ALGÉRIE 13 2 Tunisie, rien encore que 700,000 Latins contre 6 millions d'arabisants et berbérisants! Bien que les colons augmentent relativement plus vite que les indigènes, on ne peut entrevoir un millénaire quelconque où les soi-disant Lalins auront conquis la majorité sur les soi-disanl Sémites mais il n'en est pas de même des latinophones, qui par ici sont tous des francophones de l'avenir. Les berbérisants, dont l'idiome n'est ni langue du commerce, ni langue litléraire, ni langue religieuse, passeront avant longtemps à la parole française les Arabes y passeront aussi, mais plus à la longue, appuyés qu'ils sont sur leur Coran, dicté d'en haut en arabe à Mahomet. Quant aux idiomes, dialectes, patois du Sénégal, de la Guinée, du Niger, du Congo, de l'Oubangui, du Mbomou, du Chari, rien ne les sauvera d'une mort prompte ils n'ont point d'avenir puisqu'ils n'ont point de passé. Le taillant du navire n'a même pas 700 kilomètres de flots à fendre entre la rive de Toulon ou celle de Port-Vendres et la côte algérienne tout au plus 630, distance de Paris à Bayonne ou de Paris à Marseille à vol d'oiseau, contre les h, 000 qui nous séparent des pays de ce grand Saint-Laurent qui devaient être la Nouvelle France el qui sont au contraire presque partout une Angleterre nouvelle. A côté de tant d'infériorités, c'est une heureuse supériorité de notre jeune empire sur l'ancien d'autant que ces 150 à 160 ou 170 lieues de Méditerranée (pour ne rien dire de la Corse, qui n'est guère qu'à 125 lieues de l'Algérie, à 110 de la Tunisie) sont presque tout le long de l'année, une délicieuse, presque une voluptueuse promenade en mer azurée, sous le rianl soleil ou la nuit scintillante, qui est aussi la nuit parfumée dès qu'on approche du rivage d'Afrique, où les collines embaument tandis que de la Seine ou de la Loire au Canada, le voyage est comme une longue secousse, sur un Atlantique maussade ou furieux, parmi les traîtres brouillards. Si la Méditerranée berce ses passagers (elle a pourtant aussi des rugissements el des colères), le litloral qui l'étreinl ne la caresse guère; il ne la reçoit pas en larges estuaires, profondément creusés dans le continent pour l'accueil, la sauvegarde et l'abri des navires. Les go!fes de Bône, de Slora, de Bougie, d'Alger, à l'est de la glorieuse El-Djezaïr, et à l'ouest ceux de Staouéli, d'Arzen, d'Oran, n'ont aucune ressemblance avec les baies « mondiales » qui peuvent, comme on dit, recevoir toutes les floltes de la terre nous n'avons ici ni baie de Rio- de- Janeiro, ni baies de Sydney, de San- Francisco, de Diego-Suarez car la miraculeuse Bizerte est en Tunisie. Nos go!fes algériens s'évasent largement vers le nord, lieu d'où vient, avec les vents, la tempête; et hors de ces anses où l'homme, non la nature, a fait des ports, presque partout la côte est droite, dure, accore, hautaine, dominatrice, rarement plaine, dune