INTRODUCTION XVII Plus que jamais ces sortes d'entreprises réclament un heureux groupement, des facultés collaboratrices. Jadis, quand un cerveau puissant s'était incorporé un nombre déterminé de faits, de pensées de mots et de formes quand il dominait de toute cette masse acquise l'étroitesse des connaissances de son temps, il lui était permis de se demander à lui-même sans trop de faste et sans trop de présomption s'il n'avait pas véritablement réalisé le but irréalisable de l'ambition intellectuelle, s'il n'avait pas atteint le De omni re scibili. Il n'y a pas deux siècles, on croyait encore à la merveille du savant universel. Depuis que les sciences, travaillant isolément, ont agrandi leur domaine au point que chacune d'elles peut absorber une existence entière, très laborieuse et très longue, cette universalité n'est plus qu'un mythe: -Elle n'est plus concevable maintenant que l'histoire de la pensée se perd dans un horizon tellement vaste que plusieurs vies accumulées n'arriveraient point à en embrasser les contours: Certes, il se rencontrera toujours de ces natures exceptionnelles où les talents divers s'harmonisent d'un plein accord et produisent avec une égale abondance leurs fruits variés. Il en repa- raîtra dans nos civilisations complexes comme il s'en est vu dans les civilisations primitives. Mais, avoir l'esprit encyclopédique, être doué d'une intelligence assez soudaine, d'une imagination assez multiplement impressionnable pour percevoir, comprendre, sentir, au besoin refléter toutes les idées et toutes les images dont on èffieure seulement la surface, cela ne va pas à dire qu'on englobe l'infini de la science, ni qu'on en ait touché le fond. Le dispersement des activités et des fonctions caractérise éminemment la société moderne; le sens positif de l'âge actuel condamne les vaines intempérances de savoir autant que,les débordements stériles. A cause de leur étendue les études ont dû se morceler, se .subdiviser en des catégories aussi nombreuses que les variétés de leurs applications. Nulle exclusion téméraire des parties les plus étroitement circonscrites peuvent jaillir des éclairs inattendus, illuminant de larges ensembles. A chacun d'exploiter de son mieux le filon de mine qui lui est échu dans la distribution du travail universel; à chacun de poursuivre la voie'qu'il s'est ouverte, et d'y cheminer selon ses forces, à la mesure de son haleine. Mais si de certaines facultés s'excluent notoirement chez un même individu, parce qu'une science, une portion de science requiert aujourd'hui tout son homme, elles admettent la fusion par le rapprochement des intelligences, C'est ainsi que les tâches respectives se retrouvent solidaires; que les études se groupent, se complètent, se centralisent, et parviennent à l'unité. C'est ainsi, pour conclure du principe à l'effet, que sont exécutables ces inventaires collectifs dont nous parlons, et qui prétendent absorber l'esprit humain tout entier, antique et moderne, dans ses dévelop- pements philosophiques, littéraires, artistiques, dans ses œuvres de foi, de raison, de sentiment, d'imagination ou de réalisation technique. L'harmonie parfaite entre des éléments si différents ou si contradictoires produirait le chef-d'œuvre des sciences réunies, l'idéal du genre. La disproportion, l'inégalité choquante, voilà le perpétuel écueil, quand ce n'est point l'esprit de système et d'exclusion, vice mortel en pareil cause, ou le tout ensemble. Le grand obstacle, celui qui impose à la tête et à la main directrices, soit le meilleur esprit de conduite, soit la plus constante fermeté, c'est la très délicate, la très difficile question du juste proportionnement des articles à leur mesure tant variable d'importance, d'intérêt, d'utilité; c'est l'art de maintenir sans heurt ni renversement toujours le même équilibre entre la valeur distincte du sujet et le degré de développements qu'il comporte, selon les délimitations prévues à l'origine. Tantôt, viennent des articles d'une médiocre portée ou d'une application restreinte qu'un rédacteur allonge et bourre autant qu'il peut. Tantôt, ce sont des matières graves et d'un intérêt vraiment public qu'une plume hâtive escamote en un tour de phrase. Généralement on pèche plutôt par l'excès des dimensions. que par le trop d'exiguité. Il faut plutôt réduire qu'étendre, plutôt retenir que pousser en avant. Il est rare que des écrivains, ün tant soit peu rompus au métier; prodiguent à une collaboration encyclopédique tout ce qu'ils possèdent de savoir-faire ou d'acquit purement et simplement àfin de servir l'entreprise pour elle seule. Il est rare, disons-nous, qu'il s'y engagent par unique amour de III