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XVI INTRODUCTION

'remplacer les bibliothèques du monde entier. Voltaire et Diderot avaient été l'âme de l'Encyclopédie. On ne
tarda pas à reconnaître qu'ils furent trop inégalement secondés. D'Alembert avait imaginé des raisonnements
habiles pour attester l'unité d'inspiration et de direction qui régnerait parmi la multiplicité des matières.
Inscrite sur le frontispice, cette unité se cherchait en vain dans les proportions du monument. Au fond rien n'était
plus mêlé, rien n'était moins homogène. Eux-mêmes Voltaire et Diderot, ne purent se dissimuler longtemps
les imperfections de l'entreprise dont ils avaient été les architectes. Ils s'en apercevaient chaque jour davantage.
On avait employé trop d'ignorants manœuvres, disaient-ils. Une multitude de choses mal vues, mal digérées,
bonnes, mauvaises, détestables, vraies, fausses, incertaines, s'y confondaient étrangement. Et des dissertations
a tout propos, et des opinions particulières données à tout bout de-champ comme des vérités reconnues. La
correspondance de Voltaire est remplie de plaintes, concernant les pauvretés, les déclamations, le défaut de
méthode, les puérilités, les lieux-communs sans principes; défigurant cette Babel littéraire édifiée à si grands
frais.

Pour la diffusion de certaines doctrines, l'Encyclopédie avait affronté l'Eglise, l'Université, le Parlement,
la Cour. Il se fit -là-une grande dépense de hardiesses personnelles, mais de hardiesses souvent dépourvues
d'utilité, fâcheuses à maints égards, déplacées dans un travail scientifique, et peu profitables au sérieux des
informations. Elle faillit sombrer sur ces écueils dès sa naissance. Elle a perdu, par les mêmes causes, le meilleur
de son autorité auprès des générations qui l'ont suivie. Qu'on l'envisage maintenant sous le point de vue spécial
de sa portée scientifique ou comme une application à la science du système philosophique d'où elle émane, elle
est tombée, sous ce double rapport, dans un discrédit à peu près absolu. Son succès eut une soudaineté bien
étonnante, mais d'un effet aussi passager que le développement en avait été rapide. Elle était devenue la base
de toutes les bibliothèques; au plus violent des interdictions qui pesaient sur elle, on faisait des efforts inouïs
pour se la procurer. La réussite industrielle en avait été prodigieuse on lui devait d'avoir opéré une circulation
de huit millions de francs en quelques années. Et cependant ce monument que l'on jugeait impérissable, dont
certaines parties, à la vérité,- mériteraient d'être immortelles, allait dès la fin du siècle même qui en avait vu
l'achèvement, porter la peine de. ses disparates et de ses incohérences.

On commença par la refondre, sur le plan de Diderot, mais en adoptant une disposition' différente. Les ency-
clopédistes avaient choisi, non sans raison, l'ordre alphabétique comme étant le plus favorable au dénombrement
des connaissances. Ils avaient ainsi ramené les recherches à une extrême.simplification; en revanche ils avaient
encouru le danger d'un fractionnement excessif, obligeant à lire cent articles pour avoir une idée suffisante
d'un sujet. On voulut essayer si, en procédant différemment, l'analyse et la synthèse n'aboutiraient pas â
une meilleure conciliation. De sortit la colossale Encyclopédie méthodique par ordre de matières, de
Panckouke et Agasse, en 337 parties et 166 volumes in-4°. En réalité, c'était plutôt une bibliothèque spéciale
de dictionnaires, une collection de traités, qu'un répertoire unique. Par ses proportions démesurées l'ouvrage
entier devait coûter trois mille francs aux premiers souscripteurs elle restait inaccessible à la majorité des
curieux de la science. Il fallut en revenir à la manière primitive, sauf à reprendre de temps à autre et pour ne
point faire toujours pareil, la division méthodique. Depuis la Restauration jusqu'à ces dernières années, depuis
Courtin jusqu'à Larousse, depuis l'Encyclopédie moderne jusqu'au Dictionnaire des Dictionnaires dont nous
faisons maintenant -les honneurs au public, bien des séries de volumes se sont accumulées qui témoignent
du besoin auquel répondent ces recueils universels. Nous aurions mauvaise grâce à prendre à partie chacune
des œuvres antérieures; à les disséquer tour à tour, afin d'en rechercher surtout les défauts et d'en trahir
complaisamment les lacunes. Il suffira d'un petit nombre de réflexions générales pour rendre sensibles les
imperfections communes, presque inséparables du genre, et la nécessité qui s'impose de leur recommencement
périodique.
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