gnons, & 2 kilomètres de l'emplacement actuel de la ville de Saint-Pierre' ·
` et y construisit un fort. Ce fut le premier noyau de la colonie, mais les
Français ne purent se maintenir dans l'île que grâce à la supériorité de
leurs armes. Dans leurs luttes incessantes avec les Caraïbes, ceux-ci,
décimés, traqués, résistèrent durant vingt-cinq ans et, réduits enfin
presque à néant, abandonnèrent leur territoire pour transporter les
débris de leur population à Saint-Vincent et à,la Dominique.
D'Esnambuc eut pour successeur, après sa mort, son neveu Du Parqqet,
qui devint, & la suite de la liquidation de la Compagnie, acquéreur et
propriétaire, pour le prix de 60,000 livres, des îles de la Martinique, de
Sainte-Lucie, de la Grenade :et des Grenadines (16M). Il exerça, au nom
du roi, le pouvoir administratif et s'occupa activement des moyens d'as-
surer la prospérité de l'ile en y introduisant la culture de la canne &
sucre, qui devint bientôt florissante. L'emploi des noirs comme esclaves
sur les plantations contribua rapidement à enrichir les colons. Ce fut une
raison pour décider Colbert à déposséder les héritiers de Du Parquet et
ceux à qui ~s avaient vendu leurs droits. Cette' confiscation, sous les
apparences legales d'un arrêt du conseil du roi, en datede mai 1664, eut
lieu au profit dé la grande Compagnie des Indes occidénta.les, dont on
attendait merveille et qui ne dura que dix ans, malgré ses succès.
Dissoute par un édit de décembre 1674, elle fut obligée de laisser
passer au domaine de la couronne la Martinique, qui fut administrée
par des lieutenants généraux, représentants dù roi. Une période de for-
tune s'ouvrit alors pour la colonie, qui résista aux contre-coups des
.guerres soutenues par la France contre l'Angleterre et la Hollande. A la
1 fin du dix-septième siècle, un moine dominicain qui a laissé de grands
souvenirs dans l'histoire des Antilles, le P. Lebat, donna une grande
impulsion aux sucreries par des méthodes nouvelles de défécation.
Après le traité d'Utrecht (1711), la métropole, pour réparer nos pertes
en Amérique, crut devoir s'intéresser avec plus d'esprit de suite à la
situation coloniale de nos Antilles. On prit quelques mesures avanta-
geuses dans ce sens, et le commerce de la Martinique, tout particulière
ment, en bénéncia. Une autre source de gain, très importante, lui fut
apportée par le capitaine Déclieux, qui y propagea la culture du café.
Les plants martiniquais donnèrent des rendements vraiment prodigieux,
si bien que les exportations s'elevèrcit jusqu'à 16 millions de livres et
que l'on vit, en une année, dans Ja baie foraine dé Saint-Pierre, près de
deux cents navires attendant, tour à tour, leurs chargements de sucre et
de café, produits demandés alors avidement sur tous les marchés euro-
péens. Malheureusement, les intérêts du commerce et' de l'agriculture
furent ~.acriQés par les colons aux opérations plus lucratives, pendant
la guerre de la succession d'Autriche, des armements de corsaires. Cette
spéculation n'eut qu'un temps très court de réussite et aboutit & la ruine..
Les Anglais s'emparèrent de l'île, au' cours de ia guerre de Sept ans
(1762), et la gatdèrent jusqu'au traité de Paris (1763), qui nous enleva la
Dominique. Cette paix permit à la Martinique de reprendre essor. -1
En 1790, tels étaient les progrès réalisés par la colonie que son mou-
< vement commercial pouvait s'évaluer à 44 millions de francs (31,800,000 `
d'exportation et 1~,300,000 d'importation) et sa population à 99,000 ha-
bitants, colons et esclaves. La Révolution vint' modifier profondément
cette situation. Le décret du 8 mars 1790. considérant les colonies comme
Source: gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France, département Philosophie, histoire, sciences de l'homme, 8-G-2705 (16)