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ALGÉRIE 23

des réalités puisque rien ne se perd. Tel Arbicot ou Bicot, comme on dit avec le
dédain du vainqueur pour le vaincu, tel pauvre khammès ou métayer au cinquième
descend à la fois d'abord des ancêtres inconnus, même non soupçonnés, qui furent les
autochtones du Tell; puis des cavaliers numides qui combattirent contre Rome en Ilalie,
à Cannes, ensuite pour Rome en Afrique, au commandement de Massinissa; el des
Phéniciens, des Carthaginois d'avant ou d'apr°ès Carthage anéantie; et des mercenaires
soudoyés par les Suffètes ou révollés contre eux; et des Romains. soldats, vétérans,
colons, marchands, usuriers; et des Grecs de Bélisaire ou d'avant Bélisaire car les
Hellènes immigrèrent de tout temps dans l'Afrique mineure, près de leur Sicile, de leur
Cyrénaïque, et furent les premiers civilisateurs du Numide et du Maure; et des
Arabes venus avec Okba ben Nafé, conquérant musulman du Tell au vue siècle, ou
avec la grande invasion hilalienne du xle; et des Osmanlis, soit réellement turcs, soit
renégats, Albanais, Bosniaques, Circassiens, Italiens, Catalans, Espagnols, Français,
Flamands; et des colons européens de 1830 à 1900, puisque la rareté, l'on peul dire
l'absence d'unions consacrées par la loi entre le a Bicot » et le « Roumi n'exclut pas
la mullilude des rencontres illégales; enfin des Nègres dont, grâce à l'esclavage, le sang
contribua toujours à la race de l'a Atlantide »

Avenir éminent: puisque la paix règne désormais sur ce champ du carnage Une
nation nouvelle y nait à l'histoire, et comme ce peuple a pour séjour le seuil d'un conti-
tient à moitié vide encore et n'ayant pour habitants que des hommes rudimentaires il
semble avoir dans son destin de concentrer à la longue la foule des tribus du nord de
l'ouest, du centre, en une France auprès de laquelle la Vieille France ne sera qu'une
province, ainsi qu'un plus grand Portugal en face d'un moindre Brésil. Celle « France
Majeure » aura 5,000 kilomètres de long, d'Alger à Brazzaville, ou 6,000, de ce
même Alger au bout du Congo Belge; el plus de 4,000 de large, du Cap Vert aux
premières fontaines du Chari Ce ne sera pas sans peines, douleurs, crèvecœurs longs
et lourds désastres, que marcheront vers l'unité, qui ne peut être ici que l'unité de langage,
ces terres barbares, ces peuplades sauvages, ces races hostiles sous des climats contraires,
l'un sec, l'autre lépidemenl humide, ces gens de Tell, de steppe, de brousse, d'impé-
nétrable forêt, de désert, d'oasis, de lilloral et d'intérieur, de grands fleuves et d'oueds
sans courant et même sans fraîcheur, Or, le français est d'abord le cohérilier, puis l'héritier
désigné de trente et cinquante ou cent verbes africains,

Non pas absolument le français du commencement du xx° siècle, mais plutôt celui
du xxf, qui sera plus divers, plus riche que le notre, car il lui faudra les centaines, les milliers
de mots imposés par d'autres deux, d'autres sols, d'autres étendues, d'autres nalures, d'aulres
idées. Ainsi le portugais d'Amérique est bien plus opulent que le lusitanien d'Europe, et
même le français d'Alger est déjà plus riche el plus libre que celui de Lulèce-en-Parisis.
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