une gorge affreuse de 8 kilomètres de long, si étroite qu'à peine il y a place pour un mauvais chemin ou plutôt pour un sentier accessible aux chevaux, entre le flanc escarpé de la gorge et le torrent qui coule au fond. En beaucoup d'endroits, les rayons du soleil ne pénètrent que rarement. Le torrent roule le long de la route avec une grande impétuosité et la coupe environ trente fois. Souvent le courant est assez fort pour interrompre la cir- culation. La sortie du défilé est à Boutkak, dans la petite vallée fertile de Caboul, à 17 kilomètres à l'est de cette ville. Boutkak est le carrefour où se rejoignent toutes les routes qui viennent aboutir à la capitale afghane. En y arrivant, on ne peut se défendre d'un mouvement de surprise. Aux sites sauvages et sombres de la montagne succèdent tout à coup, presque sans transition, les ver- doyants paysages ensoleillés de la vallée, où la vigne, qui mûrit sur les coteaux, marie ses tons chauds aux nuances délicates des fleurs émaillant les jardins. Le contraste est si frappant qu'un historien, le sultan Baber, ne peut se lasser de le décrire. En deux heures, s'écrie-t-il, on se trouve transporté, comme par magie, du pays où les neiges sont éternelles à celui où elles ne tombent jamais » Bolan. La passe de Bolan a, dans les annales anglo-indiennes, une célé- brité aussi lugubre que celle de Khyber. C'est dans ce défilé que furent massacrées les troupes' combinées des Anglais et de Sikhs. Une brigade entière y fut réduite à cent hommes. Lorsque l'on quitte Doudar, petite ville située à l'entrée de cette passé, celle^i offre, pendant les vingt-cinq premiers kilomètres de marche, un aspect désert et sauvage. Le chemin est formé presque partout par lé lit de la rivière, qui est à sec pendant les deux tiers, de l'année. De chaque côté 'se voient dos -montagnes peu-.4ievées mais inaccessibles, couvertes de pierres roulantes et semblables à d'immenses monceaux de cailloux gigantesques. Le lit de là rivière lui-même est jonché' de galets mouvants entre lesquels les chevaux enfoncent les pieds jusqu'au boulet; de nombreux squelettes de, chameaux, de bœufs, de chevaux gisent partout, obstruant la voie. A toutes ces difficultés de la route vient sejoindre la privation d'eau et de combustible. En approchant du sommet de la passe le chemin se hérisse dé rochers; ce sont des montées, des des- centes, des obstacles à chaque pas; bientôt on ne voit plus aucune trace de végétation; tout est aride, mort", désolé, et, suivant l'heure ou la saison, brûlé par un soleil dévorant, ou glacé par un froid' plus excessif que celui de la Sibérie. Le point culminant de la passe est situé près du village de Sir-Î-Bolan, dont l'altitude est de dix- huit cents mètres.