SUPPLÉMENT. 47 bouffons et plaisants de théâtre les plus respec- tables citoyens. » J. J. Le farceur est un joueur de farce, et la farce est une comédie d'un genre populaire et bas. Ce qui le distingue, ce n'est pas le défaut de sérieux seulement, mais le défaut de noblesse, la grossiè- reté. Les fous des rois ont été appelés des bout- fons; les farceurs ne sont propres qu'à amuser des valets ou la multitude. J'avoue que les traits plaisants d'Aristophane me paraissent souvent bas ils sentent la farce faite exprès pour amuser et pour mener le peuple. » Fék. « Le paysan ou l'ivrogne fournit quelques scènes à un farceur; il n'entre qu'à peine dans le vrai comique. » LABR. a Irai-je quitter tout cela pour être immolé sur le théâtre des farceurs italiens à la malignité du pu- blic et aux rires de la canaille? VOLT. « Vous peignez le sieur Du Jonquay vertueux et opprimé, et vous le faites parler comme un farceur qui cherche à faire rire la canaille. » Id. « Ce maraud de farceur. CORN. Baladin, du latin ballare, danser, voulait dire dans le principe un danseur de théâtre ou de ballet, puis il a signifié un danseur de rue, un saltimbanque. C'est de tous ces termes le plus in- jurieux il représente un homme comme un misé- rable qui va de ville en ville ou de foire en foire amuser les regardants par des gambades, Un Hésiode, un Homère ont été négligés au point d'aller errant, mendiant par tout l'univers, et chantant leurs vers de ville en ville comme de vils baladins. » J. J. a Vous me parlez de Vol- taire Pourquoi le nom de ce baladin souille-t-il vos lettres? » Id. « Justinien et Bélisaire avaient pour femmes les deux plus impudentes carognes qui fussent dans tout l'empire. Justinien avait épousé une baladine des rues, une gueuse. VOLT. « Du temps de Plutarque, les parcs où l'on combattait à nu et les jeux de la lutte rendaient les jeunes gens lâches, les portaient à un amour infâme, et n'en faisaient que des baladins. » MONTESQ. Turlupin, nom d'un acteur de nos anciennes farces, a pour caractère parfaitement distinctif de ne se rapporter qu'aux paroles. Le bouffon et le farceur agissent, jouent, font des gestes et des grimaces en même temps qu'ils cherchent à di- vertir par ce qu'ils disent, et quant au baladin, il ne parle même pas, ou au moins son rôle con- siste surtout à se donner divers mouvements. Mais le turlupin égaie uniquement par ses pro- pos, ses pointes, ses calembourgs. Des turlupinades sont des bons mots. Mme de Sévigné écrit à sa fille a Ne craignons jamais de nous permettre les turlupinades qui viennent au bout de nos plumes. a Dans la Critique de l'École des femmes, il est dit quj les turlupinades sont un langage à la mode, et qu'un turlupin est un bel esprit qui défraye la compagnie de bons mots, et qu'il sem- ble qu'il ne doit demander à boire qu'avec une pointe. Dans son Art poétique, Boileau rapporte que le goût des pointes disparut peu à peu de la littérature française et se réfugia dans l'épi- gramme, puis il ajoute: Toutefois à la cour les turtupins restèrent, D'un jeu de mots grossiers partisans surannés. Flistrion, latin histrio, de tous ces mots le seul qui se soit dit dans l'antiquité, est naturellement le seul aussi dont on doive se servir quand il est question de comédiens des temps anciens ou du moyen âge. « M. Needham est comme cet his- trion, qui, jouant devant Auguste, prenait pour lui les applaudissements qu'on prodiguait à l'em- pereur. a VOLT. « Saint Thomas d'Aquin, qui ne connaissait que de malheureux histrions, devine pourtant que le théâtre peut être utile. » Id. et Au temps de saint Louis, il s'était répandu dans toutes nos villes une foule d'histrions qui sur des théâtres impurs corrompaient le peuple. Miss. Quand histrion s'emploie pour désigner des per- sonnages de notre temps, c'est particulièrement dans le style relevé. « Les comédiens seront les arbitres de l'Etat; les élections se feront dans les loges des actrices, et les chefs d'un peupla libre seront les créatures d'une bande d'histrions. J. J. Vieux seigneurs, histrions, courtisanes et prêtres, Contre moi tout s'ést déchalné. CHÉN. BOURRASQUE, TOURBILLON. Coup de vent. La bourrasque (italien burasca) est bourrue, ou comme borée, le vent le plus soudain et le plus impétueux elle arrive brusquement, elle sur- vient, et elle traite d'une manière rude ou bru- tale. « A peine fûmes-nous hors du golfe d'Ali- cante, qu'il survint une bourrasqvde effroyable. Les. Cette bourrasque inattendue lança malgré lui le génie sur le rivage. » Ham. « Cette bour- rasque imprévue a renversé avec notre barque le projet que nous avions fait. » MoL. Demain ma Didon s'en ira A la chasse avec votre Enée, Une bourrasque inopinée Que je ferai tomber sur eux Fera peur aux plus valeureua. Sc&nn. Le tourbillon, du latin turbo, mouvement en rond, tournoiement, agit d'une manière circu- laire, et, au lieu d'assaillir etde renverser crmme la bourrasque, il enveloppe ou absorbe et enlève ou dissipe ce qu'il a saisi. « On voit souvent les ouragans élever des tourbillons de sable, de terre, et souvent ils enlèvent et transportent dans ce tourbillon les maisons, les arbres, les animaux. » BUFF.. Dieu a effacé tes iniquités comme une légère vapeur qui, étant dissipée par un tourbil- lon, ne laisse pas dans l'air le moindre vestige. Boss. « II semblait un tourbillon d'automne qui disperse des monceaux de feuilles desséchées. » BOUFFL. Mêmedifférence au figuré. Bourrasque annonce, en fait de mouvements de colère ou d'humeur e en fait de rudesses, quelque chose de brusque et d'imprévu tourbillon exprime un cercle d'occu- pations, d'affaires, de soins ou de plaisirs dans lequel on tourne de force et sans pouvoir se re- tenir. Une bourrasgue est comme une incartade, on ne s'y attendait pas on est emporté par le tourbillon comme on l'est par un torrent. Bourrasque, au figuré, ne se dit guère que fa- milièrement tourbillon est de tous les styles, même du plus relevé. BOURREAU, EXÉCUTEUR. Le bourreatc et l'exécuteur mettent à mort.