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si la science (nous considérons la science de loin, et par
masse, non dans quelques menus détails, aujourd'hui
fort appréciés et sur lesquels on raffine) si la science
était alors si forte et si profonde, si respectueuse à
l'endroit de la foi et si soumise à l'Église, c'est qu'elle
était enseignée et pratiquée, hiérarchisée et réglée par
des saints. Si l'art, et nous l'entendons dans toutes ses
manifestations, fut si puissant et si fécond, si grand et t
si pieux, si suave et si tendre, si original et si raison-
nable, si plein d'enthousiasme et de poésie, c'est qu'il
fut exercé comme, un ministère, formulé comme un
enseignement, dirigé comme une prière, modulé comme
une hymne par des mains consacrées et des intelligen-
ces illuminées des plus pures irradiations du monde
surnaturel.
Notre Périgord posséda des écoles où s'enseignèrent
les beaux-arts. Paulin, de Périgueux, dès la première
aurore du moyen-âge, et Gérard, deB)aye, au. x)r*
siècle, nous laissent deviner dans l'antique Vésone et
dans le monastère de Saint-Front des écoles c[érica)es
fréquentées par de nombreux élèves, et toute une suite
de maîtres savants. II en était ainsi sur plusieurs au-
tres points du Périgord; l'enseignement de la science
et la pratique de l'art n'étaient pas exclusivement
concentrés dans la cité épiscopale et dans 1 antique
abbaye. D'ailleurs, on le sait, chaque monastère avait
ses habitudes d'aumônes et de charité pour le pain de
l'intelligence comme pour le pain du corps, et des
écoles ouvertes à tous distribuaient de saines et pru-
dentes lumières, et devenaient ainsi, sjusia protection
de la discipline monastique, autant de foyers où s'al-
lumaient les génies et s'enflammaient les âmes qui de-
vaient illustrer notre histoire locale durant tout le
moyen-âge. Quel'in'érct n'y aurait-il pas a pénétrer
dans les écoles cléricales et monastiques, à reconstruire
par la science ce studieux scrt~ortMm, où, sous la di-
rection d'habiles maitres, se formaient de savants
théologiens et de profonds canonistes, de laborieux
transcripteurs, d'ingénieux calligraphes et des enlu-
mineurs pleins de grâce et de naïveté. Sans doute, la
science coûtait alors de grands labeurs et de profondes
méditations, et ne se débitait pas comme de nos jours,
toute faite et à la portée de toutes les intelligences.
Voilà pourquoi elle n'était ni si vulgaire ni si super-
ficielle, ni si dangereuse; elle formait de fortes et lu-
mineuses intelligences, au lieu de faire des esprits-forts.
Le catalogue de 'nos gloires littéraires n'est pas très
étendu; la vie de nos saints mieux étudiée et plus
connue, l'étude de leurs travaux scolastiques nous
revoterait sans doute bien des savants inconnus, des
hommes d'étude et d'enseignemjent, des.maitres.de la
science et des hommes d'État, qui s'ajouteraient à nos
gloires déjà connues et mieux appréciées, pour rehaus-
ser l'éclat de nos ancêtres et augmenter l'héritage de
leur postérité.
Notre province possède des monuments d'un style,
original et d'un prix inesthnaMe. Nous a'vons eu, toute
une grande école d'architecture byzantine, grâce aux
savants travaux d'un de nos compatriotes, ceci; est
désormais une véri.té démontrée et une gloire acquise.,
Nous avons du style ogival, d'intéressants monuments
pleins de grâce et d'énergie. Ces monuments, de quel-
que âge et quelque style qu'ils soient, se rattachent
plus ou moins directement à l'histoire de nos saints;
les uns ont été créés sous leur direction et leur influence
immédiate; d'autres ont germé sur leur tombeau,
recouvrent et enferment leurs reliques comme des
chasses monumentales, sont décorés de leur nom pour
vocable et perpétuent leur souvenir. H y aurait un
grand intérêt à savoir quelles mains élevèrent ces
monuments, quels architectes en dirigèrent les tra-
vaux; quels artistes en créèrent la décoration. Et la
cathédrale orientale, et les nombreus''s églises byzan-
tines qu'elle inspira, et les édifices romains qui peu-
plent nos campagnes, et tes monuments gothiques où
la période ogivale imprima successivement ses carac-
tères de simple et sévère beauté, de grâce expansive
et rayonnante de science et de recherches, toutes ces
constructions vénérables trouveraient ainsi,leur ori-
gine, leur histoire, )eur légende et leur po.'sie; et se
révéleraient à notre admiration, leurs artistes et leurs
ouvriers dignes de la postérité. En effet, toute cette
végétation d'églises et de monuments fleurit sur la
cendre de nos saints; elle symbotisa, durant toute la
période fervente du mo~ en-âge, l'aspiration des cœurs
chrétiens et l'intercession des saints patrons; elle trans-
mit aux siècles futurs le culte de leur mémoire, en
continuant le mystique et divin commerce du ciel avec
la terre par l'échange des prières et des grâces, la ré-
vélation des vertus et des miracles de nos ancêtres.
(La suite tM-ocAotnement.)
L'abbé JEAN.
BIOGRAPHIE DU CARDINAL HÉLIE TALLEYRAND DE PÉRIGORD.
Hélie Talleyrand de Périgord était le second des trois.
fils d'iié!ie VII, comte de Périgord, et de Brunissende
de Foix, l'un et l'autre de familles très anciennes et