Home Plain text
Text mode Audio mode
page 31 (screen 31 of 32)
Next page Previous page  
  Last page First page


Les allées sont percée dans un inextricable fouillis d'herbes, de
plantes, de ronces et d'arbres si rapprochés et si élevés qu'on n'en
voit pas la cime. Les noeuds de leurs racines crèvent la surface du
sol et traversent à nu les allées comme des crampons. Les palmistes
à colonnes, les fromagers~ les sabliers, les frangipaniers roses, les
mombins, les flamboyants~ tous ces rois de la végétation tropicale
ont leurs épaules couvertes d'un manteau de fleurs et de feuilles
de lianes qui retombent jusqu'au sol en franges frémissantes. Ces
lianes envahissantes attachent leurs racines sur l'arbre même et
lui disputent sa sève. Il y a des palmiers dont le- tronc est'v4tu jus-
qu'au sommet d'une mousse velue et humide dans laquelle vivent
en parasites des touffes de joncs nhs, des choux joufflus et des fou-
gères aux larges parasols. y

Toutes les allées aboutissent à une lumineuse éclaircie, au centre
même .du jardin, s'étend un lac dormant avec un îlptéveiMé
par les oisillons. Sur cet flot se développe grand ouvert l'éventail
'de l'arbre des voyageurs. Ça et là, à surface de l'eau, des nénu'
fars aux teintes violettes viennent ouvrir doucement les yeux.
On fait le tour du lac en quelques minutes; mais quel silence y
règne, et quel isolement on y trouve 1

Le lac est alimenté par une cascade dont on entend le murmure
lointain et dont on entrevoit par instants, à travers le feuillage,
nappe, blanche d'écume, qui tombe du haut de l'escarpement.
L'allée qui y conduit suit le torrent, qui est bordé par des arec-
qmers, des chênes d'Amérique, des figuiers maudits et des roseaux
prodigieux de hauteur. L'allée et le torrent sont serrés entre deux J
murs de verdure ~ui s'unissent en demi-cercle, barrent le chemin
_et forment un cul-de-sac. Du haut de ce demi-cercle la cascade se
précipite, d'une élévation de cinquante mètres environ, dans un
bassin d'Où, assourdissante, elle roule dans le lit du torrent.
Si on fait face à la ~cascade, dans l'enveloppement obscur du
feuillage, et Si on lève lès yeux, oh voit au-dessus de la nappe tom-
bante, à travers l'emmêlement des branches, une échappée de
ciel et des scintillements soleil dans les profondeurs vierges ~le
la forêt. Cette cascade semble sortir de cette trouée de lumière,
sous des arbres curieux et penches qui, la regardent tomber et
sous des bambous flexibles secoués de frissons par le courant:
Çe~coinprodigieuxqu'aucunemàînhe déSore, ces mystères
troublants de fécondation effrontée/cette poussée de sève, cet-
enchevêtrement de branches, cet envahissement de lianes, cette
fraîcheur, cesiîencë, ces profondeurs, ces rayons dans les hautes
cimes, ces reflets, ces éclairements subits ont une saveur inconnue.
Aujourd'hui~se venge d'hier. C'est; un jour de tristesse. Tout me t
paraît noir. Je suis assis sur un bànC) tournant le dos à la baie des `
Flamands, le regard arrêté sur la verdure'de la savane de Fort-dè-
Francë C'est une vaste prairie, banale de forme carrée, écornée
Text mode Audio mode
page 31 (screen 31 of 32)
Next page Previous page  
  Last page First page
Home Plain text