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oppose son dos aux poussées de l'Océan et tourne vers la mer des
Antilles son ventre un peu rentré. De son dos sort une excroissance
qui s'avance dans la mer sur une longueur de trois lieues c'est la
presqu'île de la Caravelle.

Sur le pourtour de l'île, qui a 350 kilomètres de circonférence,
non compris les caps, sont bâties presque toutes les communes. Il
y en a fort peu dan& l'intérieur des terres. Les habitants~Téfrac-
taires en général au travail de la terre, aiment mieux se livrer à
la poche, qui ne s'impose pas à eux avec la régularité.dure et étroite
de la culture des champs et qui leur ménage des aléas, des acci-
dents, des surprises, en rapport avec leur humeur inconstante.
Fort-de-France'et Saint-Pierre sont les deux chefs-lieux des deux
arrondissements de l'île, l'un au nord, l'autre au sud. Toutes deux
s'étendent sur la côte occidentale. Fort-de-France ne compte que
16,000 habitants; Saint-Pierre en a près du double. Celle-ci a une
rade demi-circulaire, immense, mais exposée aux vents et au raz-
de-marée, et partant fort dangereuse, surtout pendant l'hivernage.
Celle-là offre aux vaisseaux le plus beau port de la mer des Antilles
et le plus sûr. L'une est protégée par des forts importants et par
une série de fortins et de batteries; l'autre est ouverte, et les trois
batteries qui font mine de la défendre ne la mettent pas à l'abri
d'un coup de main.

Saint-Pierre est la vieille ville que fonda d'Esnambuc en 1635 et
s'établirent les Européens, en face de la race caraïbe, qui leur
livra une guerre sans trêve ni merci. On construisit d'abord la
partie la plus haute de la ville actuelle, auprès de la rivière Roxe-
lane, autour des fortifications qu'on y avait élevées (i).
Plus tard, lorsque les Caraïbes disparurent et que la sécurité
vint, on se hasarda à traverser la rivière et à descendre dans la
partie basse, sur une plage accessible à la navigation et favorable
au commerce. La ville, dans son- développement, suivit ainsi la
forme demi-circulaire du rivage. Toute la population commerçante
s'établit au centre de la baie, appelée Mouillage, et dépeupla en
partie la ville haute, nommé Fort. Le Fort est mieux exposé et
plus aéré il étend sa vue sur la rade et s'étage sur un sol rocheux,
au pied des Mornes, qui remontent vers le nord,, tandis que le
Mouillage, étendu à plat ventre le long de la mer, est 'un quartier
humide, étouffé, borné à l'est par un large écran de rochers qui
arrêtent le souffle des vents alizés et les rayons du soleil tom-
bent d'aplomb, ~ans air et sans ombre.

(i) « Ce furent d'abord des cases bâties de planches, palissadéea de roseaux,
couvertes de feuilles de canne ou de palmier, les marchands vendaient
ce qu'ils apportaient et les a~isans faisaient leurs retraites pour la com-
modité du public. Ajoutez quelques gargotiers qui y tenaient des tavernes,
tout cela, même en i666, ne faisait pas tant de cases et de maisons qu'il y en
avait à la foire Saint-Germain de Paris. » DqTEMRE, ~t< g~tefCtM < An-
tilles ft-a~NMM. Paris, 1667.
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