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LES AMOURS D'UNE MILLIONNAIRE 211

voisin de Marsannay et s'en allait avec un billet de cinq
cents francs.

Au prix est le vin en Bourgogne, il en avait pour
longtemps.

Farou, avec un certain cynisme, appelait cela « l'intérêt
de son argent ».

Car le rusé Morvandiau ne s'était pas laissé éblouir par
le rêve de la fortune que le hasard lui avait apportée un
beau soir. Il avait fait acheter fort cher son silence: mais
il s'était dit que, nécessairement, il serait surveillé pen-
dant un certain temps et que la véritable adresse consis-
terait, tout d'abord, à paraître aussi pauvre que par le
passé.

C'est pourquoi, pendant deux années, il laissa le prix
de sa complicité entre les mains de M. de Guébrignac.
Et lorsqu'a commencé cette seconde partie de notre
récit, nous avons vu qu'il a jugé sans doute les événe-
ments assez oubliés, assez assoupis pour que nul ne s'oc-
cupât plus de lui.

Pour le plus grand soulagement du châtelain de
l'Argilière, il est venu réclamer son « dépôt ".comme il di-
sait, et il a annoncé son départ dans le village.

Comme chacun sait que c'est un médiocre cultivateur
et qu'il ne gagne même pas de quoi solder ses fermages,
nul ne s'étonne qu'il renonce à un métier qui lui profite si
peu; et lorsque les gens de Couchey et de Marsannay-
la-Côte apprirent que Farou se proposait de partir comme
émigrant en Amérique, les buveurs qui lui avaient si
souvent tenu tête le verre en main, trinquèrent à son « bon
départ » et les autres, les paisibles travailleurs, ne dis-
simulèrent pas leur satisfaction, à la pensée de ne plus
le voir parmi eux.

Farou, trop malin pour faire parade de sa richesse,
s'en alla donc bien humblement à pied jusqu'à Dijon,
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