18 SITES ET MONUMENTS
horizon jusqu'aux djebels violets qui planent du bout du Midi, sur la roule du Sahara
d1où soufflent les siroccos. Ici, de l'ourlel des vagues au plancher d'airain du pays
extra-sérénissime, il n'y a pas plus de vingt lieues, contre plus de cinquante, même de
soixante, entre Boghar et Laghouat, ville désertique assoupie au pied du revers méri-
dional du Steppe, qui est l'abat des monts Sahariens.
Le ruisseau de Laghouat, l'Oued-Mzi, plus bas l'Oued-Djedi, s'en va vers l'est-
nord-est, parallèlement aux fronçures de l'Atlas; il meurt dans les sables, renaît,
expire encore, sur le chemin du Melrir, l'une des lagunes de la dépression constantino-
lunisienne, un moment fameuse dans le monde, quand on prétendait y conduire la
Méditerranée pour faire du plus creux du Désert une mer bleue d'où le soleil aurait
humé les nuages de la pluie saharienne eût-on rempli celle mer, ce qui peut-être
était impossible, vu l'extraordinaire activité de l'évaporation sous un pareil climat, elle
n'aurait été ni belle, ni grande, ni profonde, ni durable, ni provocatrice de pluie.
Près des sources de l'Oued-Mzi, dans le Djebel Amour (1,707 mètres, jaillissent
les premières fontaines du Chèliff, qui se traîne misérablement sur le Steppe, à chaque
instant avalé par le sable ou par le marais, puis restauré par quelque surgeon, mais
ne passant jamais du rang de ruissel au rang de rivière tellement qu'au bout du
plateau, en bas de Boghar, il n'est toujours qu'un méchant fossé; de même qu'au bout du
Tell, après 170 lieues de méandres dont l'ensemble rappelle le cours de la Loire,
d'abord vers le nord, puis l'ouest, il n'est devenu qu'une rivière trouble, larissanle,
inconstante, variant de 1,500 litres à 1,500 mètres cubes par seconde, et pourtant
capable de régénérer sa vallée, dès qu'on retiendra l'eau de ses crues sur la voie du
Steppe à la mer.
Au sud-est de Laghouat, le Sahara se continue par le plateau des Duïas oti les
bois de lérébinthes ombragenl des bas-fonds que quelques pluies transforment en mares
de quelque durée; puis il se prolonge par les vallées d'érosion du pays des Beni-Mzab,
heptapole des 40,000 Mozabites, zelés trafquants, brocanteurs éminents, prêteurs,
usuriers qui émigrent dans toutes les villes de l'Afrique Mineure; fortune faite, ils
reviennent, comme en un paradis terrestre, à leurs effroyables rochers toujours chauffés
à blanc par soleil et sirocco, très rarement visités par quelque pluie secourable; mais
ces plus patients des hommes ont barré leurs oueds, creusé des puits très profonds, et
soit retenu, soit évoqué l'eau qui fait vivre 200,000 dalliers.
Les oueds des Béni-Mzab descendent dans le fond d'Ouargla, qui est aussi le terme
du sillon de l'Oued-Mia celui-ci est un torrent sahariennement intermittent, c'est-à-dire
toujours vide, hors de quelques énormes crues qui ne sont même pas annuelles el qui le
poussent vers le nord-esl à 600 kilomètres en ligne droite de ses origines; il naît sur le
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 4-L15-126 (31, 32)