ALGÉRIE 9
Globe. A vec le Maroc, complément de la région naturelle du Maghreb, c'esl-à-dire de
l'Occident, ce serait, ce sera plus ou moins le double de Paris à Moscou, l'armée
toujours victorieuse que la neige ensevelit sous les pâles bouleaux et solls les sapins
sombres, avait piétiné plus de rondeur de la Terre.
Les largeurs sont malheureusement bien moindres encore d'une mer à l'autre ce
qui ne veut pas dire ici d'un flot amer à des vagues salées, mais du « sel divin »
d'Homère, de la Méditerranée, au nord, à 1 « Océan des Sables », comme on surnommait
le Sahara mais c'est surtout l' « Océan des Pierres » au midi, sur la route du
pays des Noirs.
Le voyageur qui marcherait tout droit devant lui, suivant un méridien, n'a pas
plus de soixante, soixante-quinze, quatre-vingts lieues à franchir, suivant les lieux de
départ et d'arrivée, depuis le rivage relenlissant dès que le vent s'émeut jusqu'à la
rlve morne et d'éternel silence, depuis l'embouchure des oueds, dans la « mer entre les
terres », aux « bouches du Sahara », jusqu'à la fn des gorges des torrents du Sud, là oit
ils entrent dans l'in fini du désert pour s'y effacer sous le soleil, eux-mêmes s'ils coulent
encore, et leurs lits, et leurs rives, et jusqu'à l'humidité de leur sable.
Dans ces limites, d'occident en orient, de Méditerranée à Sahara, l'Algérie norl
désertique s'étend sur une trentaine de millions d'hectares seulement pas même sur
quarante millions, Tunisie comprise moins des quatre cinquièmes de la France et rien
clue le soixante-quinzième de l'Afrique
C'est même trop de générosité que de faire de ces trente ou quarante millions
d'hectares un bloc également utile à la nation française qui grandit dans l'Atlas et veut
déborder sur l'Afrique. La région visitée des pluies, la contrée verte avec toutes les
couleurs ardentes du Grand Midi, ce qu'on nomme, à l'arabe, le Tell, la zone de
culture ne comprend guère, de la mer à la tranche des monts d'où partent les fleuves
méditerranéens, clue dix-huit millions d'hectares, un peu plus du tiers de la France.
espace que doublera largement l'inévitable absorption du Maroc. De l'origine de ces oueds
du nord à l'arête des djebels sahariens s'étend, à l'occident et au centre de l'Algérie, une
contrée très peu mouillée, donc point propice aux grains nourriciers, une terre de
pâlures sèches, un steppe, urle « mer d'alfa », urï pays de moulons piétinant le sol
autour de torrents qui ne coulent pas, de sources rares, de lacs salés qui n'ont point d'eau,
de mares promptement taries sur les vastes champs du mirage terre d'airain, comme
on dit, qui réduit de plus de moitié la puissance réelle de notre Afrique tellienne.
Ne fût- il pas un jour doublé par la Mauritanie Tingitane, qui est l'asile des
Musulmans les plus fanatiques du monde, ce menu pays tout en long, ce Tell, cet
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-L15-126 (31, 32)