46 DICTIONNAIRE DES SYNONYMES. Dans une lettre au marquis d'Argenson, il s'ap- pelle « l'éternel malade, l'éternel persécuté, le plus ancien de ses courtisans et le plus écloppé.» Il faut convenir pourtantque boiteux peut indi- quer aussi une infirmité acquise ou contractée. « On demanda un jour à Diogène pourquoi on donnait plutôt l'aumône aux borgnes et aux boi- teux qu'aux philosophes C'est, répondit-il, parce que les hommes s'attendent plutôt à devenir bor- gnes ou boiteux que philosophes. » FErr. « Une femme lacédémonienne pensait en homme, lors- que, pour consoler son fils, qu'une blessure glo- rieuse avait rendu boiteux, elle lui disait Va, mon fils, tu ne saurais plus faire un pas qui ne te fasse souvenir de ta valeur. » ROLL. Mais boiteux est de tous les styles, au lieu que le mot échoppe appartient au langage familier seulement. En cela consiste une différence dont il est tenu compte, dans l'usage, autant que de la première pour le moins. BOMBANCE, BONNE CHÈRE. Idée commune, celle d'un repas qu'on fait à une table bien servie, où il y a de quoi se bien traiter. Bombance (de bombe), repas qui fait devenir rond et gros comme une bombe, est familier, et il suppose des mets abondants plutôt que déli- cats en sorte que faire bombance ressemble beaucoup à faire ripaille ou à faire ribote. Et le rat court en diligence A l'office, qu'on nomme autrement la dépense. Où maints rats assemblés Faisaient, au frais de l'hôte, une entière bombance. LAF. « Le sérénissime prince de Guise se moque de moi, chétif citoyen; il fait bombance à Arcueil, et il laisse mourir de faim ses créanciers. » Volt. « C'était à peu près du temps que M. le chevalier de Grammontavait jeté les yeux sur la Warmestré, qu'on menait ce petit train de vie dans sa cham- bre. Dieu sait les pâtés de jambon, les bouteilles de vin, et les autres provisions de sa libéralité qui s'y consommaient! Au milieu de ces bom- bances nocturnes. • Ham. « Chez Fulvius ce ne furent que festins et bombances il s'enivra lui- même le premier. » ROLL. Mais bonne chère (chère tirant probablement son origine du latin) est de tous les styles et il annonce en fait de mets quelque chose qui se dis- tingue plus par la qualité que par la quantité, quelque chose de fin, de choisi de propre à satis- faire, non pas l'avidité d'un homme sensuel, mais le goût raffiné d'un voluptueux. « Dieu ordonnait à son peuple de venir au lieu que le Seigneur avait choisi pour y faire bonne chère. » Boss. « Un des amis de Boileau qui aimait la bonne chère, et qui se piquait de s'y connaître. D'AL. « Dans la campagne de 1667, tout le monde se piqua de somptuosité et de goût dans la bonne chère, dans les habits, dans les équipages. » VOLT. « Il est inutile de parler de la bonne chère qu'on y fit il suffira de dire que le repas du soir ne cédait ni en délicatesse ni en variété à celui du dîner, » Ham. « Le consul Philippe passait pour aimer la bonne chère et les fins morceaux. » ROLL. BON, AGRÉABLE. Qui convient à notre nature. La chose bonne nous est utile ou salutaire la chose agréable nous plait. Il y a dans l'une plus de solidité, dans l'autre plus de douceur. On pro- fite de ce qui est bon, on jouit de ce qui est agréable. Bon a pour superlatif czcellent et agréabte, délicieux. Ce qui nous estboîi fait partie de nos commodités ce qui nous est agréable con- tribue à nos aises. L'objet bon nous fait du bien; l'objet agréable nous fait plaisir. Que de choses sont bolcnes, sans être agréables, comme les re- mèdes et les corrections! Que de choses sont agréables sans être bonnes; témoin les funestes effets de la mollesse et dj la débauche! Cependant, pour ce qui regarde l'état du corps, c'est d'ordinaire par l'agrément que nous jugeons de la bonté, et de là vient que les deux mots ont quelque apparence de synonymie. Il fallait qu'Adam fût averti par des sentiments prévenants que telles et telles choses étaient bonnes pour son corps ou utiles à sa santé. MAL. BON, EXCELLENT, DÉLICIEUX, EXQUIS. Épithètes qualificatives d'un objet qui a les qua- lités qu'il doit avoir pour être estimé et re- cherché. Bon exprime de la manière la plus faible l'idée commune à tous ces mots si bien qu'on peut dé- finir excellent, délicieux et exquis par très-bon. Quand on dit simplement d'un objet qu'il est bon, on se sert du positif; mais 6n emploie le superla- tif en disant d'un objet qu'il est excellent, ou dé- licieux ou exquis. De leur côté, excellent, délicieux et exquisn'è- quivaler.t pas non plus l'un à l'autre. Excellent diffère de délicieux comme il diffère d'ezquis (voy. Excellent, exquis). Et pour ce qui regarde le rapport de délicieux et d'exquis, il suffit de remarquer que l'un dé- signe une qualité naturelle ou qui convient à une chose naturelle, et l'autre une qualité factice ou qui se rapporte à quelque chose de factice. On dit qu'il fait un temps délicieux (SÉv.) qu'on respire un air délicieux (Bégn.), qu'on habite une contrée délicieuse (VOLT.) mais on dit des sirops exquis (BOIL.), une table exquise (Fén.), des meubles exquis (LAF.). « N'est-ce pas vous donner pour nourriture les fruits les plus déli- cieux, les mets les plus exquis ? » Makm. BOUFFON, FARCEUR, BALADIN, TURLUPIN, HISTRION. Termes de mépris donton se sert pour signifier des comédiens ou des gens qui leur res- semblent. Bouffon s'est dit d'abord du personnage qui dans une comédie a pour emploi de faire rire et qui primitivement bouffissait ou enflait ses joues avec son souffle, soit par grimace, soit pour rece- voir de bruyants soufflets. Les bouffons sont de mauvais plaisants, et le mot s'emploie surtout en parlant de personnes et de matières auxquelles il conviendrait d'être graves et sérieuses. « Quelle grâce ce prêtre aura-t-il à exercer un ministère si sérieux et si divin ?. Peut-être déshonorera-t-il la majesté de la parole sainte par des bouffonne- ries profanes. » Mass. « Être bouffon de pro- fession ne convient pas à un homme grave, tel qu'est un disciple de Jésus-Christ. » Boss. La comédie tourne tout en ridicule, même les objets les plus sérieux et les plus graves, elle change en