INTRODUCTION XV métiers il. garderait, en outre, la part la.plus chargée rembarras et de,responsabilités.: la. coordination des maté- riaux apportés au réservoir commun. A d'Alembert écherrait le périlleux honneur d'annoncer sur la page initiale de l'œuvre l'espoir de ses destinées. Puis le même d'Alembert, membre de l'Académie des Sciences, illustre géomètre, assumerait le. contrôle- des mathématiques et de la .physique générale. Quant, à l'infinité, des' autres matières, elles attendaient les collaborateurs d'élite qui viendraient, grossir la phalange encyclopédique. En: effet, Montesquieu, Buffon. avaient promis leur concours. Voltaire se ruait à la besogne avec; ce;feu qui était.en lui. Condillac, Duclos, Mably, Helvétius, d'Holbach, Beauzée, Dumarsais, les abbés de Prades,, Morellet et Mallet.; Turgot, Necker, tous ceux qui avaient, un nom et beaucoup, d'inconnus aussi, se, laissèrent enrôler. Surtout,, un enthou- siasme extraordinaire animait le fondateur. Il ne connaissait, ni repos, ni. trêve, dans son ardeur à surchauffer le dévouement commun. Diderot portait à un degré merveilleux les aptitudes de son. rôle. Il.n'avait pas seule- ment: à son service: une multitude d'idées originales il. possédai. encore. la. puissance incroyablement rapide de s'assimiler ce qu'il tenait à savoir, et de l'apprendre d'aussi bonne foi que si sa vie entière en eût dépendu, ou que. ses talents eussent dû s'y consommer sans fin. Qui ne. sait, pour L'avoir lu souvent, comment il se rendit maître desarts mécaniques dont il s'était, ohargé, d'être le démonstrateur,, comment il s'en. emparait pratiquement avant de les expliquer théoriquement? Afin. de traiter en. pleine autorité une si grande abondance de, matières spéciales, ii passait des jôurnées entières au des ateliers, il visitait les fabriques, il. étudiait, et exerçait une foule de métiers. Plusieurs fois, il voulut se procurer les. machines, les voir. construire, mettre la main à la- tâche, et se, faire apprenti pour connaître, en ouvrier, le secret, de tant de. manœuvres. Finalement, il n'igno- rait plus. aucun, détail de l'art. des tissus de: toile, de. soie, de coton, ou de la fabrication des, velours ciselés, et. les descriptions qu'il en. donnait sortaient en droite, ligne de, ses. expériences.. Ce même génie entreprenant, il le distribuait sur tous, les: points, excitant les auteurs,, échauffant. les. sympathies, du public, répandant les annonces enthousiastes, provoquant et recueillant à h. fois souscriptions et. patronages. L'Encyclopédie. naissante fai- sait, son chemin vivement. A. mesure que se: succédaient les volumes, éclataient dans le monde, et à la cour des étonnements" des admirations extrêmes, tant le. simple travail. de; vulgarisation paraissait alors, nouveau, extraordinaire. Les hommes de guerre et les. habitués desséchasses royales s'émerveillaient que. des philosophes leur enseignassent la meilleure poudre à tirer et comme on. la fabriquait,. et à l'aide de quels. mélanges et dans quelles proportions une seule, partie; de soufre avec. une de charbon" sur ciuq parties de. salpêtre bien filtré, bien évaporé, bien cristallisé. Les déesses, de boudoir'n'étaient pas moins surprises, elles qui, certes, ne. s'en. fussent jamais inquiétées d'elles-mêmes, d'apprendre à. si bon compte d'où procédait le fard dont elles se colo- raient les joues ou comment se façonnaient les bas de soie dont elles. se voyaient chaussées. Jugez donc, on les. rendait érudites le, plus aisément du monde sur. l'histoire de leurs poudres; et, de tout, l'arsenal de la coquetterie. On leur disait (pour elles; quel. renseignement précieux !) les différences existant entre l'ancien, rouge d'Espagne, familier aux dames madrilènes, et le rouge de: Paris, dont elles connaissaient, mieux, que. personne les propriétés.. Elles devenaient savantes instantanément. Elles, surent que les dames grecques, et romaines étaient peintes avec de la poudre qui sortit du murex,, et que, par conséquent, notre écarlate était la pourpre des anciens; qu'il enterait plus de safran dans le: rouge d'Espagne, et. plus de cochenille dans celui de France. C'était merveilleux. Chacun se jetait avec un empressement incroyable sur les articles. encyclopédiques, et chacun y trouvait sur le; champ, ce-qu'il y cherchait. Ceux qui avaient des procès étaient charmés d'y rencontrer la décision de leurs affaires. Le roi y lut tous. les droits de la couronne, et, quelques-uns peut-être qu'il, ignorait.. Les choses. eussent continué de marcher sans: encombrei si. l'Encyclopédie, ne s'était avisée, pour accroître ses chances de renommée et pour augmenter sa. valeur philosophique, de: se poser en œuvre de, parti, là où, la simple exposition scientifique réclamait une! entière, neutralité., Soutenue, au début,, par quatre mille souscripteurs, créée dans dés conditions qui semblaient présager une fructueuse opération commerciale en même temps; qu'un succès glorieux, elle vit se dresser contre elle, menaçant son existance, les inimitiés qu'elle avait imprudemment soulevées, en se revêtant d'un caractère agressif, en affichant un esprit d'exclusion et de système. L'exécution en fut troublée gravement. Et puis sonna l'heure de la critique, après celle de l'exaltation adulatrice et du panégyrique à outrance. On se prit à étudier de plus près ces quelques volumes in-folio qui prétendaient à