à nous en rassasier, ces fruits au parfum un peu sauvage et à la fraîcheur exquise. ° Puis nous reprenons notre marche et nous rentrons sous bois. L'ascension devient plus difficile et plus pénible, par un sentier raide, à peine frayé, que nous gravissons en nous aidant des mains et des genoux, en nous accrochant aux branches, aux lianes, aux fougères, aux saillies des roches, en appelant à notre secours les nègres qui nous servent de guides et dont l'agilité à travers ces difficultés est extraordinaire. Nous nous arrêtons, pour reapirer un instant, au milieu d'une véritable forêt de balisiers aux feuilles immenses et tout en fleurs. C'est un vrai parada que cette forêt qui enveloppe une partie de la montagne. Les fleurs du balisier, d'un rouge violent, sont~ énormes. Elles se composent d'un pétiole ondulé jetant à droite et à gauche des calices alternés,. aplatis et s'évasant comme des navettes placées les unes dans les autres. Ce fouillis de feuilles d'un vert frais, aux reflets gris, au milieu desquelles éclate le vernis sanglant des fleurs, s'étend à perte de vue et offre un spectacle fort rare, même aux Antilles. Nous voilà parvenus à la cime du contrefort. Au-dessus de nous se dresse la montagne elle-même. Après une courte halte nous nous remettons en marche. Des difficultés s'accumulent; le sentier disparaît sous les broussailles; les lianes nous barrent le chemin à chaque instant; des crevasses béantes menacent nos pas. A coups de coutelas les nègres nous livrent un passage; ils abattent sans pitié d'immenses choux-palmistes dont nous fendons le tronc pour en manger le cœur, composé de rubans d'un blanc laiteux et d'un goût fort délicat. C'est un aliment rechercha à la Martinique. Nous atteignons enfin, au bout de quatre heures de marche, la cime de la Montagne Pelée, et nous émergeons au milieu d'arbres bas et rabougris que nous dépassons de la tête. Le ciel est nu; l'espace est sans bornes; c'est un des plus majestueux panoramas qu'il soit permh de contempler. Nous sommes tournés vers le sud. Nos yeux embrassent à la fois l'Océan et la mer des Antilles, qui baignent les deux flancs de l'île, à l'est et -à l'ouest., La ville de Saint-Pierre est à nos pieds; derrière elle s'étalent des champs de cannes à sucre. Dans cette nature si tourmentée, plaines, mornes, ravins, pitons, se fondent en un harmonieux ensemble.. Là-bas, à notre gauche. la baie de la Trinité resplendit avec une mer un peu houleuse, et ï. ` s'étend paresseusement dans la mer la presqu'île de la ~apave~e, ourlée d'écume et étincelante sous les rayons du soleil. .Ce n'est, p~s< sans peine que nous nous arrachons à cette contem- plation. Nj&us avons encore un kilomètre à parcourir avant d'arriver au cen~e même de la croupe de la montagne où se trouve l'ancien