INTRODUCTION Dispersemènt universel de la pensée moderne. La nécessité des œuvres de concentration. D'où naissent les Dictionnaires, et comment se forment les Encyclopédies. — Leur multiplicité. L'objet que celles-ci poursuivent; les besoins auxquels chacune d'elles croit répondre. Simple aperçu de l'histoire des Encyclopédies. Les imperfections communes disparates, esprit de système, zèle intempéré des collaborateurs, pauvreté de la rédaction elle-même, souventes fois le produit d'écrivains en détresse. Ce qui rend indispensable la quasi-périodicité de cette nature d'ouvrages. Le renouvellement continu des sciences, des institutions et des mœurs. — Venu le dernier, le Dictionnaire des Dictionnaires devrait offrir la condensa- tion la plus estimable des travaux antérieurs.- L'immensité du cadre, .en chacune de ses parties sciences, lettres, arts, tech- nologie. La possibilité d'être complet dans un espace relativement très réduit. L'exécution de l'œuvre. La portion la plus considérable, et celle qui devait être l'objet de nos plus constantes préoccupations. — Le matériel de la langue française et les variations qu'elle a subies à travers les âges. La place notable donnée dans le Dictionnaire dés Dictionnaires, à la littérature du xixe siècle, pour ainsi dire absente du vaste répertoire de Littré. Les définitions et les exemples. — Archaïsme et néologisme. Langue provinciale et populaire. Aspect' général de l'œuvre. Les services qu'elle rendra nécessairement. Si l'on embrasse d'un même regard l'immense variété du travail intellectuel, au temps où nous vivons, deux mouvements opposés se manifestent visiblement. Là, c'est la dispersion, infinie des conceptions individuelles qui se répandent à l'aventure, presque sans nul souci du lendemain. Ici, dans un champ plus resserré, c'est l'effort collectif, le groupe uni des volontés tendant à un même but de synthèse et de concentration. Jamais on ne vit s'éparpiller tant de feuilles légères au vent de la publicité. Jamais, .non plus, on .n'édifia lentement, laborieu- sement, un tel nombre d'oeuvres compactes et d'encyclopédies massives. Ceci est le correctif nécessaire de cela. Il est juste que le siècle, pour ainsi dire effrayé de ses' continuels déplacements, de ses gaspillages hors de mesure, de ses profusions illimitées, s'arrête, de période en période, à faire le compte de ce qui lui demeure, et qu'il travaille à ressaisir, au moins, les profits nets et clairs de son activité confuse. Voyez, en effet de toutes parts, sur tous les chemins de l'esprit, quelle diffusion intarissable de la pensée Les œuvres se mêlent, s'accouplent, se heurteiit et s'évanouissent au milieu d'une improvisation sans trêve. N'allez plus demander à la foule des auteurs s'ils s'inquiètent du contrôle des générations futures ou s'ils se mettent en peine des honneurs d'outre-tombe. Leurs visées ne portent guère au-delà des besognes courantes et de la commande actuelle. Leurs écrits, nés le matin, ne périront-ils pas le soir ? Ils le savent, de reste. Toute illusion, à cet égard, leur est bien défendue quand ils considèrent ces nuées de volumes tombés on ne sait d'où, qui défilent les uns après les autres sur le marché de la librairie. Espéreraient-ils se condenser dans des oeuvres durables, le temps leur manque, un fatal courant les entraîne. Pour maintenir leur nom auprès d'un public d'autant plus prompt à oublier, d'autant plus difficile à satisfaire qu'on lui offre dé toutes mains, ils sont condamnés à un perpétuel recommencement. Et chacun mène sa tâche, au jour le jour le poète rime, le romancier raconte, le philosophe s'épuise à faire pénétrer dans les consciences rebelles à cet ensei- gnement les théories du Beau, du Bien, du Vrai, de. l'Idéal le philologue s'enfonce dans l'étude des langues, des mythes et des religions; le critique, en son âme désolé de n'exercer qu'un ministère ingrat, analyse, juge,