l4 LA REVUE DE PARIS jusqu'à de hauts coteaux hérissés de chênes verts au feuillage triste, qui fermaient l'horizon. Ça et là, sur un puy, ou a à l'extrémité d'un promontoire brusquement termine en falaise, de vieilles gentilhommières, d'anciens repaires nobles, fai- saient comme une ceinture de postes avancés à l'imposante forteresse. Le receveur revint vers l'hôtel par une ruelle étroite, taillée par endroits dans le roc vif, qui zigzaguait au ilanc de la colline, et se terminait à un carrefour d'où l'on descendait sur la place par des escaliers à moitié ruinés et pleins d'herbes parasites, où les eaux cascadaicnt en temps d'orage. Cette ruelle, la place et les maisons semées le long du vieux chemin, faisaient, avec quelques venelles et un cul-de-sac, toute la bourgade d'Auberoquc. « Quel trou » se dit le receveur, en revoyant par la pen- sée, avec son large horizon et ses barques de pêcheurs pre- nant la mer, le petit port breton embelli par le souvenir des trois heureuses années qu'il y avait passées. Et, en effet, quoique le pays d'alentour, entremêlé de cultures, de vignes, de rochers, de bois, de prés dans les comhcs, ne fût pas laid, le bourg lui-même avait un triste aspect. Vu de loin, avec ses maisons groupées au pied de l'antique forteresse, comme des poussins autour de la mère « clouquc », il ne manquait pas d'un certain caractère pitto- resque mais, de près, c'était autre chose. Sauf de rares exceptions qui rendaient le contraste plus choquant, les mai- sons, vieilles et baticolécs, avaient un aspect sordide de bicoque et de cassine. Des appentis couverts de bardeaux déjetés ou de genêts sauvages, sous lesquels s'abritaient la nuit des oies et des canards, s'appuyaient contre elles, empiétant parfois sur la voie publique, sans aucun souci des règlements de voirie. Partout se montrait l'incurie des habitants, leur mépris de la propreté, leur insouciance en matière d'hygiène. Dans les petits recoins, les culs-de-sac servant de latrines, des immondices s'entassaient avec des débris de tuiles, des tessons de bouteilles et de pots. Dans les cours étroites, des pailles et des bruyères pourrissaient avec les détritus de ménage, sous les excréments. A côté des portes, à proximité des puits. des tas de fumier en fermentation dégageaient leurs émanations