XII INTRODUCTION
énumère, annonce; l'historien accuumtlé les monographies; le journaliste brasse à la grosse les on-dit, les
opinions du moment, et sans interruption aussi, tous leurs labeurs vont s'enfouir dans ces catacombes litté-
raires qu'on appelle des bibliothèques publiques. Mais si les personnalités, s'éclipsent, si les livres s'affaissent
sous leur nombre écrasant, les grands résultats du travail quotidien ne doivent pas être perdus. Voici que de
studieux investigateurs, pressés d'avoir également leur raison d'être et leur motif d'écrire, se rassemblent des
quatre coins du monde scientifique, à dessein de recueillir ces noms, ces faits, ces dates, ces progrès, et de les
concentrer en un seul groupe. Ils résumeront les efforts de plusieurs générations de penseurs ils se dévoue-
ront à ranimer tant d'imaginations éteintes, tant d'idées évanouies, pour n'en faire qu'un même corps et une
même substance. En d'autres termes, ils dresseront un monument encyclopédique, avec l'espoir que les vastes
proportions de l'édifice le protégeront mieux contre les injures du temps.
On sait comment naissent les dictionnaires et par suite-les encyclopédies, qui ne sont, en réalité, que des
agrégations de dictionnaires.
Lorsqu'une science, rationnelle ou positive,'après bien, des tâtonnement, des essais infructueux, des doutes
émis, des opinions contestées, des erreurs détruites, est enfin parvenue à se constituer, son premier soin est
de se délivrer à elle-même des certificats d'existence et de durée. A cet effet, elle établit l'inventaire de ce
qu'elle possède en propre. Elle cherche un ordre d'exposition aussi net; aussi réduit, aussi élémentaire
que possible, en vue de le -substituer à l'enchaînement systématique des théories, et, sous forme de
répertoire, elle étale aux yeux la variété de ses richesses, disposées de telle sorte que les détails en soient
saisissables, instantanément. A peine un dictionnaires est-il créé qu'il s'en produit de nouveaux. La
souche en devient féconde, assez vite. Ils s'engendrent les uns des autres et bientôt ils foisonnent. Aujour-
d'hui, il n'est pas une branche de connaissances qui ne possède un où plusieurs de ces recueils. Ils se sont
augmentés prodigieusement dans notre heureux siècle. Pour le. service des hommes d'études, on a si bien
accru l'aisance et la quantité des instruments de travail qu'on aurait lieu de se demander si la science n'a pas
notablement perdu de son prix en devenant d'une acquisition aussi 'facile. Pour la satisfaction des gens du
monde on a eu de telles sollicitudes, de tels empressements à prévenir leurs moindres caprices ou .velléités
d'instruction, on a montré de telles complaisances envers le goût public, fort aise de s'instruire sans peine,
qu'on pourrait croire vraiment qu'il ne reste plus rien à imaginer afin d'abréger ou d'aplanir, au profit des
esprits languissants, les routes ,des sciences. Mais tous ces recueils, tous ces vocabulaires, ayant chacun sa
direction à part et sa destination distincte, n'arrivent-ils pas à faire confusion aux yeux de la majeure partie, des
lecteurs éclairés, d'abord désireux d'obtenir des renseignements immédiats sur la 'généralité des choses ? En
effet, et c'est pourquoi, d'intervalle en intervalle, on les voit s'agglomérer, se fondre ensemble sous une inspi-
ration unique, et ne plus former qu'un seul faisceau avec un titre commun celui d'Encyclopédie.
L'objet d'ensemble auquel répondent les Encyclopédies, les règles qui en conduisent l'exécution, l'étendue de
matières qu'elles représentent, et les services qu'elles aspirent à rendre, n'ont aucune sorte d'ambiguité car on
a pris maintes fois la peine de les définir clairement. Souvent contestées, critiquées, et. d'après des motifs
.plausibles, elles ont eu pour elles, en France, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, en Amérique, la grande
raison de la vogue, et cette puissance leur a donné gain de cause. Elles se multiplient partout; cependant, chacuie
trouve son placement, son succès. C'est qu'en somme si, du côté de l'initiative et de la découverte, elles ne sont
pas ce qu'on appelle un instrument de la science; elles valent d'être considérées, pour la masse d'idées qu'elles
propagent, comme de précieux moyens de civilisation et de sociabilité. Les ouvrages spéciaux ne parviennent
effectivement qu'aux personnes qui-les recherchent de propos' délibéré, c'est-à-dire, avec un dessein d'usage
restreint, individuel. Les Encyclopédies vont d'elles-mêmes au-devant de tous, grâce à leur'esprit d'universalité.
Elles placent à la portée de bien dès gens, qui vivaient sans en avoir le soupçon, une foule d'éclaircissements