Les allées sont percée dans un inextricable fouillis d'herbes, de plantes, de ronces et d'arbres si rapprochés et si élevés qu'on n'en voit pas la cime. Les noeuds de leurs racines crèvent la surface du sol et traversent à nu les allées comme des crampons. Les palmistes à colonnes, les fromagers~ les sabliers, les frangipaniers roses, les mombins, les flamboyants~ tous ces rois de la végétation tropicale ont leurs épaules couvertes d'un manteau de fleurs et de feuilles de lianes qui retombent jusqu'au sol en franges frémissantes. Ces lianes envahissantes attachent leurs racines sur l'arbre même et lui disputent sa sève. Il y a des palmiers dont le- tronc est'v4tu jus- qu'au sommet d'une mousse velue et humide dans laquelle vivent en parasites des touffes de joncs nhs, des choux joufflus et des fou- gères aux larges parasols. y Toutes les allées aboutissent à une lumineuse éclaircie, au centre même .du jardin, où s'étend un lac dormant avec un îlptéveiMé par les oisillons. Sur cet flot se développe grand ouvert l'éventail 'de l'arbre des voyageurs. Ça et là, à là surface de l'eau, des nénu' fars aux teintes violettes viennent ouvrir doucement les yeux. On fait le tour du lac en quelques minutes; mais quel silence y règne, et quel isolement on y trouve 1 Le lac est alimenté par une cascade dont on entend le murmure lointain et dont on entrevoit par instants, à travers le feuillage, là nappe, blanche d'écume, qui tombe du haut de l'escarpement. L'allée qui y conduit suit le torrent, qui est bordé par des arec- qmers, des chênes d'Amérique, des figuiers maudits et des roseaux prodigieux de hauteur. L'allée et le torrent sont serrés entre deux J murs de verdure ~ui s'unissent en demi-cercle, barrent le chemin _et forment un cul-de-sac. Du haut de ce demi-cercle la cascade se précipite, d'une élévation de cinquante mètres environ, dans un bassin d'Où, assourdissante, elle roule dans le lit du torrent. Si on fait face à la ~cascade, dans l'enveloppement obscur du feuillage, et Si on lève lès yeux, oh voit au-dessus de la nappe tom- bante, à travers l'emmêlement des branches, une échappée de ciel et des scintillements dé soleil dans les profondeurs vierges ~le la forêt. Cette cascade semble sortir de cette trouée de lumière, sous des arbres curieux et penches qui, la regardent tomber et sous des bambous flexibles secoués de frissons par le courant: Çe~coinprodigieuxqu'aucunemàînhe déSore, ces mystères troublants de fécondation effrontée/cette poussée de sève, cet- enchevêtrement de branches, cet envahissement de lianes, cette fraîcheur, cesiîencë, ces profondeurs, ces rayons dans les hautes cimes, ces reflets, ces éclairements subits ont une saveur inconnue. Aujourd'hui~se venge d'hier. C'est; un jour de tristesse. Tout me t paraît noir. Je suis assis sur un bànC) tournant le dos à la baie des ` Flamands, le regard arrêté sur la verdure'de la savane de Fort-dè- Francë C'est une vaste prairie, banale de forme carrée, écornée