trop pointilleuses. Reportons-nous plutôt à des réflexions d'.un ordre supérieur et 'touchant de plus près au cœur de, notre sujet. Le programme des .Encyclopédies, fussent-elles d'ailleurs plus ou moins conscientes de leurs disparates et de leurs lacunes, apparaît toujours le même, aussi satisfaisant qu'il est ample. Personne ne s'y trompe, parmi les auteurs ou éditeurs responsables, lorsqu'il s'agit de l'exposer. L'ouvrage aura été dégagé de tout appareil fastueux d'érudition et sera foncièrement érudit, cependant; il promet d'être clair mais concis, simple et néanmoins composé avec art, le plus court:possible mais complet malgré cette brièveté..Nous avons .mesuré la distance qui sépare, en pareille matière, le projet ,de l'exécution..Eût-on rempli à merveille des .con- ditions si compliquées, il serait encore :nécessaire qu'à des intervalles périodiques on se reprît.à la tâche pour tenir la tradition au courant. Une Encyclopédie .se défait vite. Ces entreprises .ne durent guère dans l'usage commun que l'existence de la génération dont elles se sont proposées de satisfaire les besoins intellectuels. C'est qu'en effet les sciences et les idées s'étendent d'un essor ininterrompu dans la sphère indéfiniment dilatable des choses de l'esprit. Tout va, tout progresse; tout change aussi. Bien des hautes vérités scientifiques vien- nentaeulement d'être rendues accessibles à la démonstration. D'autres, à demi-comprises aujourd'hui, appar- tiennent moins au présent qu'à l'avenir. ,La langue n'est jamais faite; les Dictionnaires qui.prétendent.la saisir au dernier point de sa formation, sont perpétuellement à recommencer. Instrument obéissant du monde'et des auteurs, -èlle.doitêtre mobile à leur gré, comme les variations de leurs caprices. La rénovation sans trève lui est imposée; et elle-ne s'arrête de .créer des titres pour les acquisitions incessantes que lui apportent l'histoire et la description de ;la nature; l'économie. :sociale, l'industrie, le commerce, l'agriculture. Rien ne demeure à l'état fixe. On voit les décrets et les-lois, comme les réglementations les mieux assises, se transformer de fond