Ces racines appartiennent aux arbres qui dominent la route au haut du talus. Sorties de terre le long des parois et trouvant le vide, elles se sont coudées et repliées sur elles-mêmes; puis, ressai- sissant la terre végétale, elles l'ont enlacée dans un emmêlement noueux et dans une étreinte nerveuse de bras robustes. Dans ce pays, où les architectes sont rares, la nature construit elle-même ses murs de revêtement. Dans les hauteurs, tout change d'aspect. Nous venons d'atteindre, après une dure montée, un point culminant d'où nous planons sur de basses collines qui vont se rejoindre au fond d'étroites vallées et dont les flancs sont plantés de cannes à sucre. Les cannes sont en fleur, ou plutôt, selon l'expression locale, en Sèche. Cette fleur a la forme d'un panache dont la chevelure légère, d'un rose eS~cé, se détache délicatement sur le fond vert du champ. La brise du soir, par bouffées, fait flotter doucement ces houppes soyeuses et soulève des ondulations de vagues transparentes et rosées sur les- quelles le soleil pique des points d'or et allume des feux étincelants.. La tige de la canne, dépouillée des feuilles gourmandes, est nue et lisse au sortir de terre; elle ressemble à un gros roseau, sensi- blement coudé à ses nœuds. Elle pousse dans un enchevêtrement inextricable; puis, à un mètre environ au-dessus du sol, elle est parée de larges collerettes de feuilles longues, lancéolées, retom- bantes et formant dans leur ensemble un dais verdoyant. Au-dessus de ces feuilles, aux frémissements continuels, se dresse, quand là canne ;est en fleur comme aujourd'hui, une forêt de ces Gèches che- velues qui palpitent et courbent la tète- au moindre caprice du vent. En France, les grands champs de blé, lorsque le vent fait onduler lés épis mûrs piqués de.coquelicots, ne nous onrentpas un spectatcïe plus reposant l' Soudain nous sentons la. brise fraîchir; le soleil s'est couché; la nuit est tombée brusquement, s~ans. crépuscule, mais une nuit illu minée-pa~là une dont l'éclat est étrange. Une heure après nous tôùehôlrs aux,premières Inaàs~ins dü. Gros-MoTne.. Lé village, sôüs~ touchons aux premières maisons d~ Gros Morne". Le village, sdùs la lumière lunaire,, est radieux comme en plein jour. À l'entrée, au milieu décrue, deux gamins, jouent encore aux noix d'acajou. 11 est bienn&uf heures du soir. Ïl y a une~auberge au Gros-Morne.. On y est hospitalier~ Nous avons pu manger et même dormir. On ne trouva pas dan% tous les bourgs de l'île une table et un lit. > > "J:: V SAINT-PIERRE ET FORT-DE-FBANCE~ La Martinique n'a que 80 kilomètres de long sur 37 de large. Elle est allongée, hérissée de pointes et creusée de baies. Elle