22 SITES ET MONUMENTS L'Oued-el-Kèbir ou « Grande Rivière ». nom dont les Arabes glorifient souvent de fort petits ruisseaux ( il leur suffit qu'ils soient pérennes), égoutte 904,000 hectares. Il est fait du Roumel fils languissant du p'aleau des Eulmas et des Abd-en-Nour, el du Bou-Merzoug, issu d'une font de 800 lilres; aussitôt il entre dans l'abime de Conslanline, l'une des cités extraordinaires du monde la vieille Cirlha s'accoude à un terrible précipice qu'elle regarde de 120 mètres au pont jelé sur le gouffre, de 200 à la Casba; le torrent bruit dans le demi- jour de la profondeur ou dans les demi-ténèbres d'arcades rocheuses, tunnels de 50 à 100 mètres de long qui sont un reste de voûte de la caverne antan creusée par le Roumel dans -le bloc cirlhéen; puis il se casse à trois cascades, de 20, 25, 15 mètres de plonge et va recevoir la rivière du Hamma, onde thermale {33?) immuable à 800 litres par seconde. La Seybouse dégage des eaux supplémentaires un million d'hectares; elle part des mêmes plateaux que la Medjerda, s'égare dans la vallée de Guelma, s'achève au golfe de Bone; elle coule franchement durant une bonne moilié de l'année; la Mafrag aussi, qui est l'héritière des pluies serrées tombées au pays de la Calle, sur 237,000 hectares de monts, de forêts et de bois de chênes-liège. La Medjerda naît en Algérie; c'est en Tunisie qu'elle grandit el meurt; elle passe au voisinage de Souk-Ahras; son maître affluent, l'Oued-Hellègue provient des plateaux de l'ébessa la a romaine », au septenlrion de l'Aurès. Voilà l'Algérie « utile », divisée à grands traits entre Tell, Sleppe, froncements sahariens, oasis au bord du Désert; pays de nature extrême, d'histoire tragique et d'avenir éminent. Nature extrême au nord, la mer, source de fraîcheur, de pluie, de vie; au midi, le Sahara, chaleur, sécheresse et mort; tous les climats, ou presque des neiges hivernales de Balna, de Sétif, de Bord], de Djelfa, de Géryville aux hivers tièdes du littoral, aux hivers chauds et parfumés de Biskra, de Touggourt, d'Ouargla. L'homme n'est pas moins extrême, du Berbère des Adrars, qui est un Auvergnat, dur au mal, ou du Touareg, Berbère également, maigre et sec à la squelette, ou de l'Arabe fataliste, nonchalant d'idée, mais prompt dans l'action, au Maure tranquille, flegmatique, obèse des villes; du Nègre des oasis au Parisien, à l'Alsacien-Lorrain, au Gascon, au Mar- seillais, au Valencien, à l'Andalou, au Sicilien, au Napolitain au Mallais. Histoire tragique on dit que l'imprenable Cirlha fut prise quatre-vingts fois. Le Numide, le Carthaginois, le Gélule, le Romain, le Vandale, l'Arabe, le Turc, l'Espagnol, le Français lullèrenl ici pour le pouvoir, la vengeance, la vie ou la mort, chacun laissant de lui des germes de haine et des ferments d'alliance, des souvenirs et