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bruit d'ailes étoupées. Parfois, à la grande joie des passagers, un de
ces étranges oiseaux, fourvoyé et éperdu, vient tomber sur le pont.
Chacun veut le voir et le toucher. La malheureuse victime, nue
et palpitante, passe de main en main, jusqu'à ce qu'une âme
généreuse la rejette à la mer.

Vers la fin du onzième jour, chaque passager tient ses regards
attachés sur l'horizon pour tâcher de découvrir la silhouette de
la Désirade. Quand on la signale se profilant dans les brouillards,
c'est un débordement de joie.

Bientôt elle offre à la'vue une chaîne continue de falaises à pic,
fort élevées, derrière lesquelles s'abrite la léproserie. Elle est peu
habitée, car elle compte à peine 2,000 âmes. Notre bateau glisse
entre'elle et les Petites-Terres et met le cap sur la GMae~oMpc., dont
la masse nous apparaît enfin, fondue dans la brume du soir.

Le lendemain, au lever du soleil, nous entrons dans la rade de
la ~Mm~-a-P~c. C'est un éblouissement. La mer est tout argentée.
Elle resplendit dans une immobilité de miroir, tachée et par
de petits canots venant à nous, conduits à la rame par des nègres
nus sous le soleil.

L'entrée de la passe est difficile, car une multitude d'îlots ver-
doyants pareils à des bouquets de feuillage émergent de l'eau
autour de nous. Une végétation prodigieuse enserre la ville qui
s'étend sur le rivage. C'est le plus frais et le plus riant tableau de
toutes les Antilles. C'est le triomphe de la verdure, du soleil d'or
et de la mer rayonnante.

Aussi ce n'est pas sans un sentiment de regret que l'on s'éloigne
de Po~M~-M-P~'c, après quatre ou cinq heures d'arrêt.

De la Pointe à J? le bateau stationne quelques in"
stants, la distance est courte; le voyage ne dure pas deux heures.
Ensuite on côtoie Marie-Galante, les Saintes, la DomtM~Mc, dont le
canal est toujours houleux, et, après sept heures de marche, nous
stoppons en face de Saint-Pierre (Martinique). Le temps de déposer
les dépêches et de débarquer voyageurs et marchandises, et nous
voilà voguant vers Fort-de-France, nous arrivons en moins d'une
heure.

La baie de Fort-de-France est fort belle. Les forts qui en défendent
l'entrée lui donnent un aspect imposant _qui, contraste av~c celui
de'la rade féerique de la Guadeloupe, dont les bords, frémissants
sous la brise, l'enveloppent d'une ceinture de bosquets rapprochés,.
A la Martinique, le cercle est plus vaste, la mer moins riante, la
côte moins coquette. Mais tl règne une telle splendeur dans l'en-
foncement lumineux de la baie, dans les hauteurs boisées, dans
les flots verts qui bordent la côte, sous un ciel qui rayonne et par
un soleil qui éblouit, que l'on se sent payé largement des incon-
vénients d'une longue traversée.
En débarquant à -juai, dans l'intérieur du dock de la Compagnie
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