très importante par sa situation, par ses ouvrages de défense et
par le renom dont elle jouit chez les Afghans, est la plus forte
citadelle de tout l'Afghanistan. Elle protège Caboul contre les
attaques d'un ennemi venant de la vallée de Gomoul ou de la
Tarnak, et elle est maîtresse de toutes les communications entre
le nord et le sud du pays.
Ghazni était, il y a deux siècles, la capitale du vaste empire
fondé par Mahmoud; sa splendeur lui valut le nom de seconde
Médine. Elle est, en effet, vénérée comme une ville sainte, et plu-
sieurs de ses édifice", sont encore aujourd'hui visités par de nom-
breux pèlerins. Sa citadelle ou Bala-Hissar était jadis réputée impre-
nable. Les Anglais ne s'en emparèrent qu'en i839, après un siège
long et pénible où il fallut mettre en œuvre toutes les ressources
de la poliorcétique pour l'obliger à capituler. La ville renfermait
alors un grand nombre de palais et de riches habitations. Une
brigade de cavalerie t^nt entière pouvait y trouver ses cantonne-
ments. Les remparts, hauts de soixante pieds, étaient construits
en bonne maçonnerie, sur une éminence escarpée de tre%te-cinq
pieds d'élévation et protégée par un fossé, défendu lui-même par
des ouvrages avancés. Assiégée une seconde fois en i842, Ghazni
ne fut emportée par l'ennemi qu'après une vigoureuse résistance.
Du haut du Bala-Hissar, le Jtibber Jung, pièce de 68, balayait les
assaillants; trois fois le général Nott dut changer ses positions. Le
siège dura trois mois. Pendant tout ce temps, les officiers anglais
du 27" régiment d'infanterie de l'armée des Indes, qui avaient été
faits prisonniers par les Afghans, restèrent enfermés dans les case-
mates de la citadelle; ils étaient entassés sans lumière ni chauf-
fage, par une température glaciale, dans un espace mesurant à
peine dix-huit pieds surtreize, et envahi, infecté par la vermine,
au point que leurs vêtements pourrissaient sur leur corps. Les
Anglais tirèrent une éclatante vengeance'de ces cruautés. Ils firent
sauter la citadelle après y avoir mis le feu, ainsi qu'au bazar, et
passèrent toute la garnison par les armes. Lorsqu'ils quittèrent
Ghazni, ce n'était plus qu'un monceau de ruines fumantes aussi
resta-t-il peu de chose de la vieille ville. Dost-Mohammed répara
la citadelle, et son fils Shere-Ali compléta cette défense avec l'aide
d'officiers du génie russe qui, dit-on, apprirent aux Afghans à con-
struire des casemates blindées.
La nouvelle ville de Ghazni est, comparativement à l'ancienne,
presque insignifiante, quoiqu'elle ait des places publiques assez
vastes et de grandes maisons bien bâties et bien décorées. Parmi
les monuments du passé qui ont échappé aux ravages de la guerre
et du temps, on montre encore deux beaux minarets d'inégale
hauteur, qui se trouvent isolés, à un. quart de mille, sur la
route de Roza. La légende rapporte que le plus petit de ces mina-
rets fut bâti pour le sultan Mahmoud par un architecte d'un âge
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 8-G-2705 (12)