&2 LA REVUE DE PARIS seins. Le rosier accrocha ses cheveux, effeuilla sur elle ses roses mûres. Et, tressaillante et défaillante, accablée par la nuit trop douce, elle se mit à pleurer. Elle pleurait sans chagrin, éperdue, confuse. vaincue. Quoi? Elle avait rêvé ce/a? Elle avait désiré.ce/a, ce baiser de Noël promis à ses lèvres! Un jour, bientôt, Noël l'embras- serait ainsi. Comme cette pensée lui faisait peur et plaisir, cette pensée qui demeurait chaste pourtant, qui s'arrêtait au baiser et à la plus timide étreinte 1 Elle ne savait comment cela arriverait, si ce serait un bon- heur ou un danger pour elle, et quel serait le lendemain de ce baiser. Elle ne songeait ni au passé, ni à l'avenir, ni à rien de ce qui n'était pas son amour. Et ce mot d' « amour » elle le murmurait, avec crainte, avec respect, comme un mot magique, dont le sens nouveau l'émerveillait. Parfois elle cachait sa tête entre ses mains. Elle était presque anéantie par une félicité inconnue, trop lourde a son âme, et elle souhaitait mourir de cette joie, fondre, se dis- soudre dans les rayons de la lune, dans le parfum des roses, dans le mystère de la nuit. Elle n'avait pas sommeil elle n'avait pas froid; elle pleurait, sans s'en apercevoir, les plus belles larmes de sa vie. Et voilà qu'un flot d'amour montait du plus profond d'elle, gonflait son cœur douloureux, jaillissait de ses lèvres en un grand sanglot passionné Je l'aime je l'aime Ah comme je l'aime XXI V Quelle journée, le lendemain! Les adieux, les pleurs de mademoiselle Miracle, la turbu- lence fatigante du petit Claude, les têtes renfrognées et les niaises conversations des voyageurs, tout contrarie et disperse, à chaque instant, la pensée de Josanne. Elle voudrait faire le silence et l'ombre autour d'elle, et que personne ne la vit et que personne ne lui parlât, et qu'elle pût aller vers Noël comme voilée d'un triple voile, aveugte et sourde à tout ce