crainte n'est que trop justifié; on courrait, en effet, un danger réel à élever des édifices grands et lourds. Le terrain d'alluvions sur lequel la viHe repose n'offre pas une grande consistance. La couche supérieure forme une écorce de deux ou trois mètres d'épaisseur, battue et tassée, composée de matières tufacées et pierreuses. Sous cette couche s'étendent des amas de sable mouvant où la mer pénètre, 3'agite et bouillonne. A t'intéricur de ce corps sablonneux et dans le sous-sol, se trouvent des traînées de roches souterraines soulevées par des éruptions volcaniques. La, chaîne rocheuse elle" môme, sur la pointe de laquelle est assis le fort Saint-Louis, tra- verse ce sable, lui sert d'ossature, passe sous la rue Victor Hugo qu'elle soutient et se termine en musoir à la Pointe des Nègres. Saint-Pierre et Fort-de-France sont différents à tous les points de vue. En outre, ces deux villes sont divisées, non par de hautes questions de politique générale, mais par des questions irritantes de personnes. Saint-Pierre et le nord de l'île appartiennent à.un parti; l'autre est maître du sud et de Fort-de-France. Ces deux soeurs, que tant d'intérêts devraient lier, sont devenues deux ennemies peut-être irréconciliables. VI LE MORNE-ROUGE. Le Morne-Rouge est le jardin de la Martinique il est planté de rosiers toujours fleuris, de jasmins, de verveines, avec de vastes massifs de myosotis délicats et des bordures 8e bégonias aux ° feuilles vernies. On se croirait en France, en plein renouveau, mais au milieu d'une nature plus jeune, plus ardente et plus pro- digue.- .–' Bien qu'on y trouve un épicier, un boulanger, un maire à l'accent et à l'esprit gascons, et même des gendarmes à cheval, c'est moins un bourg qu'une réunion de chalets ~et de villas échelonnés le long de la route, précédés ou entourés de jardins clos ~par des haies ° vives, radieux, ensevelis dans la verdure et toujours palpitants de brise.' Derrière la ligne de villas qui bordent la route, à gauche, du côté de ia mer des ÀntiMes, le terrain semble tout à coup manquer sous les pas. La pente s'accusé brusquement; et c'est par un chemin en zigzag qu'on descend au pied du Morne, au fond du ravin ou { l'on entend un torrent gronder. C'est là que les gens du village vont faire leurs dévotions à une Vierge nichée dans une grotte. On s'y rend même de fort loin en pèlerinage. A mesure que l'on s'enfonce dans le ravin, on ne saurait s'ima- giner dans quelle puissante végétation oc pénètre. On est dominé et enveloppé par ces masses touffues de verdure, par ces plantes