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SUPPLÉMENT. 45

voit par son acception figurée une forêt de mats,
de lances, de dards, c'est-à-dire beaucoup de ces
choses, droites et placées près à près.

D'ailleurs, bois, de bosc, d'où ont été formés les
diminutifs bosquet et bocage, primitivement bos-
cage, désigne une moindre étendue de terrain
que forêt, anglais forest, allemand forst, auquel
est attachée l'idée de grande quantité sous tous
les rapports. On dit plutôt un petit bois, et une
vaste forêt; se promener dans un bots, et vivre
au fond des forêts. Le bois de Boulogne, la forêt
Noire. Bois et forêt répondent proprement aux
mots latins nemus et silva. Le bois est quelque
chose d'agréable, on y va chercher l'ombre et la
retraite. La rorêt, au contraire, est, non pas
riante, mais sombre.

Quitter des bois touffus, les paisibles douceurs.
La sombre forêt est l'asile

Des brigands, des loups et des ours.

Tu sauras, d'un bras intrépide,

Dompter les hôtes des forêts. Staël.

Le nom d'hôtes des bois se donne pour l'ordi-
naire aux oiseaux

Vous êtes le phénix des hbtes de ces bois,

dit le renard au corbeau dans Lafontaine. Mais
ce sont des animaux sauvages qui habitent les
forêts: tandis que le chien Laridon hantait la cui-
sine, son frère César hantait les forêts, il met-
tait aux abois les cerfs et les sangliers (LAL.).
Les monstres des forêts ont un antre sauvage.
Et vous, le peuple-roi, vous, citoyens romains.
Vous n'avez point d'asile reposer vos têtes.

C. Cracchus. CHÉN.

Un monstre des forêts éleva ton enfance.

(Didon à Énée.) LEFRANC DE POMPIGNAN.

BOISSON BREUVAGE. Liquide destiné à être
avalé, à être introduit dans le corps par la
bouche.

L'Académie définit simplement breuvage par
boisson et paraît ne mettre entre les deux mots
aucune différence. Ils sont loin pourtant d'équi-
valoir l'un à l'autre.

Leur racine est la même, le latin bibere, boire,
et par conséquent ils signifient ce qui est à boire
ou propre à être bu. Mais, comme ils ont chacun
une terminaison distincte, l'idée commune se
trouve par cela seul notablement modifiée dans
chacun.

Boisson désigne d'abord l'action de boire.
« Nous partons lundi (des bains de Bourbon)
après trois semaines de séjour et seize jours de
boisson. » SÉv. « Le bain m'a renforcé les jam-
bes mais pour ma voix, ni le bain ni la boisson
des eaux ne m'y ont de rien servi. Boil. En-
suite on appelle boisson tout aliment liquide dont
on a coutume d'user pour apaiser la soif ou pour
se procurer un plaisir. « J'ai cru avoir eu besoin
de manger et de boire, c'est-à-dire de faire entrer
de la nourriture et de la boisson dans mon
corps. » ARN. « Ceux qui fondent dans quelques
pays l'essence de leurs rites religieux sur du pain
et du vin font très-bien de remercier Dieu de l'a-
liment et de la boisson qu'ils tiennent de sa
bonté. » Volt. « Le maréchal de Villeroy faisait
sottement admirer de si sages précautions pour
conserver la vie du roi (Louis XV), comme si les

viandes, sa boisson et mille autres choses dont il
se servait nécessairement, qui ne pouvaient être
sous sa clé, n'eussent pu suppléer au crime. »
S. S.

Breuvage annonce par sa terminaison un com-
posé, une mixture, le résultat d'une opération
ayant pour objet particulier et exprès de produire
un effet extraordinaire, soit en bien, soit en mal.Il
y a des breuvages qui sont des remèdes, d'nutres
qui sont des poisons. Un philtre est un breuvage,
et l'Académie dit de la tisane, que c'est un breu-
rage, « une boisson médicamenteuse. » On avait
rêvé dans l'Orient un breuvage d immortalité
PIONTESQ., VOLT.). C'est par le salutaire breuvage
qu'il donna à Alexandre que le médecin Philippe
d'Arcananie est célèbre (VAUG.,ROLL.). « Ne faut-
il pas avoir avalé jusqu'à la lie le breuvage d'as-
soupissement que boivent les prophètes de men-
songe, pour annoncer de tels prodiges? » Bjss.
Le poëte Lucrèce mourut, dit-on, empoisonné
par un breuvage amoureux que lui donna une
femme (BFRN.).

Bientôt un certain breuvage

Lui fit voir le noir rivage. LAP.

Il faut prendre des boissons pour vivre, pour se
désaltérer ou se rafraîchir; mais la médecine or-
donne des breuvages, et la justice criminelle a
souvent à constater des empoisonnements et des
avortements commis à l'aide de breuvages. L'eau
est la boisson primitive et naturelle mais le doc-
teur Sangrado appr it à Gil-Blas à en composer avec
la sauge, la véronique, le romarin et d'autres
plantes semblables, des breuvages exquis. Ce fut
avec une boisson qu'Ulysse enivra le Cyclope,
puisque ce fut avec du vin et que le vin est,
comme le cidre la bière, le café, etc. une liqueur
d'un usage habituel mais ce fut d'un breu age,
c'est-à-dire d'une boisson mixtionnée (FÉN.), que
se servit Circé pour métamorphoser les compa-
gnons d'Ulysse en pourceaux.

BOITEUX, ÉCLOPPÉ. Qui marche mal, avec
peine, à cause de quelque infirmité.

On applique l'épithète de boiteux à tous ceux
qui ont ce défaut. « Le poète Tyrtée avait quelque
chose d'original dans l'esprit et de choquant dans
le corps, car il était boiteux. » ROLL. « Nous
sommes bien certains que nous ne sommes pas
boiteux mais nous ne sommes pas aussi assurés
que nous choisissions le vrai. » Pnsc. « Sa
femme est boiteuse. » ACAD.

Ceux-ci sont nés boiteux, ceux-là sont nés bossus.
FLOR.

Mais on ne qualifie d'écloppé que celui qui a
été rendu tel, celui à qui ce défaut est ver.u par
accident ou par suite de maladie. « Barbe en
montant sur le grison s'appuya si pesamment sur
le pauvre diable d'écuyer qu'elle le renversa
tout écloppé. » Les. « L'impétueux hôtelier lui
ferma la bouche d'un soufflet, immédiatement
suivi d'une douzaine de coups de pieds dans le
ventre, qui renversèrent la princesse tout éclop-
pée. » Id. Dans la Pucelle, Voltaire dit en parlant
des chevaliers français qui, dans une rencontre,
avaient été blessés

Donc à la ville il fallut qu'ils revinssent

Tout écloppés, et qu'au lit ils se tinssent,
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