orientale. L'ensemble de sa superficie figure un vaste quadrilatère à
côtés fort irréguliers. Une pointe s'avance vers le Turkestan chinois,
du côté de l'est (1).
Pour se convaincre de l'importance considérable de cette position, au
point de vue stratégique, il suffit de jeter un regard sur la carte. Au
nord le pays afghan commande, par l'Hindou-Kouch, la vallée de l'Amou-
Daria (Djihoun ou Oxus); à l'est, par les monts Souléiman, celle de
l'Inde; à l'ouest, sur une grande étendue,- il domine la Perse par la
chaîne du Koh-i-Boundan; au sud, il est défendu par les escarpements
qui le séparent du Baloutchistan (2).
L'Afghanistan est un État tampon, dont la neutralité et l'autonomie
sont encore actuellement sauvegardées par différentes circonstances la
rivalité entre la Russie et l'Angleterre, qui toutes deux visent à l'annexion
de ce pays; puis la politique de l'émir Abdourrhaman, qui contre-balance
ces deux influences; enfin sa situation topographique, qui lui sert de
défense naturelle contre les ambitions étrangères. Cette défense est sur-,
tout constituée par le système orographique, par ces redoutables « passes »
dont on trouvera plus loin la description.
L'Hindou-Kouch est la grande arête du relief afghan. Il retient toute
l'ossature du plateau iranien, qu'il rattache au grand plateau central de
l'Asie et au Pamir, où il s'enfo^e à l'embranchement des contreforts
qui forment la ligne de faite des bassins dû Chitral et du Ghilgit. Courant
ensuite dans la direction du sud-ouest, comme une énorme épine dor-
sale, entre le Turkestan et le Kafiristan, il pénètre dans l' Afghanistan,
dresse, à trente lieues de la frontière, autour de Caboul, un amphi-
théâtre colossal/et se termine presque au cœur du pays afghan par le
massif des monts Koh-Î-Baba, Quelques-uns de ses sommets dépassent
6,000 mètres d'altitude ci, sont couverts de neiges éternelles. Le plus
élevé de ces pics est le Chitral, qui atteint près de 19,000 pieds.
Le Koh-î-Baba (père des montagnes) continue à s'avancer vers l'ouest, où
il s'abaisse dans la vallée du Hari. De ce massif se détachent de chaque cô.té,
vers l'ouest et vers l'est, trois chaînons principaux, formant d'une part la
montagne blanche (Safed-Koh) de l'autre, la montagne noire (Siah-Koh).
L'ensemble de ce groupe correspond, eh y comprenant le Koh-i-Baba, à
la région montagneuse que les anciens désignaient sous le nom de Paro-
pamisos ou Caucase indien. De tous les systèmes orographiques du globe,
c'est un des moins connus les"ramifications afghanes, Safed-Koh et
Siah-Koh, n'ont jamais été explorées. ̃
Le principal chaînon du Koh-î-Baba dans la direction de l'est, après
avoir été traversé par les fameuses passes de Kourd-Caboul et du Khyber,
va cimenter sa base à celle des monts Souléiman. Ceux-ci ont une alti-
(1) La frontière afghane a été déterminée du côté russe par les conventions
de 1885,1887 et avril 189S. Ce dernier arrangement, qui concerne le Pamir, a laissé
à l'Afghanistan une bande d'environ 40 kilomètres, qui seule sépare maintenant
les postes russes des postes anglo-indiens. Du côté de l'Inde, la frontière afghane
a été modiiiée par la convention de 1893, qui a laissé à l'Angleterre le pays
au delà de l'Hindou-Kouch, ainsi que le Waziristan. Voir à ce sujet une série
d'articles sur la Pénétration européenne en Aiie, publiés par M. Paul BARRÉ,
dans la Repue de gréo»apWe.(1896-1897).
(2) Voir, sur la frontière sud de l'Afghanistan, le travail publié par le capi-
taine A.-H.Mac Mahon, de l'armée anglaise, The southern Borderlands of Afgha-
nistan (The Geographical Journal, avril 1897).
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 8-G-2705 (12)