ALGÉRIE 1 tard quels malheurs si le sort l'avait mise à portée d'un peuple de proie, comme, par exemple, il expose le Mexique, l'Amérique centrale, voire l'Amérique du Sud à la convoitise des Yankees, comme aussi notre France héroïque, enthousiaste, essaimante du Saint- Laurent, que l' « Oncle Sain» n'esl pas homme à respecter toujours! Sans que son amiral, son général, son roi, sa nation en eussent prescience, la glorieuse escadre de 1830, d'abord désemparée par l'orage, comme jadis celle de Charles-Quinl, puis secondée par les vents portait la force de la France aux seuls lieux où l'avenir pût nous sourire l'Amérique du Nord était perdue pour nous l'Amérique du Sud était ibérienne l'Asie septentrionale, occidentale, centrale, sinon toute l'Asie, paraît destinée aux Russes l'Asie tropicale, la belle Indo-Chine ou nous avons conquis un périlleux empire entre la Chine et l'Inde, entre la Russie et l'Angleterre, fait partie d'un monde qui n'est pas le nôtre et ne peul le devenir, car l'Extrême-Orient restera chinois ou deviendra russe enfin l'Afrique du Sud était hollando-anglaise ou anglo-hollandaise, suivant que l'avenir en décidera. Il ne restait donc de terre disponible que l'Afrique du Nord, et, par de magnifiques privilèges, celle Afrique du septentrion était de climat congénial, ci 150 ou 200 lieues des embouchures du Rhône. Or, c'est là l'incalculable avantage la Russie ci part, qui n'a point de colonies el s'étend sans discontinuité sur deux continents, la seule France touche presque à son empire colonial, la Méditerranée l'en sépare seule, qui n'est qu'un lac, tandis que l'Atlantique, le Pacifique, mers immenses, « distancent » l'Angleterre, le Portugal, l'Allemagne, la Hollande, la Belgique des pays de leurs entre- prises. On peut presque dire les Deux-Frances, comme on disait les Deux-Siciles. Tout est bien qui finit bien Une de perdue, l'Amérique, une de retrouvée, l'Afrique! Mais l'Afrique ne vaut l'Amérique ni comme étendue, ni comme fertilité, ni comme séjour de la race blanche. Toute l'Amérique ne pouvait devenir française; la seule Amérique du Nord était dans notre mouvance, à l'exception des rivages de l'Atlantique colonisés par les Anglais el des plateaux mexicains occupés par les Espagnols; de même nous ne pouvons prétendre qu'au nord, au nord-ouest et en partie au centre de l'Afrique. Encore faut-il distraire de notre Afrique présente, qui n'est sans doute pas toute notre Afrique future, l'énorme Sahara, la mer des hamades ou plateaux pierreux et des dunes « sans bornes » avec ilots d'oasis c'est un lieu de passage plutôt qu'une demeure, et sauf révolutions cosmiques, sauf aussi la mainmise de l'homme sur la puissance du soleil, ce « malpas » semble devoir rester ce qu'il est, la solitude enflammée le jour, fraîche ou froide la nuit, sous le lampadaire des plus magnifiques étoiles.