II Dans les pages (1) qui suivent cette introduction, nous présentons le tableau des faits géographiques les plus intéressants pour quiconque veut avoir des renseignements précis sur l'Afghanistan. Quant aux évé- nements récents qui ont mis aux prises certaines tribus afghanes avec les Anglais, nous n'avons pas à en parler ici Disons seulement que la campagne du général Lockhart n'y mettra pas fin (2) Il n'y a, en effet, rien à retrancher à ce que nous écrivions il y a treize ans « Chaque page des annales afghanes atteste le courage des populations établies sur ce terri- toire, où les maîtres ont changé de nom et où les dynasties ont été succes- sivement renversées les unes par les autres, mais où l'indépendance n'a cessé en aucun temps d'être l'âme du pays. Sur ce sol fécond, d'âge en âge, des flots fougueux se sont précipités et entre-choqués mais les, ruines qu'ils amoncellent et qui, selon l'admirable expression du poète, ont péri elles- mêmes, n'ont pas enseveli la nation. Celle-ci reste debout, malgré vingt siècles d'écrasement successif, et la conscience de sa force morale la soutient dans la revendication constante de sa liberté. Si l'Europe civi-< lisée, en refluant vers son berceau, respectait cette moisson mûrissante, s'il y avait une loi immuable, fondée sur le droit international public dont l'autorité s'imposât d'elle-même, sans médiation ni congrès, ces peuplades laborieuses, inasservies. quoiqu'elles aient porté le joug de toutes les servitudes, ne tarderaient pas à montrer une expansion de vitalité dont aucun des empires qui les'entourent, l'Inde ou la Perse, n'a donné d'exemple. Elles ont su, seules, dans l'Asie antérieure, garder le sentiment de la personnalité abdiquée par les Persans aux mains des Russes, par les Hindous aux mains des Anglais seules, elles ont con- servé l'indissoluble attachement à la terre où elles vivent, et c'est cette passion du' sol, perpétuellement vivace, qui enflamme les coeurs des Afridis, des Mohmunds, quand, de montagne en montagne, retentit à la voix des mollahs, des prêtres, l'appel à la jihad, à là guerre- sainte 1 » Charles Simond. J (1) Ces pages sont empruntées, avec l'autorisation des éditeurs, à notre -ouvrage l'Afghanistan (tes Russes aux portes de VIndeX, par Charles Simond. (Paris, H. Lecène et H. Oudin.) (2) L'Angleterre ne lutte pas actuellement contre le gouvernement de l'Afgha- nistan.'Elle ne fait la guerre qu'à certaines tribus montagnardes, les Afridis, les Mohmunds, etc., plus ou moins tributaires de l'émir. Ces tribus étaient depuis longtemps indépendantes de fait. Elles ont été comprises dans la zone anglaise par la convention anglo-afghane de 1893, et le soulèvement de 1897 a eu pour origine la mise à profit par les Anglais des termes de cet accord. •- -> On sait que la campagne du généralissime Lockhart a été, après quelques succès, finalement désastreuse pour les Anglais! Les'nouvelles du théâtre de la guerre étaient des plus alarmantes au commencement de 1898. (C. S.)- • ` <.