ALGÉRIE 17 remonté les oueds méditerranéens jusqu'à leur « ras-el-ma », « ras-el-aïiz », « ras-el-aïoun », jusqu'à leur tête d'eau, leur « somme », suivant le terme champenois, un contraste extraordinaire mue brusquement, et du toui au tout, l'aspect de l'Oranie. C'était le Tell, les vallées, les sources, les cascades, les forêts, les fruits, l'abondance; et maintenant, sur quarante lieues de largeur, c'est la nudité, la pauvreté triste et monotone, le vent que rien ne brise sifflant dans les touffes d'alfa, les herbes sèches, déjeuner et dîner du mouton, quelques puits, peu de sources, point de rivières; c'est le Steppe, et cela jusqu'au pied septentrional de l'Atlas Saharien six ou sept millions d'hectares y tendent vers de petites lagunes et vers deux grands « Chotts dépressions allongées où le pasteur, le caravanier, le chasseur, le passant, d'avance éblouis par le mirage, ne trouvent que de la terre, du sable, des dunes, des roches, des fondrières, du sel, et point d'eau. L'altitude de la « Mer d'Alfa » souvent on la nomme de la sorte est d'environ 1,000-1,200 mètres d'où des hivers rudes, des nuits froides, des matins glacés, un climat très dur avec des heures de chaleur inhumaine Les monls sahariens, d'où le Sahara, splendidement ouvert, semble une mer de lumière, s'élance ici à 1,800, 2,000, jusqu'à 2,236 mètres; ils sont cassés, creusés de gorges avec belles fontaines, torents, oasis, vergers et palmiers. Ces torrents ne vivent pas longtemps ils sont bus par l'air, bus par les jardins, bus par les trous de roche bientôt leur lit, leur grève, leurs sables, leurs talus, s'effacent dans l'immensité ou se perdent sous l'effroyable amoncellement des Grandes Dunes. Puis au-delà de ces Dunes, de cet Areg, de ces « Erg », le Touat, éclaboussure ou traînée d'oasis, marque à peu près le milieu de la route entre la mer Méditerranée et le fleuve Niger cent mille hommes y vivent des dalles de millions de palmiers arrosés par l'eau d'un prodigieux réseau de feggaguir ou aqueducs souterrains. C'est l'oasis par excellence du Sahara d'occident; son nom n'est même que la berbérisation de l'arabe « ouah », l'oasis, à l'aide du t. affixe et du t. suffixe, Le Tell de l'Oranie couvrant quatre millions d'hectares environ, celui de la province d'Alger n'en a guère que trois. Il n'y a dans tout notre domaine algérien que le Tell de Tlemcen, tout au bout occidental de l'ex-régence d'Alger, qui soit aussi peu large que celui de Miliana, de Médéa, d'El-Djézaïr le pigeon voyageur irait en une heure de la plage dominée par le Tombeau de la Chrétienne à l'entrée de la gorge où le Chèliff du Steppe devient le Chèliff du Tell. C'est au pied de la montagne de Boghar que ce fleuve passe d'un pays à l'autre Boghar, bourg militaire dit le « Balcon du Sud » pour l'admirable recul de son