ALGÉRIE i5 surtout des monts de Téniet-el-Hâd et du splendide Ouarsenis, Ouaransénis ou Œil-du- Monde (1,985 mètres), au sud, dégringolent des torrents dont un jour on rafraî- chira ces terres cuiles. Ainsi encore, au midi du Djurdjura, ce relèvement à pic de plus d'une demi- lieue de haut, la vallée supérieure du Sahel ou fleuve de Bougie a quelque chose de saharien, même en hiver; mais là aussi les torrents de la sierra feront couler le lait et le miel. Enfin au levant de ce Djurdjura, de Bougie à Bône, presque en tous lieux le lilloral se redresse en djebels de 2,000, 1,500, 1,000 mètres d'élévation, paravent et, n'était le jeu de mots, parapluie sur lequel gouttent les pluies les plus abondantes du Tell algérien, jusqu'à plus d'un mètre par an. Mais aussi, dès qu'on a franchi l'arêle, les ondées se fonl rares, beaucoup moins drues, le vrai Tell fait place à un demi-Tell, aux vastes plateaux de la Numidie ou des lacs étincellent qui, par mal fortune, ne sont que lagunes salées ou saumâlres sans écoulement et qui n'avivent pas de rivières. Sur cet immense plan que cerne au septentrion la montagne liltorale, au midi la montagne saharienne, on se croirait en Castille, en Manche, en Estramadure. Ici les sebkhas (l'Arabe dit, au pluriel, les sbakh), les guerrahs luisent d'un éclat d'argent à 800, 900, 1,000 mètres d'altitude, la sierra du sud a 1,500, 1,800, 2,000, même 2,329 mètres dans l'Aurès, culmen de l'Algérie partout, sur l'étendue, jaunâtre ou blanchâtre au soleil, grise et terreuse autrement, des monts, se dressent en désordre, mais si leurs alignements n'avaient été détruits, dans leur continuité, l'on verrait qu'ils avaient pour direction l'orientation générale de l'Atlas ils s'élèvent à 1, 200, 1,500, 1, 700 mètres et plus, nombreux témoins de l'ancienne surreclion du plateau. Comme les Castilles aussi ces plaines, qui reçoivent par an du ciel hOO à 500 millimètres de pluie, laissent vide le grenier des colons ou l'emplissent à fléchissement des poulres sous le poids des sacs suivant le caprice des « vaches maigres » et des « vaches grasses » Région trop sèche évidemment pour répondre à tous les voeux de l' « avare » laboureur mais la Numidie de Massinissa, de Syphax, de Jugurtha, n'en a pas moins le droil de compter sur un avenir qui a pour garant le passé. Le plateau des Numides exulta de prospérité sous les Romains; il se couvrit de villes dont Tebessa, Lambèse, encore mieux Timgad, ont conservé jusqu'à ce jour des rues, des monuments, des inscriptions, des ruines pas une des sources n'élant laissée à elle-même sur le chemin de la sécheresse, el toutes étant amenées par un canal à leurs bourgades, à leurs champs, et tous les torrents de la montagne étant consommés jusqu'à la dernière goutte, un peuple dense y vivait on y respirait un air salubre, la race y était vigoureuse, les centenaires nombreux. La paix française est bien plus profonde que la paix romaine, la puissance française bien plus irrésistible que celle du peuple roi, en vertu des forces chimiques et mécaniques